NOUVELLES

Pakistan: 70 morts dans l'attentat le plus sanglant jamais mené contre des chrétiens

22/09/2013 06:07 EDT | Actualisé 22/11/2013 05:12 EST
AFP

Un double attentat suicide perpétré devant une église à la sortie de la messe a tué au moins 70 personnes dimanche au Pakistan, l'attaque la plus sanglante jamais menée contre la minorité chrétienne dans le pays, selon les autorités locales.

L'attaque, qui n'avait toujours pas été revendiquée dimanche, a visé à la fin de la messe dominicale l'Eglise de tous les Saints de Peshawar, la principale ville de la province de Khyber Pakhtunkhwa, dans le nord-ouest du pays.

Le Dr Arshad Javed de l'hôpital Lady Reading, le principal hôpital public de Peshawar, a déclaré à l'AFP que 72 personnes avaient été tuées et plus d'une centaine blessées dans l'attentat.

Le ministre de la Santé de la province, Shaukat Ali Yousufzai, a confirmé ce bilan et déclaré à l'AFP que le gouvernement provincial avait décrété un deuil de trois jours.

Le nord-ouest du Pakistan est un bastion conservateur de nombreux groupes rebelles islamistes, dont le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), alliés à Al-Qaïda et auteurs d'innombrables attentats suicide qui ont fait plus de 6.000 morts depuis 2007 et ont régulièrement ensanglanté Peshawar.

Les chrétiens du Pakistan, qui représentant 2% de la population de ce pays de 180 millions d'habitants à plus de 95% musulman, sont parfois victimes de violences, mais très rarement du fait des attentats qui visent habituellement les forces de sécurité ou les minorités musulmanes (chiites, ahmadis) jugées infidèles par certains extrémistes sunnites talibans.

L'attaque de dimanche fait craindre que les chrétiens, traditionnellement pauvres, victimes de discrimination, relégués à des métiers subalternes (nettoyage notamment) et vivant souvent dans des bidonvilles, ne soient eux aussi de plus en plus visés par ces attentats.

Les deux kamikazes ont déclenché les explosifs qu'il portaient sur eux à la sortie de la messe du dimanche alors que plus de 400 chrétiens sortaient de l'église, selon des témoins.

"Une énorme explosion m'a jeté au sol, et dès que je suis revenu à moi, une seconde a eu lieu et j'ai vu des blessés partout autour", a raconté à l'AFP l'un d'eux, Nazir Khan, un maître d'école âgé de 50 ans.

"La plupart des blessés sont dans un état critique", avait déclaré un peu plus tôt à la presse le responsable de l'administration de la ville, Sahibzada Anees.

Les autorités savaient que cette église pouvait être attaquée et avaient déployé spécialement des forces de sécurité autour, a ajouté M. Anees. "Nous sommes encore dans la phase des secours, mais quand cela sera terminé nous enquêterons pour savoir ce qui n'a pas été fait" pour y garantir la sécurité, a-t-il précisé.

Devant l'église, certains proches de victimes en pleurs ont crié des slogans hostiles à la police, jugée incapable d'avoir évité cette attaque. D'autres ont bloqué l'une des rues principales de la ville avec des cadavres de victimes pour dénoncer ces assassinats.

Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a fermement condamné cet attentat. "Les terroristes n'ont pas de religion, et viser des innocents est contraire aux préceptes de l'islam et de toutes les autres religions, a-t-il souligné dans un communiqué exprimant sa solidarité avec la communauté chrétienne.

"Ces actes terroristes cruels montrent l'état d'esprit brutal et inhumain des terroristes", a ajouté M. Sharif, dont le gouvernement a proposé récemment des négociations de paix avec les talibans du TTP pour mettre fin aux violences.

Les violences interconfessionnelles ont augmenté ces dernières années au Pakistan, avec notamment une série d'attentats suicide sanglants visant la minorité musulmane chiite (environ 20% de la population), revendiqués par le Lashkar-e-Janghvi, un groupe armé sectaire proche du TTP et d'Al-Qaïda. Mais pas jusqu'ici les chrétiens.

Les violences antichrétiennes au Pakistan avaient été limitées à des heurts entre communautés locales, souvent après que des chrétiens ont été accusés de blasphème contre l'islam.

Le principal accès de violence avait eu lieu en 2009 à Gojra, dans la province du Pendjab (est), où une foule musulmane en colère avait brûlé 77 maisons de chrétiens et tué sept d'entre eux après des rumeurs de Coran profané.

Mais les détracteurs de la loi qui criminalise le blasphème au Pakistan, où il est passible de la peine de mort, estiment qu'elle est régulièrement instrumentalisée pour régler des conflits locaux, fonciers notamment. L'an dernier, une jeune chrétienne, Rimsha Masih, avait passé trois semaines en prison après avoir été accusée de blasphème. Elle avait ensuite été innocentée, mais s'est depuis réfugiée avec ses proches au Canada.