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Une fondation pour la gouvernance africaine ne décerne pas son prix

14/10/2013 03:51 EDT | Actualisé 14/12/2013 05:12 EST

NAIROBI, Kenya - L'imputabilité en a pris pour son rhume en Afrique depuis 48 heures.

Dimanche, l'Union africaine a affirmé qu'un tribunal international devrait retarder le procès du président kenyan. Et lundi, la Fondation Mo-Ibrahim a refusé de décerner à un leader africain son prix annuel de la bonne gouvernance — assorti d'une bourse de 5 millions $ US —, affirmant qu'aucun ne l'avait mérité.

Une nouvelle étude publiée lundi par la fondation révèle que 32 pays du continent ont enregistré un déclin dans les secteurs de la sécurité et de l'État de droit depuis l'an 2000, alors que les violences internes se multiplient.

M. Ibrahim, un magnat britannique de la téléphonie mobile né au Soudan, affirme que sa fondation ne devrait jamais abaisser ses normes pour remettre un prix à chaque année, et que les jeunes Africains prenaient désormais le leadership plus au sérieux.

Malgré ces changements au sein de la jeune génération, certains pays africains sont toujours dirigés par des présidents en poste depuis des décennies. D'autres sont accusés de soutenir des guerres meurtrières ou de commettre des crimes de guerre.

Le président kenyan Uhuru Kenyatta et le vice-président William Ruto sont tous deux sous le coup d'accusations du Tribunal pénal international (TPI) pour avoir supposément orchestré les violences post-électorales de 2007-2008. Kenyatta doit arriver à La Haye, aux Pays-Bas, le mois prochain, mais des indications de plus en plus nombreuses portent à croire qu'il n'en fera rien.

Lors d'un sommet de leaders africains, dimanche, l'Union africaine a annoncé qu'elle présenterait une demande au Conseil de sécurité des Nations unies pour que l'affaire soit reportée.

«De façon unanime, le conseil et le sommet ont reconnu qu'un chef d'État en exercice, démocratiquement élu et disposant d'un mandat clair du peuple kényan, doit gouverner. Voilà ce à quoi s'attendent les Kényans. Voilà ce à quoi s'attend l'Afrique», a déclaré la ministre kényane des Affaires étrangères, Amina Mohammed, lors d'une conférence de presse, lundi.

Interrogée par des journalistes à savoir si Kenyatta se rendra à La Haye le mois prochain si le Conseil de sécurité ne tranche pas en sa faveur, Mme Mohammed a dit être incapable de prédire l'avenir.

Le prix Mo-Ibrahim a été décerné à trois reprises pendant ses sept années d'existence — au président du Cap-Vert Pedro Verona Pires en 2011, à Festus Mogae du Botswana en 2008, et à Joaquim Chissano du Mozambique en 2007.

John Githongo, un ancien conseiller du gouvernement kényan ayant fait la lumière sur des centaines de millions de dollars en corruption gouvernementale, dit ne pas être surpris qu'il s'agisse de la deuxième année d'affilée sans gagnant. Selon lui, certains membres du leadership kényan espéraient que le sommet africain entraînerait un retrait massif du traité du Tribunal pénal international, mais cela ne s'est pas produit.

Le TPI n'a poursuivi que des Africains, un fait que les leaders du continent noir critiquent de plus en plus. M. Ibrahim a indiqué que si le TPI devait effectivement corriger ce problème, le continent avait besoin de mécanismes pour intenter des poursuites liées à des viols collectifs et des génocides.

Le prix de sa fondation est remis à un leader africain qui excelle dans ses fonctions, et qui quitte son poste dans les délais prévus.

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