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Comprendre le «shutdown» des États-Unis

01/10/2013 03:24 EDT | Actualisé 01/12/2013 05:12 EST
Flickr/DonkeyHotey

Faute d'un accord sur le budget, l'État fédéral américain, qui emploie plus de deux millions de fonctionnaires, réduit les dépenses en suspendant le travail. Explications sur le shutdown...

Première fois?

En 1995, le parti démocrate du président Bill Clinton sort d'une déroute aux élections législatives partielles et les républicains, majoritaires, se retrouvent en position de force. Le chef de file républicain, un certain Newt Gingrich, perdant des primaires de son parti pour les présidentielles de 2012, pense flairer le bon coup et décide d'engager un bras de fer afin d'obtenir plus de coupes budgétaires du côté des affaires sociales.

Mal vu par l'opinion publique, le bon coup finit en débâcle. Effectif à deux reprises entre novembre 1995 et janvier 1996, l'arrêt partiel des services se solde par un succès retentissant du président Clinton aux présidentielles suivantes. 17 ans plus tard, les républicains récidivent.

Pourquoi un shutdown?

Le shutdown 2013 découle d'un blocage législatif entre les deux grands partis. De nature bicamérale, le parlement américain (Congress) est aujourd'hui divisé entre un Sénat dominé par les démocrates d'Obama et une chambre basse avec ses représentants où les républicains de l'opposition sont majoritaires.

Sous l'impulsion de leur noyau radical du Tea Party, les Républicains ont inclus un amendement à la loi des finances proposée par le parti du président, visant à reporter l'implémentation de la réforme de sécurité sociale Obamacare. Adoptée en 2010, cette réforme serait alors repoussée d'une année supplémentaire. Retoqué par les démocrates lors des aller-retours entre les deux chambres, cet amendement bloque désormais l'adoption de la loi des finances.

Mais nombreux sont les observateurs qui ne voient dans l'argumentaire républicain qu'une tactique pour entraîner l'administration Obama dans un bras de fer imprévisible.

"Nous n'irons pas en plénière avec un pistolet sur la tempe", a ainsi souligné le chef de file démocrate Harry Reid pour mieux mettre en exergue la situation de chantage.

Ce n'est pas la première fois que les républicains agissent de la sorte sous l'ère Obama. A l'instar de la loi des finances, certains débats subissent la pression des conséquences désastreuses en cas de non-accord. Ainsi, lorsque le plafond de la dette devait être revu à la hausse en 2011 afin d'éviter un défaut de paiement, l'opposition a fait front. Au pied du mur, les démocrates avaient fini par lâcher du lest.

"Ils ont perdu la tête", s'exclame Harry Reid . "Ils ne peuvent s'empêcher de refaire constamment la même chose", ajoute le sénateur, fustigeant les tactiques dignes de House of Cards du parti républicain.

Et maintenant?

Le compte en banque de l'État américain désormais pris en otage par les 535 membres du Congrès , 800 000 fonctionnaires, dépendants de ces liquidités, n'ont pas à rentrer au bureau aujourd'hui. Les agences publiques devant toutefois assurer un service minimum, les employés de l'État ont été répartis en "essentiels" et "non-essentiels".

Pendant que les non-essentiels resteront chez soi sans l'assurance de voir ces congés providentiels payés rétroactivement, les autres se rendront au boulot. Eux seront payés, mais possiblement en retard.

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Dans une ultime allocution télévisée, Barack Obama avait prévenu qu'un éventuel shutdown "aura[it] des conséquences économiques très réelles pour des gens dans la vraie vie, et tout de suite".

En termes économiques, le mode pause fait perdre de l'argent mais ne devrait pas ruiner l'État. La paralysie de 1995-96 avait coûté 1,4 milliard de dollars. Un coût additionnel que les parlementaires américains ne manqueront pas d'anticiper en vue des nouvelles négociations sur le plafond de la dette, prévues pour le 17 octobre.

Les élus reprennent les discussion aujourd'hui.

La racine carrée d'un problème en récidive

L'édito du Monde du mardi 1er octobre 2013 rappelle l'âge d'or des institutions américaines, que les Européens jalousaient pour leur flexibilité et leur capacité à former un compromis. Mais le modèle a vécu et l'idéologisation du bipartisme est plus forte que jamais.

Entre présidentielles et législatives partielles, les élections fédérales ont lieu tous les deux ans. Soumis à une opinion publique volatile, les résultats donnent lieu à des situations de cohabitation susceptibles de bloquer les processus en cas de désaccord ou de conflit d'intérêt.

Dans une toute autre veine, c'est la carte électorale qui se révèle point névralgique des déficiences institutionnelles actuelles. Remodelée par les républicains sous George W. Bush, celle-ci a favorisé l'émergence de représentants du Tea Party dans des fiefs à la fidélité partisane solide. Ces élus profitent par la suite de leur assise électorale pour mieux prendre en otage certains débats.

Histoires drôles des priorités américaines

Quoiqu'il arrive, le shutdown américain aura révélé les priorités américaines pour le marché du travail. Entre "essentiels" et "non-essentiel", la catégorisation relevée par le New York Times tient parfois d'une logique sans faille (gardiens de prison, aiguilleurs du ciel, astronautes en mission, agents secrets) et parfois d'un choix pour le moins arbitraire.

Les militaires sont ainsi les seuls à avoir l'assurance d'une fiche de paie en temps et en heure. Du côté de l'environnement, les régulateurs de pesticides resteront chez eux, tandis que les météorologues assureront le bulletin. Dans l'Energie, les chercheurs en énergies renouvelables feront la grasse matinée mais les scientifiques nucléaires pointeront à la centrale. Et dans la Justice, alors que les procureurs en charge du trafic de drogue seront là, leurs collègues responsables des amnisties resteront en vacances.

Heureusement, les salariés du Congrès travailleront. C'est l'essentiel.

En photos (compilation par nos collègues du Huffington Post américain)

2013 Government Shutdown

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