POLITIQUE

Indépendance écossaise: le séparatisme est-il un mouvement global?

23/09/2013 01:04 EDT | Actualisé 23/09/2013 04:36 EDT
AP
A display of t-shirts are seen for sale in a Scottish memorabilia shop in Edinburgh, Scotland Friday, Jan. 13, 2012. This week Scottish authorities announced they will hold a referendum on independence in 2014, firing the starting pistol on a contest that could end in the breakup of Britain. Scotland's history has been entwined with that of its more populous southern neighbor for millennia, and since 1707 Scotland and England have been part of a single country, Great Britain, sharing a monarch, a currency and a London-based government. But for centuries before that, Scotland was an independent kingdom, warding off English invaders in a series of bloody battles. Now a more peaceful modern independence movement thinks its goal of regaining that autonomy is finally in sight. (AP Photo/Scott Heppell)

Le petit comté de Siskiyou, au nord de la Californie, est réputé pour la beauté de sa nature et la diversité de sa faune, l'imposant mont Shasta et son importance historique dans la ruée vers l'or du 17e siècle.

Mais ce comté fait également parler de lui parce qu'il a voté en faveur d'un projet visant à en faire le 51e état américain, l'état de Jefferson. Ce comté farouchement républicain veut effectivement se séparer d'une Californie profondément démocrate et a invité certains comtés du sud de l'Oregon et du reste de la Californie à se joindre à son mouvement.

Cette histoire a pu vous échapper. C’est que ce vote en soi est largement sans conséquence puisque le projet devrait recevoir l'aval de la législature de l'État de Californie ainsi que du Congrès américain. Alex Salmond, chef du Parti national écossais et premier ministre d’Écosse depuis 2007, le sait bien, obtenir son indépendance est un peu plus complexe que de simplement déclarer qu'on l'est.

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Des manifestants indépendantistes montrent les drapeaux écossais et catalan.

Les gens du comté de Siskiyou et le Parti national écossais ne sont que deux exemples parmi des centaines de mouvements séparatistes à travers le monde, des plus sérieux comme les souverainistes catalans et québécois, aux plus improbables comme le nationalisme celtique des Cornouailles, en passant par les plus militants comme les Tamouls sri lankais ou l'ETA Basque.

Lorsque l'Organisation des Nations unies a été créée en 1945, elle comptait 50 membres. De nos jours, il existe près de 200 États-nations, et d'innombrables mouvements qui visent à en créer des nouveaux.

Et l'Écosse n'est pas la seule région britannique avec un mouvement souverainiste fort. La semaine dernière, Carwyn Jones, le premier ministre du pays de Galles, a laissé entendre qu'il voyait le référendum écossais comme une opportunité de pousser encore plus loin la dévolution de sa région.

Même au coeur de l'Angleterre, on retrouve le Mebyon Kernow, un parti politique qui prône l'indépendance des Cornouailles ou encore le minuscule Yorkshire Devolution League.

Au Canada anglais, le mouvement souverainiste écossais est observé avec un certain désabusement sceptique. Après tout, il y a eu deux référendums sur l'indépendance au Québec, en 1980 et en 1995.

Le Parti québécois a reçu un mandat de gouvernement minoritaire en septembre 2012, mais le dossier nationaliste est pour l'instant au point mort. Selon un sondage récent, l'indépendance au Québec récolterait 40% des appuis.

Plus de 80% de la population du Québec est francophone, mais Montréal a une forte population anglophone. L'immigration voit un apport de près de 50 000 personnes par an et, selon le plus récent recensement, 7,7% des Québécois disent que l'anglais est leur langue maternelle.

En Écosse, en 2001, le pourcentage de Britanniques vivant au nord de la frontière était pratiquement, identique, soit 8% de la population.

Un sondage publié la semaine dernière a démontré que si des élections avaient lieu au Québec aujourd'hui, le PQ serait battu par le PLQ.

