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Syrie: les prisonniers d'Alep se retrouvent coincés entre deux feux

18/09/2013 10:35 EDT | Actualisé 18/11/2013 05:12 EST

BEYROUTH - Les prisonniers s'entassent dans des petites pièces sombres sans eau et sans électricité, avec à peine suffisamment de nourriture pour survivre. Des maladies comme la gale et la tuberculose sont endémiques. Et de temps à autre, de puissantes explosions font vibrer les murs, un rappel terrifiant de la guerre civile qui fait rage à l'extérieur.

Ce sont les détenus de la prison centrale d'Alep, et ils sont coincés entre deux feux.

Les rebelles assiègent la prison depuis cinq mois et se disent déterminés à libérer les quelque 4600 prisonniers qui se trouvent à l'intérieur. Ils ont lancé des voitures piégées contre les portes principales à deux reprises, ils tirent des obus sur l'enceinte et ils combattent les gardes sans relâche, mais la prison refuse toujours de tomber.

Pendant ce temps, plus de 150 prisonniers ont perdu la vie depuis le début du siège. Certains ont été tués par les explosions, d'autres ont succombé à des maladies, et d'autres encore ont carrément été exécutés par les gardes, affirment des groupes d'opposition.

La vaste prison se trouve le long d'une autoroute, à six kilomètres au nord d'Alep. Le Réseau syrien des droits de la personne, à Londres, affirme que les détenus — dont 150 femmes — sont à la fois des criminels de droit commun, des insurgés et des partisans de l'insurrection. Environ 1300 d'entre eux ont purgé leur peine mais n'ont toujours pas été libérés.

On recenserait quelque 200 cas de tuberculose à l'intérieur des murs. Les réservoirs d'eau n'ont pas été nettoyés depuis des mois et sont maintenant envahis par la saleté, les vers et les algues.

«L'existence des détenus dans cette prison est pathétique, a dit par le biais de Skype Mohammad Saeed, un militant de l'opposition installé à Alep. Les gardes ne donnent que très peu de nourriture aux détenus et ils leur vendent les médicaments, comme 10 $ US pour un seul analgésique.»

Les rebelles ont lancé plusieurs assauts contre la prison au cours des derniers mois. En mai, les combattants du groupe Ahrar al-Sham ont réussi à défoncer les portes principales avec deux véhicules piégés. Ils ont toutefois dû battre en retraite après l'intervention de l'armée de l'air.

Un responsable gouvernemental a indiqué que les gardes sont constamment ravitaillés, sans donner plus de détails. On sait toutefois que le régime a déjà utilisé des hélicoptères pour venir en aide à d'autres bases assiégées.

Le Comité international de la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge syrien rapportent tous deux des pénuries importantes de nourriture dans la prison. Après des négociations intenses, le Croissant-Rouge a pu commencer à envoyer de la nourriture aux détenus, sous la surveillance étroite des rebelles qui craignent de voir les gardes s'approprier les vivres.

Mais les deux organisations préviennent que cette aide n'est pas suffisante pour soulager les pénuries.

«Les repas doivent être consommés immédiatement et il y en a à peine suffisamment pour les détenus et les gardes, a dit Khaled Iriqsousi, le directeur du Croissant-Rouge syrien. Il est évident que la situation dans la prison est pénible. Nous sommes au Moyen-Orient, pas en Suisse... La situation était déjà grave avant la crise, donc on imagine comment c'est avec le siège.»

Le directeur de l'Observatoire syrien des droits de la personne, à Londres, a demandé la fin des combats autour de la prison.

«Les conditions humaines dans la prison sont catastrophiques, a dit Rami Abdoul-Rahman. Nous espérons que l'opération qui vise à libérer les détenus ne finira pas par les tuer.»

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