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Lawrence Cannon interrogé en vue de la poursuite intentée par M. Abdelrazik

14/10/2013 03:45 EDT | Actualisé 14/12/2013 05:12 EST

OTTAWA - L'ancien ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon a récemment témoigné sous serment durant plus de deux heures dans le cadre d'une poursuite judiciaire intentée par Abousfian Abdelrazik.

Le Montréalais d'origine soudanaise demande une compensation financière et des excuses du gouvernement fédéral à la suite de sa longue détention au Soudan. Arrêté et détenu dans une prison soudanaise en 2003, il a ensuite été bloqué à l'ambassade canadienne à Khartoum durant un an, en 2008.

Il a pu questionner M. Cannon jeudi dernier, par le biais de son avocat, lors d'une rencontre d'enquête à huis clos, une procédure préliminaire au procès. Lawrence Cannon est aujourd'hui ambassadeur du Canada en France.

L'avocat de M. Abdelrazik, Paul Champ, affirme que l'interrogatoire de l'ex-ministre a été pour son client une expérience difficile mais bénéfique. Les détails de la rencontre, qui s'est tenue à Ottawa, demeurent confidentiels.

«Il s'est assis devant M. Cannon, ce qui a été, je crois, un moment difficile pour lui, a exprimé Me Champ en entrevue. Ç'a été un moment très fort pour lui.»

Âgé de 51 ans, M. Abdelrazik a déposé sa poursuite contre le gouvernement fédéral et M. Cannon en septembre 2009, pour avoir été détenu et torturé en vertu d'allégations de terrorisme.

Selon le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), M. Abdelrazik et Adil Charkaoui auraient comploté pour faire exploser un avion de ligne en partance de Montréal et à destination de la France. M. Abdelrazik nie toute implication terroriste.

Abousfian Abdelrazik a immigré et obtenu le statut de réfugié en 1990. Il est devenu citoyen canadien cinq ans plus tard.

Il avait été arrêté en 2003 par les autorités soudanaises lors d'une visite à sa mère malade. Aucune accusation n'a ensuite été portée contre lui.

M. Abdelrazik soutient qu'alors même qu'il était détenu au Soudan, le SCRS l'a interrogé sur de possibles liens avec des extrémistes.

Il affirme aussi avoir été torturé par les autorités de renseignement soudanais au cours de deux périodes de détention. Le Canada dit qu'il ne savait rien de ces abus.

Quelques jours après sa seconde libération, en juillet 2006, son nom est apparu sur une liste de l'ONU de présumés terroristes, l'empêchant de rentrer au Canada.

Il y a cinq ans, l'ambassade canadienne au Soudan lui accordait refuge dans la capitale soudanaise, mais le Canada a refusé de lui fournir les documents de voyage nécessaires à son retour. Ottawa lui a finalement dit qu'il lui fallait un billet d'avion valide avant de pouvoir lui émettre un passeport.

Mais même après qu'un groupe de Canadiens se soient cotisés pour lui acheter un billet d'avion, aucun document ne lui est parvenu.

M. Cannon était alors ministre des Affaires étrangères.

«Nous voulions demander à M. Cannon pourquoi il avait bloqué le passeport d'urgence malgré le fait que le Canada avait promis à plusieurs reprises à M. Abdelrazik qu'il serait autorisé à revenir au Canada», a affirmé M. Champ.

«M. Abdelrazik est devenu sérieusement déprimé et même suicidaire lorsqu'il était à l'ambassade, et l'ambassade s'inquiétait pour sa santé mentale et s'est arrangée pour qu'il rencontre des professionnels de la santé.»

«Alors, nous voulions savoir dans quelle mesure M. Cannon était au courant de ces circonstances personnelles de M. Abdelrazik et des effets qu'être laissé pour compte à Khartoum avaient sur lui», a-t-il enchaîné.

M. Abdelrazik, père de quatre enfants, est revenu au pays en juin 2009 alors qu'il défrayait les manchettes des journaux.

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