DIVERTISSEMENT

Dans le film «Une jeune fille» : Sébastien Ricard, homme d'une autre époque (ENTREVUE)

27/09/2013 08:35 EDT | Actualisé 27/09/2013 10:53 EDT
PC

Une rencontre à la fois probable et improbable entre deux êtres solitaires que tout sépare : tel est le propos d’Une jeune fille, quatrième long-métrage de la réalisatrice Catherine Martin, qui prendra l’affiche vendredi prochain. Un agriculteur reclus et taciturne, une adolescente en fugue d’un milieu familial difficile; Sébastien Ricard et Ariane Legault donnent vie à ces deux écorchés vifs, qui se reconnaîtront l’un dans l’autre à force à de se côtoyer. Un destin que le comédien et chanteur de Loco Locass trouve très inspirant.

«Ce film-là, c’est de la poésie, pour moi, a-t-il souligné. Il se situe dans ce que le cinéma peut faire de mieux. J’adore ce rapport entre Serge et Chantal, qui n’est pas celui d’un père et de sa fille, qui n’est pas celui de deux amants, qui se tient en eaux troubles. Et, malgré tout, ces deux personnes sont des âmes sœurs. On le voit bien au fil de l’histoire.»

Figure de résistance

Sébastien Ricard a apprivoisé petit à petit le personnage de Serge, cet «homme d’une autre époque», seul sur sa ferme, en Gaspésie, qui accueillera Chantal, une jeune fille de 14 ans. Après la mort de sa mère, celle-ci cherche à fuir le plus loin possible de son domicile familial et de son père chômeur. Un périple en autobus, une longue marche et quelques jours d’errance la mèneront finalement vers ce gaillard de peu de mots, qui se bat quotidiennement pour garder vivantes les méthodes traditionnelles, et malheureusement un peu désuètes, de son entreprise.

«Serge est vraiment très, très en marge, dans le retranchement, dans le silence, dans la solitude, dans une colère qu’il est incapable d’exprimer, a illustré Sébastien. Il y a chez lui une sorte de bonté, qui me rappelle la bonté des gens d’autrefois. Il s’accroche et fait souvent les choses contre toute logique. Pour moi, il est une figure de résistance.»

«Une jeune fille parle, socialement, d’un Québec qui est en train de disparaître. L’arrivée de Chantal représente, pour Serge, une sorte de renaissance. Dès le début, le film m’a fait penser au Survenant, de Germaine Guèvremont. Mais c’est plutôt une survenante, qui arrive dans un monde qui est en train de mourir. Elle se pointe, et ré-enchantera un peu l’univers de cet homme-là. Et il comprendra que la résistance ne se fait pas, seul. Ça se fait à deux, sans quoi, il n’y a rien de possible. C’est un film qui, malgré son versant sombre, est plein d’espoir, sur l’humain et sur le Québec.»

Complicité naturelle

Les premières lignes de son scénario à peine rédigées, Catherine Martin savait que Serge serait personnifié par Sébastien Ricard. Ce dernier a eu son mot à dire sur le choix de la jeune actrice qui lui donnerait la réplique, et une complicité s’est installée tout naturellement avec Ariane Legault, qu’on a pu voir au grand écran dans Pour l’amour de Dieu, de Micheline Lanctôt, et dans plusieurs séries télévisées, comme Les sœurs Elliott et Apparences.

«Ariane et moi, on a fait une audition ensemble, au début, a relaté Sébastien. On avait testé plusieurs adolescentes, toutes très bonnes, mais avec elle, il s’est passé quelque chose. C’était extraordinaire. Il n’y avait pas de doute; Chantal, c’était vraiment elle. Ariane est une fille instinctive, dotée d’une grande intériorité et d’une grande disponibilité.»

«Et Catherine nous a laissé une grande liberté, a-t-il ajouté. On pouvait entrer dans une scène sans refaire exactement ce qui était écrit dans le texte, malgré la précision et la rigueur du cadre d’écriture. On a réussi à habiter les moments ensemble. Je le sens quand je vois le film, et j’en suis très fier.»

Cinéma, chanson et… réflexion

Dans les prochains mois, Sébastien Ricard consacrera une grande partie de son horaire au septième art, alors qu’il tournera dans Antoine et Marie, de Jimmy Larouche, à qui on doit La cicatrice, puis dans Forget me not, de François Delisle, aussi producteur d’Une jeune fille. Il continuera aussi de monter sur scène avec ses camarades de Loco Locass.

Qui plus est, l’artiste prévoit organiser d’autres rassemblements-citoyens, dans la lignée du Moulin à Paroles, tenu en 2009, sur les Plaines d’Abraham, à Québec, et de Nous?, qui a eu lieu au printemps 2012, en pleine crise étudiante, au Monument-National, à Montréal. Avec, entre autres, ses amis Brigitte Haentjens et Pierre-Laval Pineault, Sébastien songe à d’autres concepts qui permettront aux Québécois de s’exprimer sur leur réalité, mais prévient que l’événement ne se déploiera pas à court terme.

«On réfléchit, a-t-il mentionné. On est certains qu’il y a encore quelque chose à faire, mais ce n’est pas défini. Depuis le Moulin, on n’a jamais cessé de réfléchir à ces questions. Et il me semble que le contexte est plus propice que jamais!»

«Je ne sais pas trop quelle forme ça prendra, mais la réflexion est à point. Chose certaine, on va essayer de rallier les gens, encore une fois», a terminé en souriant celui qui a aussi des projets de théâtre sur le feu pour 2015.

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.




INOLTRE SU HUFFPOST

La rentrée culturelle (Automne 2013)