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La commission Charbonneau s'intéresse au domaine de la maçonnerie

30/09/2013 09:07 EDT | Actualisé 30/11/2013 05:12 EST
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EN DIRECT - La lutte contre le travail au noir dans la maçonnerie entreprise par l'ex-directrice générale adjointe de l'Association des entrepreneurs en maçonnerie du Québec (AEMQ) a pris fin de façon abrupte lorsqu'elle a décidé de collaborer avec la commission Charbonneau à l'été 2012.

Un texte de Bernard Leduc François Messier

Stéphanie Bérard a expliqué avoir consacré son mandat à rétablir la réputation de son association en luttant contre l'évasion fiscale et le travail au noir. L'AEMQ a ainsi collaboré avec la Commission de la construction du Québec (CCQ) et la Régie du bâtiment du Québec (RRQ) pour mener ses luttes en transmettant à la CCQ les plaintes, nombreuses, reçues par des maçons sur des « situations problématiques » constatées sur le terrain.

En juin 2012, Mme Bérard, avec l'appui du président de l'AEMQ et du comité exécutif, annonce dans un article d'un journal de l'AEMQ qu'elle collaborera avec la commission Charbonneau afin de lui proposer des solutions.

Puis, le 4 juillet, revirement de situation : le comité exécutif affirme qu'elle ne leur avait jamais fait part de son intention de collaborer avec la commission et lui suggère de laisser tomber.

« On m'a vraiment muselé et on m'a empêché de vouloir collaborer avec les enquêteurs » a-t-elle expliqué. On lui laisse entendre qu'elle doit « fermer sa gueule » et affirme, à ce effet, avoir reçu ce même 4 juillet un message téléphonique anonyme intimidant.

Pourtant, précise-t-elle, elle n'avait rien à révéler aux enquêteurs de la commission sur les membres de l'exécutif de l'AEMQ.

« Effondrée », Mme Bérard prend un congé de maladie.

Son retour au travail, à l'automne 2012, sera bref : on la congédie sans explications. Elle affirme que, par la suite, entre octobre 2012 et janvier 2013, un véhicule suspect est fréquemment venu se stationner devant sa résidence. Elle obtiendra d'ailleurs une protection policière.

Diligence dans le décor

Mme Bérard a aussi fait part d'une anecdote intéressante. Elle a expliqué qu'en juin 2012, elle s'était opposée à la présence au tournoi de golf estival de l'AEMQ de Guy Dufour, un ancien syndicaliste de la FTQ alors accusé dans le cadre du procès Diligence (il a depuis plaidé coupable).

Elle dit avoir alors obtenu du président Normand Turenne qu'il ne soit pas sur son foursome. Elle ne pourra cependant s'en assurer, puisqu'elle sera en congé de maladie au moment des faits.

Elle apprend à la même occasion que M Dufour avait déjà participé au foursome présidentiel en 2006, en compagnie du Hells Angels Normand Casper Ouimet et de l'ex-directeur général de la FTQ, Jocelyn Dupuis. M. Ouimet est aussi accusé dans Diligence pour avoir tenté d'inflitrer des entreprises en maçonnerie.

Maçon, un métier vulnérable au travail au noir et à l'infiltration

Les maçons, a expliqué Mme Bérard, vivent des situations financières précaires. Toujours les derniers payés sur un chantier, ils ont sinon peu de bien à mettre en garantie, ce qui rend difficile pour eux d'obtenir des prêts bancaires. Ils peuvent alors se tourner vers des prêts privés légitimes, pour remplir leurs obligations financières, voire vers des prêteurs illégaux.

Plusieurs entrepreneurs de différentes régions lui ont ainsi confié avoir été contraints de se tourner vers du financement privé illégitime afin d'éviter la faillite. Il s'agit souvent d'entrepreneurs de taille moyenne qui avaient ambition de prendre de l'expansion.

Elle est au fait d'entreprises qui, prises à la gorge, ont fini par être « infiltrées ».

L'AEMQ, a expliqué Mme Bérard, regroupe environ 235 des 1400 entrepreneurs en maçonnerie du Québec. Cette industrie est en général composée d'entreprises de cinq employés ou moins. La maçonnerie occupe une place minime dans l'ensemble de l'industrie de la construction; les maçons sont requis en fin de chantier.

Le témoignage de Mme Bérard s'inscrit dans la foulée de ceux livrés avant la semaine de relâche par l'enquêteur Michel Patenaude et les entrepreneurs Paul Sauvé et Steve Laliberté. Tous trois ont été entendus dans le cadre de travaux consacrés à l'opération Diligence, portant sur l'infiltration de l'économie légale par les Hells Angels.

Pereira attendu

La commission entendra ensuite Ken Pereira, l'homme qui a entraîné la chute de l'ex-directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, à l'automne 2008, en divulguant ses allocations de dépenses.

L'ex-directeur de l'Association nationale des mécaniciens industriels, affiliée à la FTQ-Construction, pourrait aussi lever le voile sur de possibles liens entre le crime organisé, la FTQ et le Fonds de solidarité FTQ, dont Michel Arsenault, et sur des conflits entre syndicats auxquels il a été mêlé au milieu des années 2000.

La commission devrait aussi annoncer sa décision concernant la requête du Fonds de solidarité FTQ et du président de son C.A., Michel Arsenault, qui demande que des extraits d'écoute électronique récoltés lors de l'opération Diligence ne soient pas utilisés.

Me Jean-Claude Hébert, qui représente le Fonds de solidarité FTQ, a déjà laissé entendre qu'il pourrait saisir les tribunaux de l'affaire si la commission n'accède pas à sa demande.

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