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L'album «Lost» de Trentemøller: exploration libre

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TRENTEMOLLER
Jean-Francois Cyr

MONTRÉAL - Réalisateur et arrangeur musical très talentueux, le Danois Anders Trentemøller réapparaît avec cet élan imprévisible qui caractérise bien l’homme: intitulé Lost son troisième album studio est encore différent des précédentes offrandes, mais fort réussi. De son atelier de Copenhague, l’artiste raconte que la continuité, bien qu’importante, est d’abord celle qui oblige à regarder devant sans répéter le passé. Tant mieux, car la progression est convaincante.

Trentemøller, 38 ans, a fait paraître quelques EP depuis le début du millénaire. Il a également proposé The Last Resort en 2006 (acclamé, cet album étonne alors par son raffinement et son mélange sombre de musique electronica, folk, dub, expérimentale et autres genres difficiles à décrire) et un autre opus Into the Great Wide Yonder en 2010 (plus que correct comme album, mais moins concluant), qui avait déçu certains admirateurs qui ne trouvaient plus dans cette mouture la bonne techno qui habitait son travail antérieur.

Qu’à cela ne tienne, le créateur a su se démarquer au fil du temps et obtenir le respect du milieu artistique, à commencer par les cinéastes Oliver Stone (Savages), Pedro Almodóvar (La piel que habito) ou encore Jacques Audiard (De Rouille et d’os). Lors de cette discussion outremer avec le musicien, il exprime aussi le plaisir d’avoir pu participer à la récente tournée du groupe Depeche Mode. De toute évidence, sa musique cinématique un brin inquiétante plaît. Et la qualité des mélodies sur Lost risque d’en convaincre encore plusieurs, notamment en Amérique.

De la furie à la douceur

En introduction, l’enveloppante chanson The Dream sur laquelle chante magnifiquement l’Américaine Mimi Parker, du groupe Low. Improbable entrée en matière pour un disque de Trentemøller, et pourtant, c’est foutrement bien réussi. Contrairement à la tourmentée The Mash and the Fury, de l’album Into the Great Wide Yonder, le ton est rassurant.

« Pour être franc, The Dream ne devait pas ouvrir l’album. Je pensais commencer avec la très sombre Hazed (qui se retrouve finalement à la toute fin). Quelque part durant la production, je me suis aperçu que j’avais déjà introduit Into the Great Wide Yonder avec une pièce pesante. Pourquoi ne pas faire autrement, me suis-je demandé. J’ai cru bon d’introduire Lost avec un calme… intriguant. Bien sûr, cette montée en intensité ouvrait la voie à une palette quasi infinie de sonorités. Je pense que ça fonctionne bien. Et vraiment, que peut-on reprocher au chant sublime de Parker, qui a fait ça de son studio maison aux États-Unis ? J’aime les surprises de l’exploration. Et ceci est un bon exemple. J’essaie toujours d’aller ailleurs. Et parfois, c’est même la musique qui m’invite à faire différemment. »

« Au départ, je ne pensais pas demander à d’autres artistes (Jana Hunter de Lower Dens, la Danoise Marie Kisker, Jonny Pierce de The Drums, Ghost Society, Sune Rose Wagner de The Raveonettes) de collaborer sur Lost. Puis, en écoutant la chanson The Dream, au départ instrumentale, je me suis dit que je pourrais peut-être y insérer une voix. J’ai alors pensé à Parker. J’ai fait une proposition et elle a accepté, à mon grand plaisir, d’écrire et interpréter les paroles. Même chose pour Kasu Makino du groupe américain Blonde Redhead, que j’aime beaucoup. J’avais eu la chance de rencontrer les membres de la formation durant une tournée en Europe… »

Défier l’étiquette

Pendant la discussion qui durera une trentaine de minutes, Anders Trentemøller souligne que l’étiquette de musique électronique souvent véhiculée à son égard ne lui convient pas tout à fait. « Plusieurs vrais instruments sont impliqués dans mon travail, affirme-t-il. En fait, j’ai presque tout joué les instruments sur ce disque, sinon quelques lignes de batterie ou encore des passages de violon (d’un ami musicien). J’utilise aussi beaucoup les consoles analogiques, que j’adore transformer pour les besoins de l’enregistrement. L’électro est plutôt une influence. »

Ce dernier préfère donc l’idée du collage musical quand il vient temps de décrire sa niche: house, jazz, électronica, ambient, new wave… « C’est ennuyant de mettre des sonorités dans des cases, poursuit-il. Mais je respecte totalement tous ceux qui cherchent à décrire notre travail, par contre (rires). C’est juste que je n’aime pas être catégorisé. Je préfère de loin laisser les gens tirer leurs propres conclusions. Cette fois-ci, j’ai poussé davantage le noisy et monté le volume. Il y a plus de saturation. Les plaintes de guitares peuvent sembler appartenir au monde de l’électronique, mais c’est juste une question de laboratoire. »

« En fait, l’utilisation de l’organique (il rit à l’utilisation de ce mot galvaudé) est une nécessité pour moi. D’ailleurs, mon spectacle (rodé durant la tournée de Depeche Mode) propose cinq musiciens (batterie, basse, claviers, guitares et Marie Fisker à la voix). C’est une formule inspirée du groupe rock traditionnel. Sauf que j’explore davantage, peut-être… Je fais une autre musique. Chose certaine, sans étiquette et entouré de bons musiciens, je me sens plus libre. »

Trentemøller promet de venir au Québec en 2014, notamment à Montréal.

Bonne nouvelle, puisque Lost est le reflet d’un travail minutieux, recherché et inspiré. Un album incontournable cette année. L'album lancé aujourd'hui est entre autres disponible sur iTunes.

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