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Jocelyn Dupuis dans la loge d'Accurso au Centre Bell et sur son yacht

02/10/2013 11:00 EDT | Actualisé 02/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - L'ex-directeur de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis monopolisait la loge de l'entrepreneur Tony Accurso au Centre Bell, y invitait des amis motards, et même le principal concurrent de Tony Accurso, Joe Borsellino, de Construction Garnier.

C'est ce qu'a raconté à la Commission Charbonneau, mercredi, Ken Pereira, ancien directeur de la section locale 1981 des mécaniciens industriels à la FTQ-Construction. Il est connu comme celui qui a dénoncé Jocelyn Dupuis pour ses comptes de dépenses.

Il a aussi énuméré plusieurs représentants de la FTQ ou de la FTQ-Construction qui sont allés sur le yacht de Tony Accurso, le Touch, dont le président de la FTQ, Michel Arsenault, et son conseiller Gilles Audette, de même que Jean Lavallée et Jocelyn Dupuis, ex-président et ex-directeur général de la FTQ-Construction. Lui-même d'ailleurs y a été invité mais n'y est pas allé.

L'important entrepreneur en construction Accurso a aussi assisté à un party de Noël de la FTQ-Construction. Ces fêtes se déroulaient d'ailleurs souvent au restaurant L'Onyx, à Laval, qui appartenait à M. Accurso. Celui-ci était même présent lors d'une élection à la FTQ-Construction, a rapporté M. Pereira.

M. Pereira a relaté un incident où le fils de Tony Accurso, Jimmy, a vu Jocelyn Dupuis dans la loge de l'entreprise Construction Louisbourg, appartenant à son père, lors d'un gala de boxe, avec des motards et Joe Borsellino.

Jimmy Accurso a alors interpellé M. Dupuis, lui demandant de quel droit il invitait dans la loge de son père, aux frais de son père, le concurrent de son père. Et, selon M. Pereira, «les bikers se sont levés», de même que Jocelyn Dupuis. «Ils ont brassé solidement Jimmy Accurso. Une chance que Bernard (Girard, un fidèle de Ken Pereira au sein de l'exécutif de la FTQ-Construction) était là parce qu'il en aurait mangé une», a opiné M. Perreira.

M. Pereira ajoute que «Borsellino, lui, a mangé une volée deux semaines plus tard dans son bureau».

Borsellino avait effectivement témoigné devant la Commission Charbonneau du fait qu'il s'était fait tabasser gravement, au point où il avait dû être «réparé». Il avait prétendu en ignorer la raison. L'affaire n'avait jamais été éclaircie.

M. Pereira a raconté que M. Accurso offrait ainsi des billets de hockey à la FTQ-Construction à chaque début de saison, mais que Jocelyn Dupuis, au lieu de choisir cinq ou six matches, rayait sans vergogne tout un mois pour se l'accaparer.

M. Pereira lui-même a avoué avoir rencontré 20, 30 ou 40 fois Tony Accurso. Les deux hommes se servaient l'un de l'autre, a-t-il admis.

M. Pereira, au départ, cherchait à placer ses membres mécaniciens industriels au sein d'une des entreprises de M. Accurso, Gastier mécanique. Il se sentait boycotté par la FTQ-Construction, n'étant pas parvenu à lui apporter suffisamment de membres lorsqu'il a quitté le Conseil provincial pour la FTQ-Construction.

M. Accurso disait compatir avec son problème, mais même lui, aussi puissant qu'il pouvait être dans le milieu de la construction au Québec, selon M. Pereira, ne parvenait pas à embaucher les membres de M. Pereira au Québec sans craindre les représailles des autres sections locales syndicales. M. Accurso embauchait bel et bien des membres de M. Pereira, mais en Alberta, dans une entreprise qu'il y possédait «en joint venture».

Quant à M. Accurso, il cherchait surtout à savoir de M. Pereira si les médias s'apprêtaient à sortir une histoire sur lui, croyant que lui serait au courant.

