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Commission: Sauvé lie une subvention à sa participation à un cocktail libéral

19/09/2013 06:13 EDT | Actualisé 19/11/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - L'ancien entrepreneur en maçonnerie Paul Sauvé, de LM Sauvé, soutient qu'une subvention promise par le gouvernement du Parti québécois juste avant l'élection de 2003, puis remise en question après l'élection du gouvernement libéral, a finalement été versée après qu'il eut participé à une activité de financement pour l'ancien ministre libéral Jean-Marc Fournier.

M. Fournier, quant à lui, nie catégoriquement qu'il y ait un lien entre la participation de l'homme d'affaires à son cocktail de financement et la subvention versée au projet auquel il travaillait.

Ces propos de M. Sauvé ont été tenus alors que les audiences de la Commission Charbonneau étaient frappées d'un interdit de publication, mercredi. L'interdit qui frappait cette partie de son témoignage a été levé par la juge France Charbonneau, jeudi en fin de journée.

Devant la Commission Charbonneau, M. Sauvé a raconté que l'Église unie St. James attendait des subventions combinées de plus de 2 millions $ pour la réfection de l'immeuble patrimonial sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, un projet que devait réaliser sa firme, LM Sauvé.

Juste avant l'élection d'avril 2003, sous le gouvernement péquiste, le ministère des Affaires municipales, ainsi que celui de la Culture et des Communications s'étaient engagés à verser une subvention pour le projet.

Les libéraux ont été élus et, selon M. Sauvé, avec la mode des partenariats publics-privés et les restrictions budgétaires au programme, les subventions risquaient d'être reconsidérées.

De plus, M. Sauvé savait qu'il était perçu comme plus proche des péquistes, ayant organisé un cocktail pour l'ancien chef péquiste André Boisclair.

M. Sauvé a donc consulté l'avocat Marc-André Blanchard, du Parti libéral du Québec, qui lui a conseillé de faire appel à la firme de communications BCP.

C'est Jean-Louis Dufresne, de la firme BCP, qui a recommandé à M. Sauvé de se rapprocher du gouvernement libéral pour accroître ses chances de voir les subventions confirmées, a témoigné M. Sauvé.

Pour une activité de financement de Jean-Marc Fournier, alors ministre des Affaires municipales, à l'automne 2003, M. Sauvé affirme avoir contacté 15 à 17 personnes, afin qu'elles se rendent au cocktail de financement au restaurant Newtown.

Selon lui, une cinquantaine de personnes y étaient présentes et le coût des billets était de 1000 $.

«Je ne l'ai pas organisé comme tel, mais on m'a demandé d'emmener du monde, donc j'ai fait des téléphones et puis c'est des fournisseurs qui étaient intéressés d'être là, puis qui voulaient supporter à la fois l'entreprise, à la fois le projet, puis qui voulaient sûrement aussi se faire voir et voir le ministre ou son entourage», a témoigné M. Sauvé.

Et, selon M. Sauvé, Jean-Marc Fournier lui aurait alors laissé entendre qu'il avait peu de chances de voir le projet subventionné. «Lorsqu'il est venu près de moi, il m'a dit 'ton projet est ben beau, mais j'ai 300 000 $ pour les églises dans tout l'ensemble du Montréal métropolitain'», a rapporté M. Sauvé.

M. Sauvé était déçu des propos du ministre Fournier, mais M. Dufresne, de la firme BCP, lui aurait dit de persister.

M. Sauvé a précisé que les employés de LM Sauvé qui ont assisté à l'événement ont été remboursés pour leur contribution — ce qui contrevient à la loi. «Les quelques personnes de notre bureau qui sont venues ont été remboursées pour y être allées parce que ce n'était pas des croyants en la cause», a-t-il dit.

M. Sauvé a précisé que M. Dufresne lui a aussi donné une liste des activités de financement pour la ministre Line Beauchamp. «Je me souviens d'être allé au TNM (Théâtre du Nouveau Monde) à un moment donné, où elle était là», a-t-il dit.

Et il a aussi fait état d'une autre activité pour l'ex-ministre Claude Béchard, aujourd'hui décédé. «Je pense que lors de celui-là, j'ai fait à peu près le même geste, c'est-à-dire d'appeler une série de fournisseurs et puis de m'assurer qu'ils soient là, puis qu'ils apportent leur contribution», a témoigné M. Sauvé.

Finalement, l'Église unie a bel et bien reçu sa subvention pour le projet de réfection, en décembre 2003.

Fournier et BCP nient

À Québec, Jean-Marc Fournier a nié qu'il y ait un lien entre les deux. «Je tiens à affirmer qu'il n'y a aucun lien entre la participation à une activité de financement politique et l'octroi d'une subvention gouvernementale», a-t-il tonné.

Il affirme que le ministère des Affaires municipales qu'il dirigeait alors n'a fait que respecter la signature de son prédécesseur péquiste André Boisclair — qui avait signé une lettre d'engagement juste avant l'élection. Et, selon M. Fournier, l'ex-ministre péquiste «avait engagé l'État dans ces projets sans se doter des crédits nécessaires pour les réaliser».

À son tour, la firme de communications BCP a réfuté les propos de M. Sauvé à son sujet, «incluant ceux par lesquels il lui aurait été recommandé de participer à des activités de financement politique afin de faire approuver son projet. Il s'agit là de déclarations non factuelles et sans fondement», a fait savoir la firme de communications, par voie de communiqué.

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