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Des partisans du Parti québécois

Tout comme les Écossais, les Québécois sont plutôt préoccupés par l'économie et le coût de la vie, en ce moment. Le Québec est également aux prises avec la très controversée Charte des valeurs québécoises qui vise à interdire le port de symboles religieux ostentatoires par les employés de l'État et qui divise l'opinion publique dans toutes les sphères de la société en ce moment.

Pour les indépendantistes, écossais comme québécois, leur raison d'être est un sentiment de constituer des peuples à l'identité culturelle et philosophique distincte. De plus, dans le cas des séparatistes catalans, des Flamands belges et des sécessionnistes du nord de l'Italie, leur argumentaire repose également sur des raisons économiques; ces régions ont l'impression de se faire vampiriser par le reste de leurs pays respectifs.

Selon un récent sondage du Centre de recherches sociologiques, un organisme gouvernemental espagnol, 40,6% des Catalans sont en faveur de l'autonomie de leur région, et selon des sondages menés pas Cadena Ser, le plus important réseau de stations de radio en Espagne, cet appui serait même de 52%.

«L'avenir politique catalan est très confus en ce moment et est un des dossiers les plus chauds pour le gouvernement du président Mariano Rajoy» explique l'éditeur délégué du HuffPost Espagne, Guillermo Rodriguez. «Il se trouve coincé entre la base de son parti, très conservatrice, et doit les convaincre qu'il est le défenseur de l'unité espagnole tout en calmant les Catalans qui se sentent abusés financièrement. Il n'y a aucun doute que l'Écosse est un étalon important pour les nationalistes catalans.»

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Un regroupement de Catalans qui avait pour but de créer une chaîne humaine de 400 km dans le cadre d’une campagne pour l’indépendance.

Toutefois, selon la constitution de 1978, un référendum sur l'indépendance de la Catalogne est illégal sans l'autorisation du gouvernement, mais le gouvernement a promis la tenue d'un tel référendum en 2014, même si les deux principaux partis politiques, le Parti socialiste ouvrier espagnol et le Parti populaire, rejettent tous deux la possibilité d'une indépendance catalane.

Mais il n'y a pas que Rajoy qui se retrouve dans une situation difficile face à la grogne des deux côtés de la question: le président catalan, Artur Mas, doit lui aussi marcher sur des oeufs.

«Mas est dans une situation très difficile», explique encore Rodriguez. «D'un côté, il subit la pression des élus du gouvernement catalan qui s’attendent qu'il fasse preuve de leadership et règle la question une bonne fois pour toutes, et de l'autre, il reçoit des messages en provenance de l'Union européenne et du monde des affaires qu'une Catalogne indépendante ne serait pas automatiquement incluse dans l'Union européenne et que l'auto-détermination (la Catalogne est un des plus importants moteurs économiques de l'Espagne) pourrait comporter certains risques.»

Dans le nord de l'Italie, le mouvement pour la création d'un état qui porterait le nom de Padanie est sur la table depuis fort longtemps et le parti qui le prône est la Lega Nord, qui fait partie de la coalition de Berlusconi. S'il voyait le jour, un tel état comprendrait les villes les plus riches d'Italie — Milan, Florence, Venise —, et d'autres partis séparatistes ont également vu le jour dans le Tyrol du Sud et en Vénétie.

Un sondage mené par SWG en juin 2010 avait révélé que 61% des Italiens du nord étaient en faveur de l'indépendance et 80% étaient minimalement en faveur d'une réforme au niveau fédéral, mais que, globalement, seulement 42% des Italiens croient que le projet de création de la Padanie est réaliste.

Malgré tous ces mouvements en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni, l'Europe n'a pas vu de frontières internationales changer depuis la Première Guerre mondiale, et tout porte à croire que ça ne changera pas de si tôt, malgré les référendums de 2014.

