POLITIQUE

La commission sur le printemps érable s'ouvre avec Martine Desjardins (VIDÉO)

23/09/2013 06:51 EDT | Actualisé 23/11/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Le «Printemps érable» de 2012 n'aurait peut-être jamais eu lieu si le gouvernement libéral de Jean Charest avait accepté de rencontrer les associations étudiantes après leur première manifestation contre la hausse des droits de scolarité, le 10 novembre 2011.

C'est ce qu'a laissé entendre l'ex-présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, lundi, pendant son témoignage devant la Commission spéciale d'examens des événements du printemps 2012.

«Les grèves n'auraient probablement pas eu lieu, a-t-elle laissé tomber, au terme de son témoignage. Les manifestations ne se seraient pas passées.»

L'ex-présidente de la FEUQ était la première personne à être entendue par les commissaires Serge Ménard, Claudette Carbonneau et Bernard Grenier, qui doivent se pencher sur les événements qui ont entouré la crise étudiante résultant de la volonté du gouvernement Charest de hausser les droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans.

«Il doit y avoir une façon de faire pour éviter qu'un gouvernement puisse faire la sourde d'oreille aussi longtemps», a affirmé Mme Desjardins, faisant référence au refus du gouvernement de l'époque de répondre aux revendications des étudiants.

«Ce qu'on devrait chercher, c'est plutôt une façon de rallier les deux ponts. De rallier les deux ponts pour qu'ils puissent se parler.»

Selon l'ex-présidente de la FEUQ, le point tournant du «Printemps érable» a été l'imposition de la loi 12, en mai 2012, par les libéraux de Jean Charest afin de notamment encadrer les manifestations.

«Ça a élargi la contestation, qui n'était pas seulement étudiante, mais citoyenne», a observé Mme Desjardins.

Pour l'ex-leader étudiante, la contestation, qui montrait alors certains signes d'essoufflement, a repris de plus belle.

Elle a également identifié d'autres «provocations» du gouvernement Charest, notamment lors du dépôt du budget de 2011.

Selon Mme Desjardins, un représentant du cabinet de la ministre de l'Éducation avait affirmé à certains représentants étudiants présents lors du dépôt du budget qu'ils «ne se soulèveront pas pour cela» et que la hausse des droits de scolarité n'était «pas si pire».

«Ça beaucoup servi dans la mobilisation étudiante, a dit l'ex-présidente de la FEUQ. Lorsque vous rappelez cet épisode dans une assemblée générale de quelques milliers d'étudiants, vous avez un vote positif.»

Mme Desjardins a également confié à quel point le conflit étudiant avait pris de l'ampleur avec le temps, affirmant avoir été la cible de menaces de mort.

«Je ne le savais pas jusqu'à tout dernièrement, a-t-elle dit, parce que c'était mon vice-président (à la FEUQ) qui recevait des appels des policiers lui disant de ne jamais me laisser.»

Quant aux agissements de certains corps policiers à l'endroit des manifestants lors des rassemblements, Mme Desjardins a peu commenté le sujet.

Elle a rappelé qu'elle donnait surtout des entrevues pendant les manifestations, ce qui l'a empêché d'être témoin de certaines pratiques policières critiquées par les manifestants.

Un lien de confiance fragile

En lever de rideau, le président de la commission, l'ex-ministre péquiste Serge Ménard, a souligné que la crise étudiante semblait avoir provoqué une importante crise de confiance du public à l'endroit de la police.

Au cours de son allocution d'ouverture, M. Ménard a affirmé que le public semblait sceptique «face à l'efficacité du mécanisme de déontologie et de poursuites disciplinaires ou criminelles contre les policiers».

L'ex-ministre péquiste a notamment rappelé qu'uniquement à Montréal, entre février et septembre 2012, il y aurait eu 532 manifestations, impliquant quelque 750 000 manifestants, qui ont donné lieu à 2255 arrestations dans le cadre de 12 opérations policières.

Le rapport de M. Ménard, de l'ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau ainsi que du juge à la retraite Bernard Grenier doit être remis avant le 20 décembre.

La décision du gouvernement Marois de mettre sur pied une telle commission a été fortement critiquée, notamment par la Fraternité des policiers de Montréal, qui a indiqué son refus de témoigner devant la commission.

Mme Desjardins a également rappelé qu'elle avait des réserves quant au mandat de la commission, mais a justifié sa présence en affirmant qu'elle voulait profiter des «petites chances» de modifier ce qui l'a dérangé.

Plusieurs autres témoins devraient être entendus au cours de la semaine, notamment le directeur de la Sûreté du Québec, Mario Laprise, ainsi que le directeur du Service de police de la ville de Montréal, Marc Parent.

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