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«Breaking Bad»: le dernier épisode ne plaira pas à tout le monde, selon Vince Gilligan (ENTREVUE)

28/09/2013 09:42 EDT
AMC

Le compte à rebours est lancé pour le dernier épisode de "Breaking Bad", le moment de fiction télévisée le plus attendu depuis que Tony Soprano a pris sa retraite. Présent au forum « Film et TV » organisé dans le cadre du Festival international du film de Vancouver, Vince Gilligan, créateur de la série, a discuté avec le Huffington Post de l'art d'écrire un épisode final, de la vie selon Walter White et de son futur.

HuffPost: Vous sentez-vous stressé? Tout s'est-il passé comme prévu pour la réalisation de ce dernier épisode?

Vince Gilligan: Ça reste encore à voir. Je suis du genre à être stressé et inquiet pour un oui ou pour un non, mais là je suis plutôt serein quant à ce dernier épisode. J'espère simplement que je ne me trompe pas et que le public l'aimera autant que moi.

On a terminé l'épisode il y a six mois, et je pense qu'on a réussi à apporter à la série la conclusion qu'elle méritait. Comme j'ai vécu pendant tout ce temps avec l'épisode terminé en tête et et que j'ai été extrêmement occupé à faire de la promo ces derniers temps, je n'ai pas eu le temps de m'inquiéter trop.

HP: Pas de sueurs nocturnes?

VG: En fait j'en avais souvent au moment d'écrire, de filmer et de monter l'épisode final, mais une fois l'épisode terminé, ça s'est calmé.

Je pense que certaines personnes ne vont pas apprécier cet épisode, il est très difficile de plaire à tout le monde, mais ça me va.

HP: Quel est votre épisode final de série TV préféré?

VG: Bonne question. Celui qui me revient toujours en tête est celui de "MASH". Petit, j'adorais "MASH", et c'est toujours le cas. Je le regardais encore la semaine dernière. J'ai vu tous les épisodes de cette série, et je pense que ça tient encore la route.

Ce qui fonctionne si bien dans l'épisode final de "MASH" c'est que dès le premier épisode, la fin est suggérée. On pose les bases dès le premier épisode : il s'agit d'un groupe de personnes qui se retrouvent ensemble et doivent faire de leur mieux pour se sortir d'une mauvaise situation, mais ils veulent tous rentrer chez eux.

Donc le spectateur se dit que dans le dernier épisode de "MASH", tout le monde va rentrer chez soi. C'est la conclusion parfaite pour cette série. Ce n'est pas une fin surprise. On la voit venir pendant 11 ans, mais c'est la fin qu'on veut. C'est pourquoi selon moi c'est la fin parfaite.

Breaking Bad tire sa force des surprises qu'on réserve au téléspectateur, mais parfois la meilleure des surprises, c'est l'absence de suprise. Je ne révèle rien en disant ça, je dis juste que c'est ce qu'on se dit dans la salle d'écriture: la fin parfaite est-elle surprenante ou attendue?

HP: En développant l'intrigue, saviez-vous déjà comment Walt allait terminer?

VG: Pas vraiment. Nous connaissions tous les tenants et les aboutissants de cette série, on s'y est tenu pendant six longues années: on prend le gentil et on en fait un méchant. Mais ça laisse quand même une vraie marge de manœuvre. Ça ne dit rien sur l'intrigue, sur la direction qu'elle prend ou sur ce que Walt va devenir.

Certaines de mes idées ont été abandonnées, et remplacées par les idées d'autres excellents scénaristes, des idées qui ne me seraient jamais venu à l'esprit. Elles ont une vie à elles, elles sont organiques, elles vivent et respirent d'elles-mêmes. Parfois j'ai l'impression que la trame m'est dictée, c'est un sentiment troublant, mais un sentiment que j'aime—ne pas connaître la suite des événements.

HP: Avez-vous réussi à vous débarrasser de Walt?

VG: Cela fait plusieurs mois que Walt n'est plus omniprésent dans mon cerveau, et je trouve ça sain. L'une des choses les plus dures, c'était de voir le monde à travers les yeux de Walt pendant six ans. Et au début ça ne posait pas problème, parce qu'il était quelqu'un de bien, avec de bonnes intentions, mais plus la série devenait sombre et plus Walt s'enfonçait dans la criminalité et le mal, plus il était difficile d'avoir ce type dans ma tête 24h sur 24.

Je dois voir les choses à travers les yeux du personnage pour l'écrire, mais plus on regarde à travers les yeux d'un personnage aussi sombre, plus sa vision de la vie a de l'impact sur la vôtre, et ça peut être à la fois déprimant et effrayant..

HP: Vous a-t-il changé?

VG: Eh bien, la série a changé ma vie et ma carrière, c'est sûr… Je ne sais pas si la personnalité de Walt m'a changé personnellement. J'espère que non, parce que je ne pense pas que ce serait dans le bon sens.

Mais je pense qu'un aspect de cette histoire est positif et instructif. C'est quelque chose que je n'avais pas réalisé au début, mais dans un épisode de la saison deux ou trois, Walt donne des conseils à Hank. Hank vient de voir une tête humaine exploser devant ses yeux et souffre de troubles post-traumatiques.

Walt lui dit : 'Tu sais, avant qu'on me diagnostique un cancer, j'avais peur de tout. Je me réveillais en pleine nuit parce que je m'inquiétais de ce qui pourrait m'arriver et maintenant, depuis que je sais comment je vais mourir, je dors comme un bébé. Je pense qu'on devrait faire face à la peur et ne pas la laisser nous paralyser.'

Ce n'est pas quelque chose de nouveau— c'est vieux comme le monde—mais Walt a appris une leçon et l'a transformée. Malheureusement, il l'a transformée en quelque chose de très sinistre : un empire basé sur la drogue et le meurtre.

On peut tous tenter de se confronter à nos peurs. Essayons juste d'éviter de le faire de la même façon que Walter White.

HP: Avons-nous tous un prix?

VG: Je pense que oui, mais je ne pense pas que pour tout le monde ce prix soit de l'argent. Je pense que si la vie de nos proches était en danger, on serait tous capables de faire des choses horribles. Espérons juste n'être jamais mis dans ce type de situation.

Mais si la question est 'Pouvons-nous tous péter un plomb?', je répondrais peut-être par l'affirmative.

HP: Quel est votre futur post-Breaking Bad?

VG: Plein de projets, j'espère. J'ai écrit Battle Creek il y a 11 ans, et CBS a refusé le projet. Maintenant il renaît de ses cendres comme un phénix et les poussières de script ont donné un pilote que David Shore [réalisateur de House] aime beaucoup. Il va mettre en scène le pilote, et il se peut que j'en dirige le tournage, mais c'est à David de décider.

Mais après que le pilote soit mis sur pied, ce sera une série David Shore, qui fera un boulot merveilleux.

HP: Rien de plus gros?

Je ne sais pas si j'ai encore l'énergie de travailler sur une grande chaîne, à un rythme de 24 épisodes par saison. Je ne pense pas avoir encore ça en moi.

Travailler sur le câble, ça me convient plus maintenant.

HP: Et Better Call Saul?

Peter Gould est un grand scénariste et a travaillé sur Breaking Bad depuis le premier épisode après le pilote. Nous créons la série ensemble et je vais faire de mon mieux pour mettre sur pied la première saison, puis je vais peu à peu me retirer du projet et Peter le dirigera.

Donc quand ces deux séries seront toutes les deux prêtes, j'aurai vraiment besoin de créer quelque chose de nouveau.

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