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Commission Charbonneau: Jeux de pouvoir et personnage douteux autour du Fonds de solidarité

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KEN PEREIRA
CEIC

Ken Pereira a soutenu à la commission que le conseiller politique de Michel Arsenault l'a approché pour qu'il contacte Marie-Maude Denis d'Enquête afin d'en savoir davantage sur Denis Vincent, un ami de Jean Lavallée réputé proche des Hells et ayant accès au Fonds de solidarité. Gilles Audette aurait été jusqu'à proposer à M. Pereira d'enregistrer la journaliste à son insu, ce qu'il n'a pas fait.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

Les liens présumés entre Denis Vincent et l'ex-président de la FTQ-Construction ont été mis en lumière par Enquête au printemps 2010.

Les journalistes de Radio-Canada avaient alors révélé que Denis Vincent, ami de Jean Lavallée, mais aussi considéré par la police comme un proche des Hells Angels de Trois-Rivières, avait servi d'intermédiaire entre la SOLIM (le bras immobilier du Fonds de solidarité) et les promoteurs du projet Tipi en 2006.

Il s'agit d'une salle de spectacles au pied des chutes Montmorency qui ne sera finalement pas bâtie.

Arsenault inquiet des liens Lavallée-Vincent

Ken Pereira a affirmé ce matin que le conseiller politique du président de la FTQ Michel Arsenault l'avait rencontré en 2009 pour lui demander d'appeler Marie-Maude Denis, de Radio-Canada, sous prétexte de l'aider, afin d'en savoir davantage sur M. Vincent. M. Pereira n'avait jamais entendu ce nom jusqu'alors.

« Tu vas leur demander sur quoi ils enquêtent à Enquête sur le Fonds de solidarité, et tu vas demander qui est Denis Vincent et ce qu'ils savent sur Denis Vincent. »
— Propos attribués à Gilles Audette par Ken Pereira

Gilles Audette s'inquiète alors du fait que Jean Lavallée délègue M. Vincent comme porte-parole ou homme de confiance sur certains dossiers en lien avec la SOLIM, croit comprendre M. Pereira, alors qu'il n'est pas relié à la construction ou au milieu syndical.

« Je vais dire une autre histoire Ken », aurait poursuivi M. Audette. « Quand Michel Arsenault était président des Métallos, il est allé à un meeting, et qui est là? Denis Vincent ». M. Audette ne lui pas parlé du contenu du meeting, mais il lui explique « qu'à toutes les places où le Fonds ou SOLIM [...] M. Denis Vincent était là ».

« Et Denis Vincent criait haut et fort pour qui voulait l'entendre: ''si t'es pas content que j't'icitte, appelle Lavallée'' »
— Propos attribués à Gilles Audette par Ken Pereira

Selon le reportage d'Enquête, Jean Lavallée et Denis Vincent ont proposé un investissement de la SOLIM au promoteur Laurent Gaudreault du groupe Coscient.

En août 2007, 2,6 millions $ seront versés par le bras immobilier du Fonds dans le compte de Tipi à la caisse populaire de L'Ancienne-Lorette. Et toujours selon les sources d'Enquête, Denis Vincent obtiendra par ailleurs de M. Gaudreault qu'il lui cède une partie de ses actions dans l'entreprise, en faisant de facto un associé.

Mais lorsque ce proche des Hells Angels demande 250 000 $ comptant à Gaudreault, ce dernier refuse.

Le projet tournera finalement au vinaigre et la SOLIM retirera son investissement. À l'époque du reportage, le Fonds a nié avoir été au courant de demandes de paiement de commissions secrètes. Denis Vincent a nié avoir demandé 250 000 $ pour Tipi.

« Je vous dis pas que le Fonds était infiltré, je l'ai jamais dit. Moi, ce que j'ai constaté [...] c'est qu'il y avait une peur énorme des histoires qui sortaient. »
— Ken Pereira

M. Pereira soutient que Gilles Audette lui a demandé d'enregistrer Alain Gravel et Marie-Maude Denis à leur insu, ce qu'il n'a pas fait. Il ajoute qu'Il a été plutôt estomaqué que M. Audette pense que des journalistes allaient lui donner des informations.

