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Pereira affirme que Michel Arsenault a déjà refusé un pot-de-vin de 300 000 $

07/10/2013 11:02 EDT | Actualisé 07/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Ken Pereira a rapporté à la Commission Charbonneau, lundi, que le président de la FTQ, Michel Arsenault, a déjà refusé un pot-de-vin de 300 000 $ présenté par «un Italien» qui accompagnait Jocelyn Dupuis dans le but de faire passer un dossier au Fonds de solidarité de la FTQ.

Et toujours selon cet ancien directeur de la section locale 1981 des mécaniciens industriels à la FTQ-Construction, M. Arsenault avait été mis en garde contre Jocelyn Dupuis par un ami policier.

Selon M. Pereira, c'est M. Arsenault lui-même qui lui aurait relaté cette mise en garde et cet événement impliquant M. Dupuis, ancien directeur général de la FTQ-Construction, et un entrepreneur d'origine italienne.

M. Pereira, qui s'était approprié les reçus de Jocelyn Dupuis sur six mois, en pénétrant dans le bureau du comptable en son absence, en juillet 2008, était d'abord allé voir le président de la FTQ avec ces reçus.

Il y avait ensuite eu une réunion, où il avait été convenu de se débarrasser de Jocelyn Dupuis. M. Pereira devait mener l'opération en compagnie de Bernard Girard, son allié au sein du comité exécutif.

Lors d'une rencontre entre M. Pereira, M. Girard, Michel Arsenault et Jean Lavallée (ex-président de la FTQ-Construction), M. Arsenault a raconté qu'«une police, un ami» était venu le voir pour lui dire de «faire attention à Dupuis». M. Arsenault a rapporté qu'il avait alors répliqué à son ami policier: «si t'as des preuves, montre-les moi; si t'en as pas, fais de l'air».

C'est ensuite que M. Arsenault aurait raconté que Dupuis s'était amené dans son bureau, le mois précédent, avec un Italien qui lui offrait 300 000 $ pour faire passer un dossier au Fonds de solidarité.

«Il (M. Arsenault) nous explique: 'le mois passé, Jocelyn est rentré ici avec un Italien. Il a crissé 300 000 $ sur la table pour faire passer ce dossier-là'.» Ensuite, M. Arsenault a ajouté: «Moi, je l'aime beaucoup ce dossier-là; je pense qu'il a un potentiel; je pense que c'est une bonne compagnie, mais je sais qui est en arrière de ça.»

M. Arsenault a donc refusé l'offre et a ensuite mis à la porte de son bureau M. Dupuis et l'Italien en question, qu'il n'a pas identifié.

L'aveu de M. Arsenault a choqué M. Pereira. «Tu veux que moi je crisse Jocelyn (Dupuis) dehors? Tu veux que moi et Bernard Girard on se débarrasse de Jocelyn par l'intermédiaire de tout l'exécutif quand toi, t'as un Italien, avec 300 000 $, qui vient ici sur la table et tu fermes ta gueule? Tu ne dis pas un mot? Et t'as toutes les preuves ici pour venir directement à notre exécutif ou toi-même te lever?» a tonné M. Pereira, qui rapportait ce qu'il avait alors répliqué à M. Arsenault.

M. Arsenault a déjà nié avoir reçu une telle offre de pot-de-vin, a précisé M. Pereira.

La Commission Charbonneau a pu entendre une conversation que M. Pereira a enregistrée entre lui et au moins deux autres représentants de sections locales à la FTQ-Construction. Cette conversation confirme qu'au moins une autre personne semblait au courant de cette histoire de l'offre de 300 000 $.

Son départ

M. Peirera a également abordé le contexte d'un incident avec Stéphanie Piché, la secrétaire de Jocelyn Dupuis, alors que la FTQ-Construction l'avait mis de côté, selon lui, à cause de l'histoire des allocations de dépenses de Dupuis.

Selon lui, chaque fois qu'il entrait au bureau, Mme Piché en informait Jocelyn Dupuis.

Un jour, voyant dans le reflet de la vitre d'un cadre qu'elle prévenait encore une fois M. Dupuis de son arrivée, il est passé derrière elle, a saisi le combiné et l'a raccroché en lui lançant: «si tu veux savoir où je suis, t'as juste besoin de me le demander. Je ne travaille pas pour toi. Vous, vous parlez d'espionnage (de ma part) et d'enregistrement, mais toi, tu as le droit de m'espionner? Tu ne vas plus jamais m'espionner, as-tu bien compris?»

Richard Goyette, alors nouveau directeur général de la FTQ-Construction et allié de Jocelyn Dupuis, a commandé une enquête sur l'incident. «Ils m'ont discrédité en disant que j'étais violent et que c'était une de leurs raisons pour essayer de me sortir de la FTQ et des bureaux. Et ça a réussi», a conclu M. Pereira.

Finalement, M. Pereira a quitté son poste de directeur de la section locale 1981 de la FTQ-Construction. Un procès-verbal du 1er décembre 2010, déposé devant la commission, fait état du versement d'une somme de 400 000 $.

«Moi je ne joue pas de 'game'. C'est plate en maudit que j'ai été obligé d'enregistrer des personnes que j'aimais ou des personnes, mais c'est eux autres qui m'ont trahi, pas moi. Moi, je ne les ai jamais trahies. Moi, je suis allé les rencontrer, et qu'ont-ils fait? Ils ont décidé que le Fonds était plus important que le travailleur et la FTQ était plus importante que le travailleur», s'est exclamé M. Pereira.

Contre-interrogatoire

Les avocats représentant les différentes parties contre-interrogent maintenant M. Pereira.

Me André Dumais, du Conseil provincial, a abordé l'épisode du passage de M. Pereira du Conseil provincial à la FTQ-Construction, en 2005-2006, lorsque M. Pereira avait invité les membres du Conseil provincial ouverts à l'idée de le suivre à la FTQ-Construction à venir à une réunion à la FTQ.

M. Pereira avait dit à la commission que des fiers-à-bras du Conseil provincial s'étaient rendus à la FTQ pour filmer les membres du Conseil provincial qui venaient assister à la réunion qu'il avait organisée.

Me Dumais a tenté de lui faire dire que ces gens du Conseil provincial venus à la FTQ voulaient peut-être seulement convaincre les membres du Conseil provincial de rester au Conseil provincial et de ne pas quitter pour la FTQ-Construction. Mais M. Pereira a nié catégoriquement que cela puisse être le cas, affirmant que plusieurs syndiqués du Conseil provincial s'étaient déplacés à la FTQ mais, voyant qu'ils étaient filmés par le Conseil, n'étaient tout simplement pas entrés à la réunion.

Les contre-interrogatoires se poursuivront mardi.

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