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Même en cas de viol, le Canada ne financera pas des services d'avortement à l'étranger

04/10/2013 11:20 EDT | Actualisé 04/12/2013 05:12 EST
Getty

OTTAWA - Le Canada ne financera pas l'avortement à l'étranger, même en cas de viol.

La semaine dernière, Ottawa a signé une déclaration internationale pour dénoncer le viol en temps de guerre. En même temps, le Canada faisait une sortie pour dénoncer les mariages forcés. Mais le ministre du Développement international, Christian Paradis, affirme que ces prises de position ne se traduiront pas en financement de services d'avortement pour les femmes victimes de viols ou de mariages forcés.

Le ministre Paradis prononçait un discours, vendredi matin dans un symposium, sur l'initiative de Muskoka, engagement pris au G8 de 2010 pour financer des projets améliorant la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants dans les pays en développement.

Lors de l'annonce de cette initiative à laquelle Ottawa consacre 3 milliards $, le gouvernement Harper avait assuré qu'aucun de ces dollars ne servira à fournir des services d'avortement.

Aujourd'hui, M. Paradis se rapporte donc à cette initiative.

«Ça va probablement suivre la même logique que Muskoka. Je pense qu'on était clair sur ça», a-t-il expliqué après avoir dit que «non», Ottawa ne financerait pas des avortements pour les victimes de viols et de mariages forcés.

«Je pense qu'on était clair dans Muskoka. Vous pourrez voir qu'il y aura une certaine consistance, une certaine cohérence», a dit le ministre aux journalistes qui le questionnaient sur ce sujet, après son discours.

En refusant d'accompagner sa signature de moyens financiers pour l'avortement, le Canada semble aller à l'encontre d'une déclaration des Nations unies signée à New York.

On s'attend d'ailleurs à ce que le secrétaire général des Nations unies recommande que les femmes aient «accès à des services pour des avortements sécuritaires à la suite de viols», si on en croit une version préliminaire d'un rapport que Ban Ki-moon doit bientôt remettre au conseil de sécurité.

Le Global Justice Center, un organisme basé à New York, a obtenu copie de ce rapport sur les femmes dans un climat de guerre.

À Ottawa, libéraux et néo-démocrates ont immédiatement dénoncé le refus du gouvernement conservateur de financer des services d'avortement pour les victimes de viol.

«Les femmes victimes de cette violence ont le droit de recevoir tous les soins, y compris un accès à un avortement sécuritaire», a insisté Thomas Mulcair, le chef du NPD.

«Le gouvernement conservateur laisse passer l'idéologie avant le gros bon sens et la santé des femmes et c'est une vraie honte», a-t-il tonné, lors d'un point de presse sur la colline parlementaire, vendredi après-midi.

Le chef libéral, quant à lui, s'en est remis à Twitter où il a relayé le commentaire d'une de ses députées «Le ministre Paradis a tort. Les victimes de violence sexuelle ont besoin de l'appui de pays comme le Canada. Point final», pouvait-on lire sur le compte Twitter de Justin Trudeau.

«C'est définitivement une bonne chose», estime, pour sa part, Matthew Wojciechowski, de l'organisme Campaign Life Coalition.

«Les viols en temps de guerre et les mariages forcés sont des situations horribles, (mais) les groupes pro-avortement détournent complètement cette question pour faire avancer leur cause en faveur de l'avortement», a-t-il dit dans une entrevue téléphonique.

Selon le ministre Paradis, le Canada trouvera d'autres moyens pour aider les victimes de viol.

«Il y a sûrement d'autres mesures qui peuvent être prises et c'est là qu'il y a du travail en cours. Et on va évaluer, voir où est-ce qu'on peut venir en aide», a assuré le ministre.

Le ministère du Développement international est dorénavant rattaché au ministère des Affaires étrangères. Comme l'explique le ministre Paradis lui-même, ceci a été fait dans un souci d'«aligner vraiment les politiques étrangères avec le développement». Dans cette optique, le ministre Paradis promet donc qu'il annoncera éventuellement des mesures concrètes pour appuyer les prises de position qu'Ottawa a annoncées à New York, en marge de l'ouverture de l'assemblée générale de l'ONU, la semaine dernière.

Au printemps, Ottawa avait promis 5 millions $ pour aider les victimes de violence sexuelle dans les zones de conflit armé. Jusqu'à maintenant, 1 million $ a été utilisé en Afghanistan pour une ligne téléphonique qui offre des références aux victimes pour de l'aide légale, médicale et psychologique.

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