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Canadiens emprisonnés en Égypte: des manifestants interpellent Harper

24/09/2013 01:15 EDT | Actualisé 24/11/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Le sort des Canadiens John Greyson et Tarek Loubani, qui croupissent dans une prison égyptienne depuis plus d'un mois, repose entre les mains de Stephen Harper, selon les proches des deux hommes.

Le premier ministre Stephen Harper doit décrocher le téléphone pour exiger directement auprès du président intérimaire égyptien, Adli Mansour, leur libération immédiate, a plaidé un porte-parole des familles des deux Canadiens, Justin Podur.

«À l'évidence, ce que nous avons fait et ce que le gouvernement a fait jusqu'à présent n'a pas été suffisant pour que le message soit entendu. Que pouvons-nous faire de plus? L'une des choses que nous voulons, c'est que le premier ministre Harper appelle son homologue égyptien», a exposé M. Podur.

Seules les pressions politiques pourront mener à la libération du cinéaste et du médecin, a-t-il tonné devant quelques dizaines de personnes qui s'étaient rassemblées, mardi après-midi, devant les bureaux montréalais du consulat d'Égypte.

Les deux hommes, qui sont derrière les barreaux d'une prison égyptienne depuis plus d'un mois, ont entamé une grève de la faim il y a quelques jours.

Le cinéaste et le médecin ont été arrêtés le 16 août au Caire après avoir tenté en vain de traverser la frontière entre l'Égypte et Gaza.

John Greyson se dirigeait vers le territoire palestinien pour y faire du repérage en vue du tournage d'un documentaire, tandis que Tarek Loubani voulait se rendre à Gaza afin de participer à la formation de médecins.

Depuis que les Canadiens ont été jetés dans la prison de Tora, au Caire, ils n'ont pu contacter directement leur famille ou leurs proches. La liaison est assurée par les responsables consulaires canadiens, qui leur ont rendu visite à quelques reprises, a expliqué la soeur du cinéaste, Cecilia Greyson.

«Nous sommes certainement reconnaissants des efforts déployés par le ministère des Affaires étrangères, mais nous en sommes maintenant rendus au point de demander au premier ministre Harper d'intervenir», a-t-elle lancé.

«Les choses semblent s'éterniser et nous sommes très inquiets pour la sécurité et le bien-être de John et Tarek», a ajouté Mme Greyson.

Le cabinet du premier ministre a refusé de préciser si ce dernier avait l'intention de s'impliquer personnellement dans le dossier.

«En l'absence de confirmation des accusations qui pèsent contre eux, nous continuons d'appeler le gouvernement égyptien à les libérer», a écrit Carl Vallée, attaché de presse de Stephen Harper, dans un courriel transmis à La Presse Canadienne.

«Le Canada (ministère des Affaires étrangères) continue de discuter avec les plus hauts responsables du gouvernement égyptien en vue de faire pression pour qu'on trouve rapidement une solution positive relativement à cette situation», s'est-il contenté de préciser.

Le dramaturge Michel Marc Bouchard, qui a collaboré avec John Greyson pour l'adaptation cinématographique de sa pièce «Les Feluettes» — devenue «Lilies» en version anglaise —, s'est demandé comment un pays comme le Canada pouvait abandonner ainsi à leur sort deux de ses ressortissants.

«On s'attend à un geste plus vigoureux de la part du chef d'État pour faire sortir un artiste aussi majeur et un docteur noble qui enseigne aux autres à soigner, à réconforter et à panser», a-t-il affirmé.

Ironiquement, le film «Les Feluettes» (1996) raconte l'histoire d'un homme qui est emprisonné injustement, qui cherche la vérité et qui cherche à combattre cette injustice, a relevé le créateur.

Et ironiquement, c'est John Greyson qui se trouve actuellement dans une prison — bien réelle, celle-là.

«Dans cette prison-là, il ne peut plus créer, il ne peut plus rêver. Ce qui l'attend, c'est l'isolement, la solitude, le froid, la brutalité, l'insalubrité. On n'est plus dans le cinéma, là. On est dans une vraie vie, et il faut le sortir de là à tout prix», a insisté M. Bouchard.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a assuré mardi qu'il avait discuté de la situation avec son homologue égyptien Nabil Fahmy la semaine dernière.

Il a dit espérer avoir l'occasion de croiser M. Fahmy et de revenir sur le sujet cette semaine, alors que les deux hommes se trouveront au siège des Nations unies, à New York.

«Selon nous, c'est inacceptable pour le gouvernement de l'Égypte de garder ces deux Canadiens (sur qui ne pèsent aucune) accusation spécifique, et on va continuer à travailler très fort dans ce dossier», a assuré M. Baird en marge d'une allocution livrée au siège social de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) à Montréal.

Motion de Québec solidaire

La formation politique Québec solidaire (QS) doit déposer mercredi à l'Assemblée nationale une motion pour inviter les trois autres partis à faire pression sur Ottawa, a déclaré Manon Massé, qui a été candidate pour QS lors des quatre dernières élections provinciales.

«Ce qui me frappe, c'est comment ce gouvernement canadien ne semble pas avoir de préoccupation pour des Canadiens précieux comme John et Tarek et pour les défenseurs des droits humains en général», a-t-elle suggéré, se désolant de voir que cette histoire n'ait pas eu droit, selon elle, à une couverture médiatique suffisante au Québec.

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