NOUVELLES

L'opposition à la réforme de l'assurance-emploi persiste et est unanime

02/10/2013 01:25 EDT | Actualisé 02/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - La rare unanimité entre patrons, syndicats et groupes sociaux québécois persiste face à la réforme de l'assurance-emploi du gouvernement Harper, dénoncée comme une négation de la réalité économique non seulement au Québec mais partout à travers le pays.

L'organisme patronal Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) a reproché aux conservateurs, mercredi matin devant la Commission nationale d'examen de l'assurance-emploi, de confondre la saisonnalité de l'emploi avec l'utilisation abusive du programme.

«Quand on confond le recours fréquent avec l'abus, on ne tient pas compte de la réalité économique canadienne et québécoise», a déclaré le président de MEQ, Simon Prévost, à la suite du dépôt du mémoire du regroupement d'employeurs.

«En voulant s'attaquer à un problème — l'abus — dont on n'a pas vraiment documenté l'importance, on met du sable dans l'engrenage de tout un pan de l'économie qui fonctionne naturellement de manière saisonnière et qui doit continuer de travailler comme ça», a-t-il précisé.

La commission, mise sur pied au printemps 2013 par le gouvernement Marois et coprésidée par l'ex-chef bloquiste Gilles Duceppe et l'ex-ministre péquiste Rita Dionne-Marsolais, tenait une deuxième journée d'audiences publiques à Montréal.

M. Prévost a fait valoir que la saisonnalité touche de nombreux secteurs de l'économie tant à cause du climat que des conditions de marché ou de carnets de commandes instables. Il a même été jusqu'à brandir le spectre de possibles délocalisations à la suite de la réforme puisque celle-ci risque d'aggraver le problème de rareté de la main-d'oeuvre dans certains domaines.

«Si on oblige nos travailleurs saisonniers qualifiés à prendre d'autres emplois sous peine de perdre leur accès à l'assurance-emploi, on va accentuer le problème de la rareté. Certains vont peut-être devoir amener leurs usines où il y a de la main-d'oeuvre qualifiée en quantité plus importante», a-t-il déclaré en entrevue.

Par ailleurs, il a dit croire que d'obliger un chômeur à accepter un emploi jusqu'à 100 kilomètres de distance de chez lui à salaire moindre nuira non seulement à l'entreprise qui le perdra mais aussi à celle qui voudrait l'embaucher.

«On vient briser cet élément fondamental que les employeurs recherchent, c'est-à-dire un employé qui a le goût d'être là», a-t-il dit.

Pendant ce temps, à l'extérieur de l'hôtel où se tenaient les audiences de la commission, des membres de la Coalition montréalaise contre la réforme de l'assurance-emploi (regroupant notamment la CSN, la FTQ, des organismes sociaux comme Au bas de l'échelle, qui représente les travailleurs au salaire minimum) manifestaient leur opposition à la réforme du gouvernement Harper. Plusieurs de leurs représentants avaient d'ailleurs défilé devant la commission.

Le discours des membres de la coalition, bien qu'appuyé sur un vocabulaire et une logique différents, faisait état des mêmes préoccupations

«L'économie produit des emplois saisonniers ou temporaires», a fait valoir Manon Perron, du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, invoquant les exemples de la construction, de l'industrie du spectacle ou de l'éducation.

«L'assurance-emploi répond à un besoin des travailleurs en termes de protection sociale et, bien sûr, ça permet aux employeurs qui doivent fermer ou qui doivent ralentir leurs activités de s'assurer de pouvoir retrouver cette main-d'oeuvre quand il y a une reprise», a-t-elle dit.

Dans ce contexte, il n'y a rien d'étonnant à ce que patrons et syndicats se rejoignent, a constaté la présidente du Conseil central du Montréal métropolitain de la FTQ, Danielle Casara.

«L'expertise dans les secteurs de travail est menacée par cette réforme. Les patrons et nous partageons certains constats. Souvent on ne s'entend pas sur les solutions au problème, mais nous avons une bonne base commune à partir du moment où l'on fait les mêmes constats», a-t-elle dit.

L'Assemblée nationale a adopté deux résolutions, en juin et novembre 2012, pour exprimer son opposition à la réforme de l'assurance-emploi du gouvernement Harper.

PLUS:pc