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FNC: «Diego Star», quand l'Afrique noire rencontre le Québec pure laine

11/10/2013 01:31 EDT | Actualisé 11/10/2013 01:36 EDT
Ismael Houdassine

Diego Star: c’est avant tout le nom d’un cargo en ruine sous pavillon russe avec à l’intérieur des employés issus du «tiers monde» pris en otage par l’avarice d’employeurs véreux. D’emblée, le premier long métrage de Frédérick Pelletier nous entraine dans une réalité brute et amère. Filmée en partie au bord du chantier maritime Davie à Lévis en plein hiver, l’œuvre d’une exceptionnelle maîtrise confronte les victimes de l’inhumaine mondialisation à celles de la crise économique. Superbe!

Il est étrange – et assez triste – de voir l’attention médiatique parfois excessive portée sur certains films qui n’en valent souvent pas la peine, alors que d’autres restent injustement dans l’ombre. Discret, presque incognito, Diego Star a néanmoins réussi à se faire un beau bout de chemin à travers les festivals internationaux. De Rotterdam à Namur en passant par le Chili ou le Brésil, l’œuvre inaugurait hier soir en avant-première au cinéma l’Impérial l’ouverture de la section Focus du FNC.

«En 2007, j’ai eu l’envie de raconter cette histoire, explique Frédérick Pelletier en entrevue pour le Huffington Post Québec. Un long processus qui m’a pris six ans d’écriture et de production et qui se conclut aujourd’hui avec la présentation de mon film au public québécois».

Avec Diego Star, le cinéaste fait donc ses débuts dans la fiction. Plus habitué à la réalisation de documentaires et quelques courts métrages dont les remarqués L'hiver longtemps et L'air de rien, le jeune homme originaire de Lévis n’a pas hésité à installer sa caméra dans sa région natale durant la saison hivernale. «Je me suis inspiré de mes expériences de vie. Il y a certains moments ou dialogues dans mon film que j’ai glané lorsque je faisais mes documentaires. Et puis, mon grand-père qui était marin a travaillé au chantier naval de Lévis pendant longtemps».

«En fait, tourner dans la neige et le froid s’est avéré moins un défi qu’un atout, poursuit-il. De toute façon, je voulais fondamentalement réaliser une œuvre d’hiver. Je porte une grande confiance aux gens et aux choses, ce qui me permet de faire preuve d’adaptation. Je ne vous cacherais pas que les journées courtes et froides sont de véritables contraintes pour un réalisateur, mais je savais dès le départ dans quoi je m’embarquais».

Deux cultures, une rencontre

De ce décor au naturel franc et radical, Pelletier en avait besoin pour nourrir une histoire habitée par des laissés-pour-compte. «J’avais aussi ce profond désir de rapprocher un Africain confronté à la misère et une fille de chez nous vivant sous le joug de la précarité et de me questionner s’il peut naître entre ces deux personnes que tout semble opposer une sorte de solidarité à défaut de voir l’argent encore une fois mettre tout le bordel là-dedans».

Ainsi, Diego Star met en scène Fanny (Chloé Bourgeois, vue dans Tout est parfait), une mère monoparentale à peine sortie de l’adolescence qui doit trimer dur afin de nourrir son bébé. Pour se faire un peu d’argent, elle accepte d’héberger l’Ivoirien Traoré (Issaka Sawadogo), l'ingénieur en chef du navire faussement accusé d’être le responsable d’un important incendie survenu dans la salle des machines. De leur rencontre faite au départ de méfiances et de doutes partagés va naître une authentique empathie.

«Mon film est un drame social ancré dans la réalité que l’on peut identifier à l’école de cinéma britannique ou du Québec des années 70. Ce n’est pas nécessairement une œuvre d’esthétisme, mais plutôt de justesse, me mettre à la hauteur de mes personnages, de les regarder sans condescendance ni complaisance en me disant que j’avais notamment à faire à de véritables destins».

Diego Star – Métropole Films – Drame social – 91 minutes – Sortie en salles le 6 décembre 2013 – Canada/Québec, Belgique.

EN IMAGES:

Le film «Diego Star» présenté au FNC 2013

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