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L'Etat fédéral américain paralysé

01/10/2013 08:11 EDT | Actualisé 01/12/2013 05:12 EST

WASHINGTON - L'Etat fédéral américain a mis au chômage technique mardi pour la première fois depuis 17 ans des centaines de milliers de fonctionnaires, faute d'accord budgétaire au Congrès, une mesure draconienne qui épargne toutefois les fonctions essentielles dont la sécurité.

Malgré d'intenses tractations et une soirée d'allers-retours entre le Sénat à majorité démocrate et la Chambre des représentants dominée par les républicains, aucun projet de loi de finances n'a pu être adopté à temps pour le début de l'exercice budgétaire 2014, qui a commencé à 00H00 mardi.

La fermeture de l'Etat fédéral ne devrait toutefois avoir qu'un impact limité sur la première économie mondiale, contrairement à celui qu'aurait une impasse persistante sur le relèvement du plafond de la dette. Celui-ci doit faire l'objet d'un accord d'ici au 17 octobre, faute de quoi les Etats-Unis ne pourront plus faire face à toutes leurs obligations financières.

La Maison Blanche a ordonné lundi peu avant minuit aux agences fédérales de déclencher la cessation partielle de leurs activités et la mise en congés sans solde de leur personnel "non essentiel", jusqu'à ce que le Congrès adopte un budget.

Barack Obama avait averti lundi qu'une paralysie fédérale aurait "des conséquences économiques très réelles pour des gens dans la vraie vie, et tout de suite".

"Ils l'ont vraiment fait", a-t-il déploré sur Twitter peu après minuit.

Le président a promulgué une loi garantissant aux militaires qu'ils seront payés à temps quoiqu'il arrive. "Vous et vos familles méritent mieux que le dysfonctionnement auquel nous assistons au Congrès", a-t-il aux soldats dans un message vidéo.

L'échec marque le pic de 33 mois d'un bras de fer continu sur le budget entre les démocrates et les républicains, qui ont repris le contrôle de la Chambre en janvier 2011 après l'élection de dizaines d'élus du Tea Party.

Du département de la Défense à l'agence de protection de l'environnement, tous les services fédéraux sont sommés de réduire immédiatement leurs effectifs au minimum vital, parfois à seulement 5% de leur personnel.

La sécurité nationale et les services essentiels, comme les opérations militaires, le contrôle aérien et les prisons, sont globalement exemptés.

Mais environ 800 000 fonctionnaires jugés non essentiels, sur plus de deux millions, auront quatre heures mardi matin pour se présenter à leurs bureaux, ranger leurs affaires, annuler leurs réunions et rentrer chez eux, sans garantie de paie rétroactive.

Tous les parcs naturels du pays, géré par le National Park Service, dont les immenses parcs Yosemite et le Grand Canyon, ainsi que les musées et monuments de Washington seront fermés au public.

Mais selon les économistes, l'effet sur l'économie serait modeste, a fortiori si la paralysie ne durait que quelques jours.

A ce stade, la paralysie temporaire de l'Etat fédéral n'a pas ému les principales places financières mondiales, qui étaient en hausse mardi en Europe et Asie. Mais les marchés restaient prudents, en se focalisant sur la date-clé du 17 octobre pour le plafond de la dette américaine

Un blocage lié à l'"Obamacare"

Démocrates et républicains se sont mutuellement rejeté la faute.

"C'est une honte que ces gens, élus pour représenter le pays, finissent par représenter le Tea Party et les anarchistes", a tonné Harry Reid, chef de la majorité démocrate du Sénat.

"Le Sénat a persisté à rejeter notre offre", a déclaré John Boehner, président de la Chambre, vers 05H00 GMT. Les républicains ont fait adopter une motion visant convoquer une commission bicamérale, mais le Sénat devrait la rejeter.

Certains admettaient déjà que l'opinion rejetterait la faute sur les républicains. Ceux-ci "vont être perçus comme ayant bloqué et provoqué la cessation des activités de l'Etat fédéral", a déclaré lundi soir le sénateur John McCain.

La raison du blocage s'appelle "Obamacare", le surnom de la réforme du système de santé de Barack Obama. Les républicains exigeaient que tout accord budgétaire revienne, d'une manière ou d'une autre, sur cette loi emblématique du premier mandat de Barack Obama, votée en 2010. A partir de mardi, des millions d'Américains démunis d'assurance maladie vont pouvoir s'inscrire sur internet pour bénéficier d'une assurance subventionnée à partir de janvier 2014.

Tout Américain devra être assuré à compter de cette date, sous peine d'une pénalité fiscale d'un montant d'abord symbolique (95 dollars en 2014).

Cette obligation, validée par la Cour suprême, est assimilée à un abus de pouvoir par les républicains. Ils pointaient aussi que la loi n'était pas tout à fait prête, le gouvernement ayant reconnu que les systèmes informatiques ne seraient pas opérationnels dès le premier jour.

Sénat et Chambre reprendront leurs travaux mardi à partir de 9H30. "Retour à la case départ", a conclu le porte-parole de M. Reid.

Obamacare: l'Internet a parlé

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