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Charbonneau: Ken Pereira rapporte des propos liant la FTQ-Construction aux Hells

01/10/2013 10:38 EDT | Actualisé 01/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Ken Pereira, celui qui a dénoncé les comptes de dépenses de l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis, affirme s'être fait dire que les Hells Angels faisaient partie de la FTQ-Construction.

Devant la Commission Charbonneau, mardi, l'ancien directeur de la section locale des mécaniciens industriels de la FTQ-Construction a dit tenir cette confidence de Guy Dufour, représentant syndical des métiers de la truelle à la FTQ-Construction. «Guy Dufour m'explique: regarde Ken, les Hells Angels sont avec nous autres, les Hells font partie de la FTQ (Construction)», a rapporté M. Pereira.

M. Pereira a donné en exemple le fait que quatre représentants de la FTQ-Construction ou de ses sections locales avaient contribué à reconstruire un bar de danseuses appelé 1035 «qui avait sauté».

L'ancien syndicaliste a aussi laissé entendre que l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis avait des liens avec le crime organisé, tant les motards criminels que la mafia.

Selon lui, Normand Casper Ouimet, un membre des Hells Angels, était ami de Jocelyn Dupuis. Il l'a vu entrer dans son bureau «deux, trois fois».

«Tout le monde savait à la FTQ que Jocelyn Dupuis était partie ou voulait ou était 'hangaround' ou était partie d'une gang ou il aimait démontrer que sa famille, c'était la FTQ, mais il en avait une autre», a avancé M. Pereira.

Quand le procureur de la commission, Me Simon Tremblay, lui a demandé quelle était son autre famille, M. Pereira n'a manifesté aucune hésitation. «La famille des Hells ou la famille de la mafia. Je pense qu'il les avait les deux amis.»

«Jocelyn Dupuis a des (concours de) wet t-shirts à la Marina Brousseau, (à Saint-Sulpice), avec des Hells Angels et des logos de la FTQ. Comment tu veux arrêter ça?» a lancé M. Pereira, qui résumait ainsi ce qu'on lui avait dit à l'interne.

Intéressant à cause des reçus

M. Pereira a raconté que plusieurs personnes ont commencé à s'intéresser à lui lorsqu'il a été connu qu'il s'était accaparé des reçus de Jocelyn Dupuis. Plusieurs lui ont dit «tu ne sais pas dans quoi tu t'es embarqué» avec les comptes de dépenses de Dupuis.

Le trésorier de la FTQ-Construction, Eddy Brandone, a fait pression sur lui, de même que Louis-Pierre Lafortune, vice-président des Grues Guay, et le caïd Raynald Desjardins, a raconté M. Pereira.

M. Brandone lui aurait offert sa Mercedes en lui lançant les clefs _ ce que M. Pereira affirme avoir refusé. Il a jugé qu'il voulait ainsi tenter d'«acheter» son silence.

Raynald Desjardins _ aujourd'hui accusé de meurtre _ l'a rencontré dans un hôtel de Laval pour lui demander ce qu'il pouvait faire pour apaiser cette querelle entre lui et Jocelyn Dupuis.

À sa grande surprise, Desjardins s'est exclamé: «C'est assez que ce soit (l'entrepreneur) Tony (Accurso) et Johnny (Lavallée) qui gèrent le Fonds (de solidarité FTQ), c'est à peu près temps qu'ils laissent une petite partie du gâteau à nous autres, à moi pis à Jocelyn». Jean «Johnny» Lavallée était président de la FTQ-Construction à l'époque où Jocelyn Dupuis en était le directeur général.

M. Pereira affirme avoir alors compris que ce n'était pas Jocelyn Dupuis qui dirigeait vraiment la FTQ-Construction à l'époque. «Moi je pense que c'est Raynald Desjardins le boss», a-t-il conclu.

Il estime aussi que la «guerre» entre Jean Lavallée et Jocelyn Dupuis avait vraiment pour but le siège au Fonds de solidarité.

De même, Louis-Pierre Lafortune, des Grues Guay, a fait venir M. Pereira à ses bureaux pour tenter lui aussi de calmer la rancune de M. Pereira face à Jocelyn Dupuis. Il lui a tendu un papier, lui lançant: «écris-moi ce que tu veux, peut-être qu'on peut t'accommoder».

