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L'ex-leader chinois Bo Xilai est condamné à la prison à vie pour corruption

22/09/2013 10:57 EDT | Actualisé 22/11/2013 05:12 EST

JINAN, Chine - Un tribunal a condamné l'ex-dirigeant chinois Bo Xilai à la prison à vie pour corruption, dimanche, mettant fin à la carrière de l'un des politiciens chinois les plus en vue, et concluant un scandale qui a mis au jour un meurtre et de l'enrichissement illicite au sein de l'élite du pays.

L'ancien membre du Politburo et chef du Parti de la ville de Chongqing a été reconnu coupable de vol, de fraude et d'abus de pouvoir, dimanche, dans une affaire lancée par l'empoisonnement, par sa femme, d'un associé britannique à la fin 2011. Le procès a été largement considéré comme une affaire politique et un signe que les hauts leaders s'étaient retournés contre Bo Xilai, un populiste charismatique.

La Cour populaire intermédiaire du Jinan a interdit à Bo Xilai de s'impliquer en politique jusqu'à la fin de ses jours, et a confisqué l'ensemble de ses biens personnels. Un avocat au fait du dossier a déclaré que l'accusé avait indiqué que le verdict était injuste et qu'un appel devrait suivre, mais des observateurs estiment que l'homme a peu de chances de réussir. Bo Xilai a 10 jours pour faire appel.

«C'est une peine de mort d'un point de vue politique», a dit Dali Yang, un politologue de l'Université de Chicago. «Tant que les circonstances actuelles sont en vigueur, il ne peut revenir.»

Malgré les craintes de révolte publique ou de brutales luttes politiques intestines déclenchées par les partisans de Bo au sein du leadership, il n'y a eu aucune preuve d'appui envers l'ex-dirigeant, que ce soit au sein du Parti communiste ou dans le public, et ce bien qu'il demeure populaire aux yeux de plusieurs Chinois.

Le Parti a savamment géré les répliques potentielles de l'affaire, entre autres en gardant les accusations concentrées sur la corruption de Bo et en maintenant la politique à l'extérieur du procès, a indiqué Jonathan Holslag, un chercheur de l'Institut des études chinoises contemporaines de l'Université de Bruxelles.

En s'éloignant des procédures chorégraphiées d'autres récents procès politiques, Bo s'est lancé dans une inhabituelle défense alors qu'il était à la barre des témoins, le mois dernier. Il a nié toutes les accusations et a blâmé la corruption sur d'autres membres de son cercle rapproché, y compris sa femme, abandonnant l'indulgence habituellement offerte dans les tribunaux chinois lorsqu'un accusé exprime ses regrets.

Les accusations auraient sans doute été allégées pour entraîner une peine moindre si Bo avait coopéré avec les procureurs, mais il a refusé de jouer le jeu, a dit Willy Lam, un expert des politiques du Parti communiste à l'Université chinoise de Hong Kong.

«Il a été puni pour avoir désobéi, et pour avoir fait preuve de défiance», a dit M. Lam.

Bo Xilai est également devenu le politicien le plus important à être condamné pour corruption sous le président Xi Jinping, qui a bâti sa réputation sur la lutte contre le crime chez les membres du Parti communiste, et qui tente de modifier l'image de train de vie luxueux qui a mis le public en colère.

Bo est toujours populaire dans les régions où il a oeuvré, particulièrement à Congquing, où il fut chef du Parti de 2007 à 2012. Il s'y était battu contre le crime organisé, a fait construire des logements abordables, et a effectué la promotion de chansons maoïstes et de grands rassemblements pour augmenter sa popularité auprès des 30 millions d'habitants.

Cette popularité a d'ailleurs été vue comme un défi lancé au leadership du Parti communiste, alors que les caciques tentaient de guider le futur président et le numéro 2 Li Keqiang au pouvoir, tout en conservant de l'influence pour les ex-leaders.

La chute de Bo a débuté en février 2012 lorsque son ancien conseiller principal a tenté de faire défection dans un consulat américain avec de l'information à propos du meurtre de l'homme d'affaires britannique Neil Heywood par sa femme, alors que les pontes préparaient la transition politique de la décennie.

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