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La ministre Maltais défend ses nominations au Conseil du statut de la femme

19/09/2013 09:31 EDT | Actualisé 19/11/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Le torchon brûle entre la ministre de la Condition féminine, Agnès Maltais, et la présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne, au sujet de quatre nominations récentes au conseil d'administration de l'organisme-conseil en lien avec le projet de charte des valeurs.

Selon la présidente du CSF, le gouvernement a choisi de nommer ces quatre femmes au conseil parce qu'il était de notoriété publique qu'elles étaient favorables à la position du gouvernement sur l'interdiction de porter des signes religieux dans la fonction publique.

Le gouvernement chercherait ainsi à s'assurer que le CSF donnera son appui au gouvernement, minant d'autant l'indépendance de l'organisme-conseil. Mme Miville-Dechêne a même dit craindre une prise de contrôle par le gouvernement.

En point de presse, vendredi, Mme Maltais n'a pas nié être au courant que ces femmes approuvaient la position du gouvernement sur la laïcité, mais elle a justifié leur nomination en invoquant un souci de «continuité historique». Elle a rappelé que le CSF s'était prononcé à deux reprises, en 2008 et en 2011, en faveur de l'interdiction des signes religieux dans la fonction publique.

«Le premier critère, c'est la compétence», a dit Mme Maltais, pour justifier son choix, en ajoutant qu'elle était «consciente» que les quatre nouvelles membres partageaient les vues du gouvernement, et n'y voyant aucun problème.

«Si elles veulent revoir l'avis (du CSF sur la question), c'est leur décision», a dit la ministre, affirmant qu'il s'agissait de quatre femmes «très indépendantes», dont elle ignorait l'affiliation politique.

Elle a aussi renouvelé sa confiance à la présidente, nommée en 2011 par le gouvernement précédent. Mais elle a convenu que le courant passait très mal entre elles.

Leur dernière conversation téléphonique «n'a pas été le moment le plus facile, ni pour l'une, ni pour l'autre», a-t-elle dit, sans donner de détails sur la nature de leur différend.

Quoi qu'il en soit, et malgré les avis donnés dans le passé par son organisme, la présidente actuelle a dit souhaiter faire une étude d'impact de la neutralité religieuse pour les femmes employées de l'État portant le voile. Lors d'entrevues jeudi, elle s'est interrogée à savoir si les nouvelles venues, Julie Latour, Leila Lesbet, Ann Longchamps et Lucie Martineau, n'allaient pas être tentées de contrecarrer son projet.

Mme Miville-Dechêne a refusé les demandes d'entrevue vendredi, mais elle a nié, par l'entremise de sa porte-parole, avoir été bâillonnée par le gouvernement, comme le prétendait la critique de l'opposition en matière de condition féminine, Christine St-Pierre.

Cette dernière, jugeant que l'affaire était «grave», a demandé au gouvernement de suspendre les nominations controversées, même si Mme Miville-Dechêne n'est jamais allée jusque-là.

Selon Mme St-Pierre, celle-là même qui avait nommé Julie Miville-Dechêne, une ancienne collègue de Radio-Canada, à cette fonction, le gouvernement est en «panique», et craint que le vent d'opposition à son projet de charte ne prenne de l'ampleur. D'où l'importance d'avoir la «bénédiction» du CSF et d'y nommer des gens favorables à sa position.

La députée libérale prétend que le gouvernement «a peur» de Julie Miville-Dechêne, qui a fait preuve de «courage» en dénonçant ces nominations pour «défendre l'indépendance» de l'organisme qu'elle dirige.

«Mme Maltais dit à la présidente du Conseil du statut de la femme: 'On va t'attacher les mains, ma grande. On va te dire quoi penser, parce que toi, tu ne sais pas quoi penser», a fulminé l'ancienne ministre de la Condition féminine.

Après les nominations partisanes, le Québec assiste maintenant aux nominations «idéologiques», a affirmé de son côté la députée Michelyne St-Laurent, porte-parole de la Coaliton avenir Québec (CAQ) pour la Condition féminine.

Il est clair, à son avis, que le gouvernement péquiste a miné l'indépendance du Conseil du statut de la femme avec des nominations de complaisance, ne visant qu'à imposer «une ligne en faveur de la charte des valeurs» au sein du conseil, a soutenu la députée de Montmorency.

Selon elle, Québec doit corriger le tir et annuler purement et simplement les quatre nominations.

«Je ne doute pas de la compétence de ces quatre femmes-là. Cependant, ce sont quatre femmes qui se sont prononcées en faveur de la charte des valeurs, publiquement et fortement. Ce sont des nominations idéologiques et ça, c'est dangereux», a-t-elle soulevé.

Reconnue pour sa position en faveur du voile islamique dans les institutions publiques, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) se range derrière Mme Miville-Dechêne et accuse le gouvernement d'avoir voulu museler le CSF dans le débat sur la charte des valeurs.

«Au moment où le Conseil du statut de la femme allait exercer son droit de se poser des questions en toute indépendance sur le projet de charte des valeurs québécoises, le gouvernement nomme quatre femmes qui, toutes, appuient le gouvernement. Cela ressemble drôlement à une entrave à l'indépendance du CSF», a déclaré la présidente de la fédération, Alexa Conradi, dans un communiqué.

Selon Mme Conradi, le processus de nomination des quatre administratrices a été «bâclé» et les groupes de femmes ont été mis devant le fait accompli. Les groupes ont reçu une invitation à proposer des candidates le jeudi 12 septembre et devaient donner une réponse le lundi suivant. Ce délai exceptionnellement court a laissé peu de temps pour faire les démarches auprès des recrues potentielles.

«Cela ressemble malheureusement à une consultation bidon. Est-ce que les décisions étaient déjà prises?», s'interroge la présidente.

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