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Commission Charbonneau: Arsenault savait qu'il devait se méfier de Dupuis

07/10/2013 09:27 EDT | Actualisé 07/12/2013 05:12 EST
CP

Ken Pereira a expliqué ce matin à la commission Charbonneau qu'au moment de confronter Michel Arsenault sur les factures exorbitantes de Jocelyn Dupuis, il a compris que le président de la FTQ savait déjà que ce dernier était un personnage trouble à la FTQ-Construction.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

L'ex-syndicaliste raconte ainsi que, lors de la rencontre du 19 août 2008 avec MM. Arsenault, Jean Lavallée et Bernard Girard pour débattre de la façon de se débarrasser de Jocelyn Dupuis pour ses factures, le président de la FTQ a avoué que Jocelyn Dupuis s'était présenté à son bureau un mois plus tôt, avec un Italien, et qu'il s'était fait offrir un pot-de-vin de 300 000 $, qu'il soutient avoir refusé, pour qu'il défende leur projet au Fonds de solidarité.

« On est assis-là, on est en train de parler de la manière qu'on va sortir Jocelyn Dupuis de la place. Il vient avec cette bombe-là. […] C'est le président de la plus grande centrale syndicale au Québec! » — Ken Pereira

Cette histoire avait été révélée en décembre 2011 par des médias, notamment par Enquête qui s'était appuyée sur des confidences de Ken Pereira recueillies un an plus tôt. Elle se rapporte à l'entreprise de décontamination Carboneutre, dans laquelle M. Dupuis était impliqué avec le mafieux Raynald Desjardins et l'homme d'affaires Domenico Arcuri, également lié à la mafia, selon les policiers.

M. Arsenault a toujours nié publiquement cette histoire du pot-de-vin et souligné que le Fonds n'avait jamais investi dans Carboneutre.

Selon M. Pereira, ce même 19 août, M. Arsenault aurait aussi confié, peu avant de mentionner les 300 000 $, « qu'une police, un ami, est venu me voir, et m'a dit faire attention à Dupuis ».

Pereira « pète les gonds » contre Arsenault

M. Pereira a été choqué que M. Arsenault n'ait jamais voulu dénoncer publiquement toute cette histoire, alors qu'il devait déjà porter le poids de la lutte contre Jocelyn Dupuis.

« Moi je pète les gonds. Je dis : ''Michel, tu veux que moi je crisse Jocelyn dehors, tu veux que moi et Bernard Girard on se débarrasse de Jocelyn par l'intermédiaire de tout l'exécutif quand toi, tu as un Italien avec 300 000 $ [...] sur la table, et toi, tu fermes ta gueule? Tu dis pas un mot? Tu as toutes les preuves ici". [...] Il n'avait pas de réponse. La seule affaire qu'il m'a dit, c'est : "moi je l'ai pas pris, je l'ai crissé dehors de mon bureau" ».

La commission a fait entendre un extrait d'une conversation enregistrée par M. Pereira avec Bernard Girard, le 20 septembre 2010, qui permet de confirmer que ce dernier appuie la version des faits de M. Pereira sur la réunion du 19 août.

L'ex-syndicaliste soutient aussi en avoir parler « à qui voulait l'entendre à l'exécutif de la FTQ-Construction ».

« Je leur expliquais qu'on ne pouvait pas passer par-dessus ça, comme organisation. […] On ne peut pas accepter qu'on sait […] qu'il est proche d'un clan mafioso, et qu'on approuve ça. » — Pereira sur Dupuis

M. Pereira va jusqu'à soutenir que M. Arsenault aurait demandé, après les faits, aux deux autres personnes présentes à la réunion du 19 août, Jean Lavallée et Bernard Girard, de remplir un affidavit pour nier que l'épisode des 300 000 $ se soit produit.

