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Courir pour deux

05/10/2013 10:51 EDT | Actualisé 05/12/2013 05:12 EST

Il est jeune, beau bonhomme et excelle au football comme porteur de ballon avec les Carabins.

C'est un premier de classe, un véritable « bolé ». Il montre une moyenne cumulative de 4 sur 4,3 en actuariat. Dubeau a même réussi un sans-faute l'automne dernier : 4,3 sur 4,3, rien de moins.

Un texte d'Antoine Deshaies

La vie parfaite, ou presque.

Mais le quotidien du jeune homme n'est pas aussi doré et facile qu'on le pense. Lorsqu'il était en deuxième secondaire, un coup de téléphone a changé sa vie.

« C'était mon petit frère Gabriel, il nous demandait de se rendre d'urgence à l'hôpital. Mon père et lui avaient eu un gros accident en voiture. »

Les deux se rendaient à un entraînement de hockey sur la rive-sud de Montréal. Un conducteur venant en sens inverse a subi un malaise cardiaque et a foncé droit sur eux sur le pont Jacques-Cartier.

« À l'hôpital, il y avait une équipe médicale d'une vingtaine de personnes autour de lui. Ça m'a donné un choc. Le lendemain, on nous a dit qu'il ne marcherait plus. »

Paf. D'un coup, Dubeau venait de perdre son modèle physique. Marcel, l'athlète d'élite, le sportif émérite qui avait notamment joué pour les Saguenéens de Chicoutimi, ne pourrait plus se déplacer.

« Il a eu des problèmes de respiration au début et a perdu beaucoup de masse musculaire. Au début, il pouvait à peine bouger un doigt. Encore aujourd'hui, il ne sent pas grand-chose en bas des épaules. »

Pendant deux ou trois ans, Marcel n'a pu revenir chez lui. Il a ensuite commencé à venir en visite. Puis pour de bon, après des rénovations majeures à la maison familiale d'Ahuntsic. Il reçoit de l'aide de préposés de la santé et surtout de ses proches.

« Il ne peut pas sortir de la maison seul, il faut toujours que quelqu'un soit là. Il ne peut pas se faire à manger, ne peut pas se brosser les dents. Mon frère et moi devons l'aider à le mettre et le sortir du lit. »

Refuser le pronostic

À coup de trois ou quatre séances de physiothérapie par semaine, Marcel Dubeau a refusé la fatalité. Ses efforts ont porté leurs fruits.

« Il nous a fait une surprise à Noël, il y a deux ans, se rappelle Nicolas. Dans le plus grand secret, il avait recommencé à marcher à l'aide d'une marchette. Il nous a présenté la vidéo devant toute la famille. Tout le monde s'est mis à pleurer. Jamais je n'oublierai ce moment. »

Marcel Dubeau marche des distances de plus en plus longues. Il a même franchi 200 mètres il y a quelques semaines.

« Les gens ne réalisent pas à quel point le processus peut être long et ardu. Pour nous, chaque fois qu'il fait un pas de plus, on capote. »

Et le père n'a rien perdu de son amour du sport. Il est présent à tous les matchs ou presque de son fils. Il est aux premières loges, généralement tout près du banc des joueurs.

« Il est toujours là et j'aime ça, confie Dubeau. Chaque fois que je fais un touché, je le regarde et lui fais un clin d'œil. Je vais toujours le serrer dans mes bras après les matchs. Je joue pour lui, pour ma mère, pour ma copine et pour ma famille. »

Toujours un modèle

Nicolas Dubeau garde en tête les images de son père avant l'accident.

« Je me rappelle de ce qu'il était et je m'inspire encore de lui au plan physique. Au plan intellectuel, c'est encore mon modèle. Il est tellement persévérant et très allumé. »

Peu de joueurs des Carabins connaissent l'histoire familiale des Dubeau. Nicolas ne la cache pas, loin de là, mais ne s'en vante pas non plus. Il s'en sert comme motivation.

« Je réalise que je suis chanceux de pouvoir faire ce que je fais et j'en profite. Mon père me sert de motivation additionnelle. Au début, il aurait pu tout lâcher et dire qu'il partait. Il s'est battu pour nous, sa famille. Je crois que sans nous, il n'aurait pas remarché. »

« Il persévère simplement pour lever sa jambe, pour le moindre mouvement même s'il n'aura pas nécessairement de récompense à court terme. De persévérer malgré tout, tu ne peux pas avoir de meilleur exemple. »

S'il en avait le pouvoir, Nicolas Dubeau redonnerait bien sûr les jambes à son père. Cette épreuve lui a toutefois apporté une perspective bien particulière.

« Je ne sais pas quel genre de personne je serais, mais je peux dire que j'aime la personne que je suis devenue. »

Et parions que son père l'aime tout autant.

Vidéo de Marcel Dubeau qui réapprend à marcher :

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