Retour d'Henri Massé

M. Pereira a aussi relaté sa rencontre avec le président retraité de la FTQ Henri Massé, appelé en renfort.

En mai 2010, Henri Massé avait été mandaté par Michel Arsenault pour apaiser la crise au sein de la FTQ-Construction, après que la controverse des comptes de dépenses de Jocelyn Dupuis eut été étalée dans les médias au printemps 2009. L'organisation syndicale était alors scindée en deux clans: les pro-Jocelyn Dupuis (ex-dg) et les pro-Jean Lavallée (ex-président).

Lors de cette rencontre dans un hôtel montréalais, M. Massé a voulu éteindre le feu allumé par l'histoire des comptes de dépenses de M. Dupuis que M. Pereira avait volés, en lui disant qu'il ne voulait plus entendre parler de vol, que personne n'avait volé personne.

M. Massé a aussi révélé à M. Pereira que c'est lui-même qui avait référé le dossier de Ronald Beaulieu au Fonds de solidarité FTQ, et non Jocelyn Dupuis. Ronnie Beaulieu, identifié comme un sympathisant des Hells Angels, a déjà obtenu un prêt du Fonds de solidarité.

Or, M. Pereira se plaignait à Henri Massé des fréquentations de Jocelyn Dupuis. «(Je lui dis) Jocelyn Dupuis ne peut pas se tenir avec des Hells, ne peut pas se tenir avec Raynald Desjardins, ne peut pas se tenir avec Ronnie Beaulieu. Tu ne peux pas te tenir dans un bar avec des Hells. Tu ne peux pas te tenir à la table d'un Hells à la boxe. T'es directeur général de la plus grosse organisation syndicale (de la construction). Tu représentes 70 000 membres», a-t-il lancé à Henri Massé.

C'est à ce moment que M. Massé lui aurait révélé que c'est lui-même qui avait référé le dossier de Beaulieu au Fonds de solidarité (le président de la FTQ est président du conseil d'administration du Fonds de solidarité).

«Ce que je trouve d'assez incroyable, c'est qu'il me dit: 'c'est moi qui ai amené le dossier au Fonds'. Là, tu comprends que c'est Jocelyn qui a donné ça à Henri et Henri qui a amené ça au Fonds», a résumé M. Pereira.

Arsenault au courant

Par ailleurs, M. Pereira a aussi raconté que Gilles Audette, un conseiller du président de la FTQ, Michel Arsenault, a déjà exprimé ouvertement son mécontentement à l'endroit de la FTQ-Construction, déplorant le fait qu'elle avait laissé entrer le crime organisé et qu'elle demandait maintenant à la centrale de régler son problème.

«Vous autres, la FTQ-Construction, vous avez laissé la mafia entrer icitte _ et il nous crie après _ et vous voulez que moi et Michel (Arsenault) on répare les pots cassés», a lancé M. Pereira, qui reprenait ainsi les propos de M. Audette.

M. Pereira a assuré que M. Arsenault était au courant des liens entre Jocelyn Dupuis et le caïd Raynald Desjardins, et que, de toute façon, lui-même lui en avait parlé. Mais M. Arsenault n'a pas semblé le prendre au sérieux à l'époque, selon lui, faisant plutôt des boutades.

Quand M. Pereira en parle à M. Arsenault, «il se recule dans son siège; il met ses pieds sur son bureau. Il me dit 'Ken, si t'es dans la drogue, mon homme, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse?'»

M. Pereira a précisé qu'il ne prend pas de drogue. Il y a vu du sarcasme de la part de M. Arsenault.

En colère, M. Pereira a répliqué. «Je lui ai dit tous les noms que je pouvais. Je l'ai regardé lui et Gilles Audette et je leur ai dit: 'vous autres, vous allez payer mes tabarnak'.»

C'est juste après que M. Pereira a appelé Radio-Canada pour lever le voile sur les comptes de dépenses de Jocelyn Dupuis.

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