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Ken Pereira: Jocelyn Dupuis «avait accès à n'importe quelle porte»

03/10/2013 10:00 EDT | Actualisé 03/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Devant la Commission Charbonneau, jeudi, Ken Pereira, ancien directeur de la section locale des mécaniciens industriels de la FTQ-Construction, a décrit l'influence phénoménale qu'avait selon lui l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis.

«Je veux juste vous dire que Jocelyn Dupuis avait un contrôle, puis avait accès à peu près à n'importe quelle maudite porte», a résumé M. Pereira, qui a donné maints exemples.

M. Pereira a raconté une conversation qu'il a eue à l'été 2007, après une journée de golf bien arrosée, au cours de laquelle Dupuis lui aurait dit de cesser de se préoccuper de ses querelles syndicales avec les autres organisations, parce que la FTQ-Construction avait plus important à faire, plus gros.

«Il m'a dit: 'ta vertu syndicale, là, tu peux te la mettre où je pense. Toi, t'es un homme de principes, c'est bien beau, mais nous autres, on a des affaires beaucoup plus importantes que ça. Moi j'ai accès à 500 millions $. Il y a de l'argent pour tout le monde'.»

M. Pereira a interprété ces propos comme faisant référence au Fonds de solidarité de la FTQ.

De même, Yves Derosby, un ancien membre de la section locale 791, «m'a dit à moi et il ne le cachait pas _ il l'a dit à peu près à n'importe qui _ que sa place au Fonds de solidarité vient directement de Jocelyn Dupuis», a rapporté M. Pereira.

Lors de rencontres, M. Derosby aurait même affirmé: «j'en dois à mon ami, il m'a aidé», a rapporté M. Pereira.

Dupuis a ainsi pu faire obtenir un emploi à la Commission de la construction à une serveuse de restaurant qu'il connaissait, puis à la FTQ-Construction, a raconté M. Pereira. «Elle me dit 'Jocelyn, il m'a ouvert la porte. Je n'avais pas de compétences et je suis allée travailler à la CCQ. J'ai fait application, je l'ai eu, that's it, je suis rentrée là.» Elle n'a pas aimé ce poste et a quitté. Après, elle a pu obtenir un poste de réceptionniste à la FTQ-Construction, un poste qu'elle a aussi quitté.

Selon lui, Dupuis a aussi réussi à faire nommer les hommes qu'il voulait autour de lui et dans des sections locales de syndicats — qui sont pourtant autonomes, en théorie.

Il a aussi rapporté que plusieurs dirigeants de la FTQ-Construction et du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction («international», l'organisation syndicale rivale) comptaient des membres de leur famille à la Commission de la construction du Québec.

Discrimination entre syndicats

M. Pereira a aussi dépeint à la Commission Charbonneau le climat de compétition féroce, voire d'intimidation, qui sévit parfois entre organisations syndicales rivales. Il a oeuvré au sein des deux plus grandes organisations syndicales de la construction: le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (international), puis la FTQ-Construction, mais toujours à la section locale des mécaniciens industriels.

À l'époque où il a fait le saut d'une organisation à l'autre, il a tenté de convaincre ses membres du Conseil provincial de le suivre à la FTQ-Construction.

Il avait convaincu des ouvriers ouverts à l'idée de changer d'allégeance de venir l'écouter exposer son point de vue avant de faire leur choix. Or, le Conseil provincial l'a su et y a dépêché des hommes pour filmer les ouvriers qui entraient dans l'édifice de la FTQ, selon M. Pereira.

«Ils envoient des fiers-à-bras devant le building de la FTQ-Construction. Les fiers-à-bras n'ont pas planté personne. La seule affaire qu'ils ont faite, c'est qu'ils sont venus aux quatre coins de la bâtisse avec des caméras pour filmer ceux qui venaient à mon meeting», a-t-il relaté.

Il a cité le cas de Gilbert Vachon, «un des meilleurs mécaniciens industriels du Québec», selon lui, qui avait dit ouvertement qu'il était prêt à le suivre à la FTQ-Construction. Il a perdu son emploi régulier.

M. Pereira a expliqué à la commission que l'intimidation prend parfois d'autres formes que la violence. «Ça prend pas toujours des bras pour faire peur. T'as juste besoin de dire 'tu ne travailleras plus; ça finit là'. Le plus gros gars, les tatous, quand je te dis que tu n'as plus d'argent dans les poches, t'es fini. C'est moi le boss, je peux mettre n'importe quel homme à terre», a lancé M. Pereira, qui voulait ainsi illustrer la puissance de celui qui fait du placement de main-d'oeuvre et qui peut ainsi nuire aux syndiqués de l'organisation rivale.

Il a raconté un autre exemple qui est survenu dans une usine de carton, lorsqu'il était encore au Conseil provincial et que les mécaniciens industriels y faisaient l'entretien de la machinerie. Les ouvriers syndiqués au Conseil provincial ont cessé de travailler pour protester contre la présence de huit syndiqués affiliés à la CSD (Centrale des syndicats démocratiques) venus avec une entreprise sous-traitante de l'Estrie. L'arrêt de travail coûtait cher à l'employeur. Le syndicat du Conseil provincial a eu gain de cause et les syndiqués de la CSD n'ont plus remis les pieds à l'usine, a indiqué M. Pereira.

Il poursuivra son témoignage lundi.

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