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Une enquête examinera le recours à la force par les policiers de l'Ontario

14/10/2013 05:12 EDT | Actualisé 14/12/2013 05:12 EST

TORONTO - Le bureau du coroner en chef de l'Ontario entamera mardi une enquête sur le décès de trois résidants de la région de Toronto souffrant de troubles mentaux qui ont été abattus par la police au cours des trois dernières années après avoir menacé des agents avec des objets tranchants.

L'enquête publique sur la mort de Reyal Jardine-Douglas, Sylvia Klibingaitis et Michael Eligon devrait soulever des questions sur le recours à la force par les policiers et leur habileté à interagir avec des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Dans les trois cas, l'Unité des enquêtes spéciales (UES) — l'organisme chargé de surveiller les corps policiers ontariens — a blanchi les agents impliqués, poussant les proches des victimes à réclamer justice.

L'avocat de la famille Eligon, Peter Rosenthal, a déclaré en entrevue avec La Presse Canadienne qu'il espérait que l'enquête du coroner enverrait un message clair aux forces de l'ordre sur la nécessité de désamorcer les situations difficiles chaque fois que c'est possible.

Michael Eligon est décédé en février 2012 après s'être échappé d'un hôpital torontois où il avait été admis de force en vertu de la Loi sur la santé mentale de l'Ontario. Au moment de sa fuite, l'homme de 29 ans portait une chemise d'hôpital et avait en sa possession deux paires de ciseaux.

Son père a affirmé qu'aucune raison ne semblait justifier le décès de son fils, qu'il a décrit comme quelqu'un de pacifique lui-même papa d'un petit garçon. L'UES a néanmoins décrété qu'il n'y avait pas lieu de déposer des accusations contre l'agent qui a abattu Michael Eligon.

Me Rosenthal a indiqué qu'il ne souhaitait pas que l'enquête recommande l'utilisation de nouvelles armes comme le pistolet électrique, qui fait maintenant partie de l'équipement de base de tous les policiers ontariens, mais plutôt de nouvelles façons d'approcher les personnes ayant des troubles mentaux.

C'est aussi ce que réclament les proches de Reyal Jardine-Douglas, un jeune homme de 25 ans mort en août 2010 après avoir sorti un couteau de son sac et s'être avancé vers un agent qui l'avait interpellé dans un autobus parce qu'il agissait de manière irrationnelle.

«Les parents ont appelé la police à la rescousse lorsque leur fils a pris l'autobus parce qu'il ne voulait pas aller à l'hôpital pour y être examiné, a expliqué l'avocat de la famille, John Weingust. Une heure après, les policiers sont revenus et leur ont dit que leur fils était mort. La police affirme que c'était de la légitime défense, mais il y a quelque chose qui ne va pas avec ce type de formation qui semble se résumer à tirer d'abord et poser des questions ensuite. Il faut changer ça.»

Dans le cas de Sylvia Klibingaitis, la dame de 52 ans a composé elle-même le 9-1-1 en octobre 2011, disant qu'elle était sur le point de commettre un crime. Lorsque les policiers sont arrivés, elle a marché vers eux, un couteau à la main, avec une attitude que l'UES a décrite comme étant «menaçante». Elle a refusé de déposer son arme et, comme elle continuait d'avancer, les agents ont ouvert le feu.

L'UES a estimé que son décès était un «événement tragique», mais que le policier qui avait tiré avait eu raison de recourir à la force dans ces circonstances.

L'enquête du bureau du coroner en chef, qui s'amorcera ce mardi à Toronto, devrait durer huit semaines et entendre plus de 50 témoins.

Un jury pourra ensuite formuler des recommandations afin d'éviter que des incidents similaires ne se reproduisent, mais n'a pas le mandat de critiquer ou blâmer les différents acteurs dans ces trois dossiers.

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