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Arsenault savait qu'il devait se méfier de Dupuis

07/10/2013 09:03 EDT | Actualisé 07/12/2013 05:12 EST

EN DIRECT - Ken Pereira a expliqué ce matin à la commission Charbonneau qu'au moment de confronter Michel Arsenault sur les factures exorbitantes de Jocelyn Dupuis, il a compris que le président de la FTQ savait déjà que ce dernier était un personnage trouble à la FTQ-Construction.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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L'ex-syndicaliste raconte ainsi que, lors de la rencontre du 19 août 2008 avec MM. Arsenault, Jean Lavallée et Bernard Girard pour débattre de la façon de se débarrasser de Jocelyn Dupuis pour ses factures, le président de la FTQ a avoué que ce dernier s'était présenté à son bureau un mois plus tôt, avec un Italien, et avait offert un pot-de-vin de 300 000 dollars pour qu'il défende leur projet au Fonds de solidarité.

Cette histoire avait été révélée en décembre 2011 par des médias, notamment par Enquête, qui s'était appuyé sur des propos tenus précédemment par Ken Pereira. Elle se rapporte à l'entreprise Carboneutre, dans laquelle M. Dupuis était impliqué avec le mafieux Raynald Desjardins et l'homme d'affaires Domenico Arcuri, également lié à la mafia selon les policiers. M. Arsenault a toujours nié publiquement cette histoire.

Selon M. Pereira, lors de cette réunion du 19 août, le président de la FTQ aurait ajouté avoir rejeté l'offre et renvoyé de son bureau les deux hommes : « Moi je l'ai pas pris, je l'ai crissé en dehors de mon bureau ».

Ce même 19 août, M. Arsenault aurait aussi confié, peu avant de mentionner le 300 000 $, « qu'une police, un ami, est venue me voir pour me dire de faire attention à Dupuis ».

M. Pereira a été choqué que M. Arsenault n'ait jamais voulu dénoncer publiquement cette situation, alors qu'il devait déjà porter tout le poids de la lutte contre Jocelyn Dupuis.

« Il me demandait de régler le problème alors qu'il en savait déjà beaucoup sur Dupuis », a déploré M. Pereira.

M. Pereira va jusqu'à soutenir que M. Arsenault  avait demandé aux deux autres personnes présentes à la réunion du 19 août, Jean Lavallée et Bernard Girard, de remplir un affidavit pour nier que l'épisode de 300 000 $ se soit produit.

La commission a fait entendre à l'appui de cette allégation un extrait d'une conversation enregistrée par M. Pereira avec Bernard Girard, en septembre 2010.

Des contre-interrogatoires qui s'annoncent musclés

Le procureur Simon Tremblay, qui l'interroge depuis une semaine, a annoncé qu'il comptait lui poser des questions tout l'avant-midi, avant de le laisser aux mains des multiples avocats qui veulent le contre-interroger. Cet exercice s'annonce long et fastidieux, et pourrait fort bien se prolonger jusqu'à mardi.

Les avocats de la FTQ-Construction, du Fonds de solidarité FTQ et du CPQMC-International et organisations, trois organisations qui ont été sévèrement écorchées par Ken Pereira la semaine dernière, attendent pour leur part l'occasion de le contre-interroger. Cet exercice pourrait se mettre en branle en fin d'avant-midi ou en début d'après-midi.

Si le CPQMC-International risque fort de revenir sur les pratiques anti-syndicales évoquées par le témoin, la FTQ-Construction voudra vraisemblablement revenir sur les liens qu'elle aurait entretenus, selon le témoin, avec les Hells Angels et la mafia.

M. Pereira a longuement expliqué la semaine dernière que Jocelyn Dupuis entretenait de nombreux liens avec des motards criminels, et que tout le monde au syndicat, dont le président Michel Arsenault, en était parfaitement au courant.

Il a aussi soutenu que Raynald Desjardins, longtemps considéré comme proche du parrain de la mafia, Vito Rizzuto, était le véritable « boss » du syndicat, étant donné son ascendant sur Jocelyn Dupuis.

M. Pereira a également levé le voile sur des pratiques troubles au Fonds de solidarité FTQ. Il a laissé entendre que la société faisait des investissements douteux, empreints de favoritisme, et que le bras droit de M. Arsenault, Gilles Audette, a même voulu espionner des journalistes qui s'intéressaient à ses activités.

Les dessous de la vie de chantier, selon Pereira

Ken Pereira a donné plus tôt lundi matin l'exemple d'un vaste chantier pour la construction d'une usine pétrochimique en 2001, dans l'est de Montréal, pour illustrer certaines pratiques syndicales critiquables.

L'ex-syndicaliste, qui était alors délégué du local des mécaniciens industriels de l'International, a expliqué comment les travailleurs ont réussi à neutraliser un responsable des relations publiques sur le chantier qu'ils n'appréciaient pas.

« Tout est réglé. Il a compris, il a très bien compris, il va travailler avec nous autres », serait venu dire un jour Jocelyn Dupuis, mettant ainsi fin aux moyens de pression contre le responsable.

Il a aussi exposé comment les syndiqués, en réduisant à presque rien leurs heures réellement travaillées, avaient pu sortir d'un chantier un important entrepreneur, Del-Nor, avec lequel un important local syndical avait un contentieux.

Les travailleurs, explique-t-il, mettaient une éternité à aller chercher leurs outils, sinon allaient jusqu'à se cacher dans les toilettes. Del-Nor perdra éventuellement le contrat et sera remplacé par Ganatec : aussitôt, la production reprend à un rythme normal.

Le procureur Tremblay a souligné que la Société générale de financement (SGF) avait investi pas moins de 350 millions de fonds public dans ce projet de l'Espagnole Interquisa.

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