« il y a quelqu'un d'assez haut placé à la FTQ [... qui] m'a dit : '' Ken, ils ont demandé pour signer un affidavit. Michel Arsenault a demandé pour signer un affidavit à Jean Lavallée et à Bernard Girard, pour complètement nié que l'histoire a jamais arrivé », a-t-il soutenu, ajoutant que M. Girard lui aurait confirmé l'avoir fait.

« Des fois, j'utilise le syndrome de Stockholm et j'essaie d'expliquer », a résumé, dépité, M. Pereira. « Ils sont comme collés sur le ravisseur. Le ravisseur, c'était Dupuis. Et ils ont eu tellement peur que, lui, les exposent, qu'ils ont essayé de faire mal à ceux qui les exposaient, et qui avaient moins de force, qui était moi. »

Le procureur Simon Tremblay a par ailleurs annoncé au cours de l'interrogatoire que Bernard Girard, souvent pris à témoin par Ken Pereira, a été assigné à comparaître devant la commission.

Des contre-interrogatoires qui s'annoncent musclés

Les contre-interrogatoires vont commencer à 14 h. Cet exercice s'annonce long et fastidieux, et pourrait fort bien se prolonger jusqu'à mardi.

Les avocats de la FTQ-Construction, du Fonds de solidarité FTQ et du CPQMC-International et organisations, trois organisations qui ont été sévèrement écorchées par Ken Pereira la semaine dernière, sont sur les rangs.

Si le CPQMC-International risque fort de revenir sur les pratiques anti-syndicales évoquées par le témoin, la FTQ-Construction voudra vraisemblablement revenir sur les liens qu'elle aurait entretenus, selon le témoin, avec les Hells Angels et la mafia.

M. Pereira a longuement expliqué la semaine dernière que Jocelyn Dupuis entretenait de nombreux liens avec des motards criminels, et que tout le monde au syndicat, dont le président Michel Arsenault, en était parfaitement au courant.

Il a aussi soutenu que Raynald Desjardins, longtemps considéré comme proche du parrain de la mafia, Vito Rizzuto, était le véritable « boss » du syndicat, étant donné son ascendant sur Jocelyn Dupuis.

M. Pereira a également levé le voile sur des pratiques troubles au Fonds de solidarité FTQ. Il a laissé entendre que la société faisait des investissements douteux, empreints de favoritisme, et que le bras droit de M. Arsenault, Gilles Audette, a même voulu espionner des journalistes qui s'intéressaient à ses activités.

Les dessous de la vie de chantier, selon Pereira

Ken Pereira a donné plus tôt lundi matin l'exemple d'un vaste chantier pour la construction d'une usine pétrochimique en 2001, dans l'est de Montréal, pour illustrer certaines pratiques syndicales critiquables.

L'ex-syndicaliste, qui était alors délégué du local des mécaniciens industriels de l'International, a expliqué comment les travailleurs, tant de ce syndicat que de la FTQ, ont réussi à neutraliser un responsable des relations publiques sur le chantier qu'ils n'appréciaient pas car il critiquait le mouvement syndical dans les médias.

« Tout est réglé. Il a compris, il a très bien compris, il va travailler avec nous autres », serait venu dire un jour Jocelyn Dupuis, mettant ainsi fin aux moyens de pression contre le responsable.

Il a aussi exposé comment les syndiqués, en réduisant à presque rien leurs heures réellement travaillées, avaient pu sortir d'un chantier un important entrepreneur, Del-Nor, avec lequel un important local syndical avait un contentieux.

Les travailleurs, explique-t-il, mettaient une éternité à aller chercher leurs outils, sinon allaient jusqu'à se cacher dans les toilettes. Del-Nor perdra par la suite le contrat et sera remplacé par Ganotec : aussitôt, la production reprend à un rythme normal.

Le procureur Tremblay a souligné que la Société générale de financement (SGF) avait investi pas moins de 350 millions de fonds public dans ce projet de l'espagnole Interquisa.

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