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Pour les 50 ans de sa mort, une bio s'attaque au mythe Piaf

26/09/2013 09:42 EDT | Actualisé 26/11/2013 05:12 EST

Alors qu'approche le 50e anniversaire de la mort d'Edith Piaf, disparue le 10 octobre 1963, une nouvelle biographie très documentée s'attaque au mythe.

Robert Belleret, ancien grand reporter au Monde, s'est intéressé à la légende d'Édith Piaf dans sa biographie Piaf. Un mythe français (Fayard), attendue en librairie le 27 septembre.

L'auteur a publié auparavant deux ouvrages de référence sur Léo Ferré et Jean Ferrat. Pour cette nouvelle biographie de Piaf, il s'est appuyé notamment sur la correspondance, largement inédite, entre la chanteuse et son confident, Jacques Bourgeat. En 700 pages, il déboulonne le mythe entourant l'icône de la chanson française.

Mensonges et demi-vérités

L'auteur met notamment au jour des mensonges ou des demi-vérités que Piaf aurait elle-même abondamment fait circuler, afin, selon lui, « d'autoalimenter son mythe ».

Ainsi, contrairement à ce qu'elle a toujours affirmé, Édith Gassion n'est pas née dans la rue le 19 décembre 1915, mais à l'Hôpital Tenon, dans le 20e arrondissement de Paris.

Fille d'une chanteuse et d'un contorsionniste, elle a bien été confiée à ses grands-mères, mais n'a sans doute pas grandi dans l'alcool, et ne serait pas devenue aveugle dans son enfance.

L'auteur met aussi en doute le récit fait par Piaf, selon lequel elle aurait fait passer de faux papiers à des prisonniers lors de ses visites à des camps en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il évoque plutôt une chanteuse désinvolte, sans conscience politique, qui emménage en 1942 dans les locaux « bien chauffés » d'une maison close, à deux pas du siège de la Gestapo (la police politique nazie).

Un Don Juan au féminin

Il épluche également la vie amoureuse d'un « Don Juan au féminin », « briseuse de ménages », qui multiplie les conquêtes : Marcel Cerdan, Yves Montand, Georges Moustaki, Eddie Constantine...

Les côtés sombres de la chanteuse (caprices, dépendances et mesquineries...) sont évoqués, mais l'ouvrage souligne aussi la force de travail et les multiples talents de Piaf, notamment son magnétisme sur scène, à travers des critiques de l'époque.

Une auteure hors pair

Robert Belleret valorise les qualités d'auteure de Piaf, qui la conduiront à écrire près de 90 chansons, dont La vie en rose et L'hymne à l'amour.

Un talent d'écrivain d'autant plus remarquable que les lettres échangées avec Jacques Bourgeat montrent que Piaf a longtemps dû batailler avec les mots.

La correspondance de la môme, qui n'a que brièvement fréquenté l'école, est au départ truffée de fautes d'orthographe et de syntaxe, avant de s'affirmer progressivement.

Piaf y confie faire des dictées, prendre des cours d'anglais et d'espagnol, évoque Socrate et Racine, rêve de courir les bouquinistes.

Robert Belleret souligne aussi son formidable flair pour dénicher de nouveaux talents, de Montand aux Compagnons de la chanson, en passant par Charles Aznavour, et des chansons qui feront le tour de monde.

Secrète et exhibitionniste

Piaf était « à la fois secrète et exhibitionniste, généreuse et calculatrice [...], dominée puis dominatrice par compensation, rouée sans pareille et franche du collier comme personne, résistant aux coups durs avec une rage et une force sidérante, mais s'apitoyant toujours sur son sort », écrit Robert Belleret. Bref, tous les ingrédients d'un mythe...

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