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Intimidés, à Canal Vie : les visages de l'intimidation

22/09/2013 10:41 EDT | Actualisé 22/11/2013 05:12 EST
Courtoisie

Le fléau de l’intimidation prend différents visages. La série documentaire en six épisodes Intimidés, que présentera Canal Vie à compter de ce lundi, en dépeint quelques-uns en donnant la parole à des victimes, des agresseurs et des spécialistes du monde de l’éducation qui ont vu cette calamité de près. L’animateur Jasmin Roy, qui a fait de l’intimidation son cheval de bataille en mettant sur pied la fondation qui porte son nom, assure les liens entre les différents témoignages.

La première heure s’attarde au phénomène, relativement nouveau, de la cyberintimidation. On y apprend que, entre 2008 et 2011, cette triste tendance a augmenté d’environ 60%, selon les observations de professeurs d’écoles de la province. La jeune Laura-Li, 16 ans, y raconte l’enfer – le mot n’est pas trop fort – qu’elle a subi au début du secondaire, d’abord sur Facebook, puis dans sa vie quotidienne. Adoptée à l’âge de 2 ans, l’adolescente, d’origine chinoise, a encaissé les premières railleries de ses camarades au primaire; celles-ci se déployaient sous forme de préjugés sur son pays natal et de questions insidieuses, du genre : « Combien tu as coûté? ». Mais le problème a rapidement pris de l’ampleur lorsque Laura-Li a changé d’établissement scolaire et que les insultes et les menaces se sont mises à abonder dans sa boîte de courriels et sur sa page Facebook. La petite a vu ses amis l’abandonner un à un et s’est mise à craindre de se déplacer entre les classes, tant les commentaires désobligeants des autres gamins se faisaient insistants et l’affectaient. Les bousculades et les remarques mesquines sur son apparence et sur sa condition de « rejet » se sont multipliées, à un point tel que Laura-Li se sauvait pendant les récréations, faisait des crises d’angoisse, avait du mal à dormir et devait consommer des médicaments pour contrôler son anxiété. Les exposés oraux étaient devenus pour elle un véritable cauchemar. « J’avais l’impression d’être dans une chute interminable », confiera-t-elle. Un peu plus tard, elle avouera avoir même songé au suicide pour mettre un terme à son calvaire. « Je me disais que, la seule façon de leur faire comprendre qu’ils me faisaient du mal, c’était peut-être de me tuer », lancera-t-elle, des sanglots dans la voix.

Le récit de Laura-Li est entrecoupé des mots de sa mère, qui a accompagné sa fille tout au long de cette épreuve, et qui a bénéficié de bien peu de soutien de la part de la direction et du personnel de l’institution d’enseignement où se jouait le drame. Les personnes en position d’autorité ont littéralement fermé les yeux sur les comportements haineux des écoliers à l’égard de Laura-Li. La journée où l’enfant a reçu des menaces de mort par message-texte en pleine nuit, Danielle Boulet a décidé que c’en était assez et a changé Laura-Li d’école. Cette dernière a aussi supprimé son compte Facebook. Aujourd’hui heureuse, la jeune femme est en mesure de raconter son histoire pour aider ceux qui, comme elle, sont la cible d’attaques répétées et injustifiées sur les réseaux sociaux ou ailleurs. Elle a fait de la natation son sport de prédilection, qui lui sert d’exutoire à ses démons passés. « Quand je saute dans l’eau, je laisse mes souvenirs sur le bord de la piscine », sourira-t-elle, quelques minutes avant le générique de fin.

En parallèle, ce regard sur la cyberintimidation se penche aussi sur le cas de Karine, 12 ans, qui voulait absolument se joindre à la communauté Facebook afin de pouvoir discuter avec ses amis. Malgré la vigilance de ses parents, qui ont placé l’ordinateur dans un endroit bien en vue et ont surveillé étroitement ses conversations sur le web, Karine n’a pas échappé aux moqueries sur son surplus de poids, qui ont perduré jusqu’à ce qu’une technicienne en éducation spécialisée s’en mêle. Du côté de Jade, 15 ans, c’est l’envoi de photos osées à son petit ami qui a été le point de départ d’un sinistre périple; les images d’elle en petite tenue se sont mises à circuler sur la toile, et elle a dû essuyer quantité d’injures sur son physique, en plus de se voir attribuer des surnoms peu flatteurs. Jade a finalement demandé a son père d’intervenir.

Au fil des semaines, Intimidés s’intéressera aussi à l’homophobie, à l’intimidation entre filles, à ces jeunes qui sont eux-mêmes devenus des intimidateurs, aux querelles de la cour d’école primaire qui dégénèrent et aux enfants différents. En plus des témoignages, dans chaque épisode, des saynètes mettant en vedette des acteurs recréent chaque situation décrite, un procédé toutefois plus ou moins nécessaire, tant les paroles des jeunes, à elles seules, illustrent bien la souffrance des souffre-douleurs.

Intimidés, le lundi à 20h (en rediffusion le dimanche à 19h), du 23 septembre au 28 octobre, à Canal Vie.

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