C'est encore plus vrai aux États-Unis, où il n'y a pas eu de sécession depuis 150. Une nouvelle République du Texas est peu probable, malgré le désir du nationaliste texan Daniel Miller, de se défaire du boulet des autres «états marxistes», comme il qualifie le reste des États-Unis depuis l'élection du président Obama.

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Un manifestant qui appuie le groupe indépendantiste The Republic of Texas.

N'empêche, le soutien pour son mouvement prend de l'ampleur, et 95 000 personnes ont signé une pétition qui réclamait la sécession du Texas à la suite de la victoire du parti démocrate lors des présidentielles de 2012.

Mais peu importe le résultat, il y a fort à parier que les séparatistes du monde entier puiseront du courage dans le référendum écossais, même si Alex Salmond ne gagne pas.

Comme le disait l'ex-président catalan Jordi Pujol lors d'un passage en Écosse l'an dernier, même si les nationalistes catalans et écossais perdent leurs référendums respectifs, une fois que l'idée de l'indépendance entre dans l'esprit des gens, il devient pratiquement impossible de l'en faire sortir.

LE CAS DU SAHARA OCCIDENTAL

par Sandro Lutyens, HuffPost Mahgreb

«Nous ne concèderons pas un centimètre de notre Sahara bien-aimé, pas un seul grain de sable.»

C'est en ces termes que le roi Mohamed VI du Maroc s'est exprimé, ne permettant aucun doute sur ce qu'il pense d'un futur état du Sahara occidental.

Toutefois, le Front Polisario, un mouvement séparatiste installé en exil dans le camp de réfugiés de Tindouf, en Algérie, tente de donner tort au roi depuis près de 40 ans.

En résumé, tout cela a commencé en 1884 alors que les puissances coloniales de l'Europe se réunissent lors de la conférence de Berlin visant à redessiner l'Afrique, établissant des frontières arbitraires afin de se distribuer les territoires.

Le Sahara occidental, une vaste région côtière désertique au sud du Maroc et à l'ouest de la Mauritanie, a été attribué à l'Espagne. Mais lorsque l'Espagne, près d'un siècle plus tard, a dû renoncer à ce territoire sous la pression des Nations unies, on a transféré son administration à ses deux pays voisins.

Lorsque le Front Polisario a déclaré son indépendance, la Mauritanie a accepté d'abandonner son titre sur le territoire, mais pas le Maroc, qui a décidé d'intervenir militairement pour contrôler le sud du pays. Une guerre partisane a immédiatement fait rage et s'est poursuivie jusqu'en 1991, alors que les Nations unies sont parvenues à négocier un cessez-le-feu.

Aujourd'hui, la question saharienne affecte tout le Maghreb. Sa population très éparse a permis au gouvernement marocain de se livrer à de nombreuses violations des droits de l'homme, violations dénoncées par de nombreuses ONG internationales.

Malgré l'appui de l'Algérie face à l'indépendance du Sahara occidental, le roi Mohamed VI compte sur des alliés de taille comme la France, qui siège au Conseil de sécurité de l'ONU. Le Front Polisario a fini par accepter un plan proposé par l'ONU qui comprend la tenue d'un référendum afin de trancher la question du statut des territoires du Sahara occidental.

Mais après 40 années de colonisation et d'établissement d'une population marocaine dans la région, qui devrait avoir le droit de vote?

«Le Maroc, la plus puissante des deux parties, tant du point de vue militaire que diplomatique, se livre régulièrement à des pratiques qui bloquent et compromettent l'impartialité du processus référendaire», comme le notait un rapport de Human Rights Watch en 1995, et encore aujourd'hui, la situation est au mieux une impasse.

Le sort du Sahara occidental est trop couvent oublié et dépend essentiellement de la résolution d'un cercle vicieux. Sa résolution a mené à l'interruption des relations diplomatiques entre l'Algérie et le Maroc — leur frontière commune est fermée depuis 1994, mais elle dépend entièrement de la bonne volonté de ces deux pays antagonistes. Pendant ce temps, les Sahraouis pleurent leur «Sahara bien-aimé».

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