M. Pereira affirme avoir alors écrit plus ou moins sérieusement qu'il voulait le poste de directeur général de la FTQ-Construction. M. Lafortune _ pourtant un entrepreneur _ lui aurait dit que le poste de directeur général «adjoint serait plus facile à ce moment».

À un moment, quand le nom de Raynald Desjardins est sorti dans des reportages de Radio-Canada, M. Pereira s'est senti en danger, bien que ce ne soit pas lui, assure-t-il, qui ait donné son nom après leur rencontre. «La police m'a suivi et m'a dit que ma vie était en danger.» On lui aurait offert de devenir agent source.

Un plan a même été échafaudé afin de tenter d'obtenir des informations sur ce que savait Radio-Canada en demandant à une tierce personne de se faire passer pour un représentant du Fonds de solidarité. Le plan n'a finalement jamais vu le jour, a raconté M. Pereira.

Comment et pourquoi

M. Pereira a finalement révélé à la commission comment il s'était procuré les reçus de Jocelyn Dupuis.

Il est entré dans le bureau du comptable de la FTQ-Construction, en son absence, en 2008, sans avoir de complice. Il a pris une photo de la serrure et a acheté sur Internet un outil pour déverrouiller la porte.

C'est là qu'il a découvert des reçus de milliers de dollars pour des restaurants, notamment 2000 $ pour un souper et 500 $ de pourboires, a-t-il relaté. Il y a trouvé des reçus de Las Vegas. Il a gardé avec lui l'équivalent de six mois de factures de Jocelyn Dupuis, les originaux. En se faisant passer pour le comptable de la FTQ-Construction, il a obtenu du restaurant Cavalli des factures. Pour un mois et demi, elles totalisaient 26 650 $.

Il a assuré que s'il avait procédé ainsi, ce n'était pas pour se venger de M. Dupuis. «Mon but était simple et clair: c'était de démontrer que les hauts dirigeants de la FTQ-Construction ne travaillaient plus pour les travailleurs», a justifié M. Pereira.

M. Pereira avait en effet quitté le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) pour la FTQ-Construction, à la fin de 2005, après que M. Dupuis lui eut déroulé le tapis rouge. Mais comme M. Pereira n'est jamais parvenu à attirer suffisamment de ses membres du Conseil provincial à la FTQ pour que la FTQ dépasse le seuil stratégique des 50 pour cent de représentativité, M. Pereira a été «délaissé» par la FTQ-Construction. M. Pereira ne trouvait plus de travail, ses membres non plus, s'est-il plaint à la commission. Il en voulait donc à Jocelyn Dupuis.

Après avoir pris possession des factures de M. Dupuis, M. Pereira est allé voir le président de la FTQ, Michel Arsenault. Il avait alors été convenu de se débarrasser de Dupuis et de garder la controverse à l'interne pour ne pas nuire à l'organisation.

Finalement, deux scénarios ont été arrêtés: l'un voulant que M. Pereira confronte lui-même Dupuis avec ses reçus et lui dise «décâlisse, va-t'en», et l'autre voulant que MM. Pereira et Bernard Girard, un de ses fidèles à la FTQ-Construction, rencontrent tous les directeurs des sections locales de la FTQ-Construction et que ceux-ci tassent Jocelyn Dupuis.

C'est le second plan qui a été déployé, puisque M. Pereira n'est jamais parvenu à entrer en contact avec M. Dupuis.

Il a même été question de mettre en tutelle la FTQ-Construction ou de nommer M. Pereira directeur général de la FTQ-Construction. Mais directeur d'une toute petite section locale, celle des mécaniciens industriels, M. Pereira admet qu'il n'aurait pas eu suffisamment d'appuis pour obtenir le poste.

Finalement, lors d'une réunion du comité exécutif, le 24 septembre 2008, il a plutôt été décidé d'un «putsch» pour «expulser» M. Pereira de la FTQ-Construction. On estimait qu'en exhibant les reçus de Jocelyn Dupuis, M. Pereira salissait le nom de l'organisation.

Pour justifier sa volonté de s'accaparer des reçus de Jocelyn Dupuis, M. Pereira a rapporté que des hauts dirigeants de l'exécutif s'étaient plaints à lui que M. Dupuis était «hors de contrôle», avait un gros train de vie et ne travaillait plus pour défendre les ouvriers, mais pour son propre bien.

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