NOUVELLES

Ken Pereira a aussi trouvé des lacunes dans les dépenses au Conseil provincial

30/09/2013 01:50 EDT | Actualisé 30/11/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - L'ancien directeur de la section locale 1981 des mécaniciens industriels, affiliée à la FTQ-Construction, Ken Pereira, a affirmé qu'il y a déjà eu des problèmes avec les comptes de dépenses au Conseil provincial des métiers de la construction, une organisation rivale de la FTQ-Construction.

M. Pereira, qui est celui qui a dénoncé l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis pour ses comptes de dépenses, a fait cette surprenante révélation à la Commission Charbonneau, lundi.

À l'époque où il était syndic à l'organisation syndicale rivale de la FTQ-Construction, soit le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International), pour la section locale 2182 des mécaniciens industriels, il a demandé à voir les comptes de dépenses.

Et il y a découvert des lacunes. «Je vais donner un exemple: des agents d'affaires qui étaient payés au kilométrage pour aller d'une région à une autre. C'est tout à fait normal, sauf que t'étais pas supposé être payé de chez vous au local. T'es supposé être payé du local au chantier. On a vu qu'il y avait souvent... comme le gérant d'affaires qui était payé directement de chez eux au local et du local à chez eux. Lui, il n'allait pas sur les chantiers. Il se mettait à toutes les semaines Sorel-Montréal 160 kilomètres» sur son compte de dépenses, a témoigné M. Pereira.

«Ça prend un peu de courage pour confronter quelqu'un qui est ton boss et lui dire: 'à partir d'aujourd'hui, on va te couper 10 pour cent et ça n'a aucun bon sens que tu utilises l'automobile ou deux lignes téléphoniques ou tu gazes deux fois en même temps dans la même...'», a relaté le témoin.

Il a raconté que certains ont vu «une trahison» dans le fait que, comme syndic, il ait demandé à voir les livres de sa section locale du Conseil provincial. «Je comprends immédiatement que c'est pour ça que personne n'a vérifié les livres en 10 ans ou 15 ans d'existence», a-t-il relaté.

Finalement, à cause des grincements de dents, il a été promu agent d'affaires. Selon lui, il s'agissait d'une façon de se débarrasser de lui comme syndic qui voulait vérifier les livres au Conseil provincial.

Placement syndical

M. Pereira a aussi décrit comment fonctionnait le placement syndical dans la construction _ une loi a depuis aboli le placement syndical pour le remettre entre les mains de la Commission de la construction.

Il a rappelé que les responsables du placement tentent ainsi de donner du travail aux ouvriers de la région qui n'en ont pas ou à qui il manque des semaines de travail pour pouvoir toucher des prestations d'assurance-emploi.

Il a soutenu que comme responsable du placement syndical, à une certaine époque, c'est lui qui relayait à l'employeur le nom des travailleurs à embaucher, après que son directeur syndical le lui ait demandé.

«Le placement syndical, c'est une force incroyable pour certains locaux (sections locales). On devient une personne très importante parce qu'on peut faire que le contrat va bien ou que le contrat va très, très mal», a-t-il opiné.

Il lui est même arrivé de placer sciemment les moins bons ouvriers chez un employeur, parce qu'il était compétiteur d'un autre, et ce, parce que son directeur syndical le lui avait demandé.

Jocelyn Dupuis

M. Pereira a brièvement abordé l'époque du Conseil conjoint, lorsque la FTQ-Construction et le Conseil provincial ont fait une alliance temporaire. Ensemble, les deux plus grandes organisations syndicales de la construction représentaient près des trois quarts des ouvriers et pouvaient négocier ensemble les conventions collectives.

M. Pereira a relaté qu'à l'époque, Jocelyn Dupuis, directeur général de la FTQ-Construction, «voulait prendre le contrôle total» du Conseil conjoint.

Entre autres, M. Dupuis ne voulait pas montrer ses états financiers au Conseil provincial, même si les deux faisaient une alliance.

Le Conseil conjoint a pris fin en 2005, à la suite de querelles internes.

C'est après cette période que M. Pereira a quitté la section locale 2182 du Conseil provincial pour revenir à la FTQ-Construction, à la section locale 1981, où il avait débuté sa carrière syndicale.

C'est Jocelyn Dupuis qui l'a convaincu de revenir à la FTQ-Construction, en lui promettant qu'il disposerait de tous les moyens nécessaires pour mener une bataille juridique, s'il le fallait. Il touchait 80 000 $, en plus d'un compte de dépenses.

M. Pereira s'est ensuite attardé à faire du maraudage «en cachette» pour que «ses» mécaniciens industriels du Conseil provincial le suivent à la FTQ-Construction. Il se trouve donc à avoir fait du maraudage illégal, puisqu'il était en dehors de la période prescrite par la loi.

Il a aussi sondé les employeurs du secteur, qui l'encourageaient, en lui disant «c'est assez le monopole» syndical de la section locale 2182.

Il a finalement recruté «environ 200 membres», peut-être 250. Il est demeuré directeur de la section locale 1981 jusqu'en 2008, puis est parti travailler en Alberta dans les chantiers des sables bitumineux.

De son passage comme directeur d'une section locale à la FTQ-Construction, il en conclut que ceux-ci ont beaucoup de pouvoir. «Plus que t'as de pouvoir, mieux c'est. Mais en même temps, c'est très dangereux si ça tombe dans les mains de quelqu'un qui ne pense pas à l'avenir du mouvement syndical», a-t-il conclu.

Son témoignage se poursuit mardi.

PLUS:pc