Il précise qu'il n'a jamais reçu d'argent de Radio-Canada ni d'aucun média et ajoute qu'il n'a jamais été délateur pour la police.

L'après-midi en non-publication... et sans Pereira

Le témoignage de l'ex-directeur de l'Association nationale des mécaniciens industriels (local 1981, affilié FTQ-Construction) a été suspendu vers 12h30 et reprendra lundi.

En après-midi, les avocats des médias ont débattu avec le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de l'opportunité de lever les ordonnances de non-publication qui frappent les témoignages de l'enquêteur Michel Patenaude et des entrepreneurs Paul Sauvé et Steve Laliberté livrés il y a deux semaines au sujet de l'opération Diligence.

Ken Pereira sera de retour à la barre des témoins la semaine prochaine pour la suite de son interrogatoire. Les avocats du Fonds de solidarité FTQ et de la FTQ-Construction voudront aussi le contre-interroger, selon toute vraisemblance.

La FTQ-Construction durement écorchée

Depuis le début de son témoignage, l'ex-syndicaliste a durement écorché la FTQ-Construction, illustrant ses liens troubles avec les Hells Angels et la mafia italienne, entretenus avant tout par son ex-directeur général Jocelyn Dupuis, ainsi que ses efforts pour étouffer toute l'affaire.

Mercredi après-midi, le témoignage de Ken Pereira a essentiellement porté sur les liens troubles que de hauts dirigeants de la FTQ-Construction ont entretenus avec Tony Accurso.

Il a expliqué que le président de la FTQ Michel Arsenault, l'ex-président de la FTQ-Construction Jean Lavallée et son ancien directeur général Jocelyn Dupuis ont notamment séjourné sur son bateau, le Touch, qu'il utilisait comme « un outil de travail » pour parvenir à ses fins.

Il a aussi brièvement parlé des investissements effectués par le fonds social de la Fraternité internationale des ouvriers en électricité (FIPOE), le puissant syndicat dirigé par Jean Lavallée, et de ceux effectués par le Fonds de solidarité FTQ. Dans ce dernier cas, il a décrit comment il avait facilement réussi à faire avancer un dossier en le remettant à Jean Lavallée. L'entrepreneur qui sollicitait l'appui du Fonds, a-t-il dit, a reçu un appel du Fonds dans un très court délai.

En matinée, il avait expliqué pourquoi il a finalement décidé de divulguer l'histoire des factures de Jocelyn Dupuis à Enquête, après qu'il a décidé de collaborer avec les policiers de la SQ qui avaient vraisemblablement eu vent de ses rencontres avec le caïd Raynald Desjardins. Ce dernier était le véritable « boss » de la FTQ-Construction, a-t-il déclaré mardi, puisqu'il semblait avoir un véritable ascendant sur Jocelyn Dupuis.

Mardi, l'ex-syndicaliste avait expliqué comment les factures de Jocelyn Dupuis qu'il a volées dans les locaux de la FTQ-Construction en août 2008 l'ont confronté à la réalité de la présence du crime organisé à la FTQ-Construction.

Il a dit qu'Eddy Brandone, secrétaire-trésorier de la FTQ-Construction, le caïd Raynald Desjardins et Louis-Pierre Lafortune, cadre supérieur chez Grues Guay, sont tour à tour intervenus pour le dissuader de faire un esclandre avec ces notes de frais.

Ken Pereira a soutenu que tout le monde à la FTQ-Construction était au courant des liens troubles de Jocelyn Dupuis, qui était l'homme fort du syndicat depuis la fin des années 90, mais que personne n'osait l'affronter en raison de la crainte qu'inspiraient ses relations.

Il dit avoir prévenu « tout le monde » à la FTQ-Construction des pressions qui étaient exercées sur lui, mais en vain. « Ça a passé dans le beurre », a-t-il dit.

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