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Ottawa: une collision entre un train de VIA Rail et un bus fait six morts

18/09/2013 09:15 EDT | Actualisé 18/11/2013 05:12 EST

OTTAWA - Un autobus d'OC Transpo a percuté violemment un train de passagers de VIA Rail en pleine heure de pointe mercredi matin, dans l'ouest d'Ottawa, faisant six morts et une trentaine de blessés.

Quelques secondes avant l'impact, plusieurs passagers de l'autobus ont crié au chauffeur de s'arrêter. Les témoignages recueillis sur place divergent à savoir si le conducteur a à ce moment appliqué les freins ou non.

Les victimes étaient toutes à bord de l'autobus 76, un véhicule à deux étages qui roulait vers le nord, en direction du centre-ville. La centaine de passagers du train s'en sont tirés indemnes même si celui-ci, formé d'une locomotive et de quatre wagons, a déraillé.

Le syndicat des employés d'OC Transpo a confirmé que le chauffeur de l'autobus était parmi les personnes décédées lors du drame.

En soirée, le Service de police d'Ottawa (SPO) a publié un communiqué pour confirmer l'identité du conducteur: il s'agit de David Woodward, un homme d'Ottawa âgé de 45 ans.

Selon le SPO, le décès de M. Woodward a été constaté mercredi matin, sur les lieux de l'accident. La famille, qui a accepté que l'identité de M. Woodward soit révélée, a demandé que leur intimité soit respecté.

Selon Perman Shamsi, un de ses amis, M. Woodard, qui laisserait dans le deuil une femme — dont c'était la fête mardi — et une belle-fille, comptait 10 années d'expérience au sein de l'OC Transpo. Il l'a décrit comme «l'un des plus chics types de l'entreprise». Il s'est également dit surpris par l'accident, ajoutant que M. Woodard était un «conducteur prudent».

Tanner Trepanier, un étudiant de l'Université Carleton, a confié qu'il pouvait voir le train approcher alors que l'autobus se préparait à traverser un passage à niveau. Il était 8h48.

«Les gens ont commencé à crier "Stop! Stop!" parce qu'ils voyaient le train approcher sur la voie ferrée», a raconté M. Trepanier, qui était assis au second étage du véhicule.

Un autre témoin installé lui aussi à l'étage supérieur, vers l'arrière de l'autobus, s'est rappelé le sentiment d'incrédulité qui l'a envahi au moment du drame.

«J'ai remarqué que le train arrivait et qu'on n'arrêtait pas. Je n'ai pas fait le calcul dans ma tête qu'on était pour frapper le train. Une fois que j'ai entendu le monde dire "wow, arrête, arrête", là, j'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu les lumières (du passage à niveau) clignoter», a relaté Chad Mariage.

Il croit que le conducteur a alors appliqué les freins, contrairement à Pascal Lolgis, qui assure que l'autobus n'a pas freiné devant la barrière qui bloquait la voie ferrée.

«Boom! il a foncé dans le train. Il n'a pas arrêté. Il n'avait peut-être plus de freins ou il a eu une attaque ou quelque chose», a soutenu M. Lolgis.

Mark Cogan, un autre témoin sur les lieux, confirme que la barrière était abaissée quand l'autobus est arrivé au passage à niveau.

« Je l'ai vu tout simplement continuer. Il est passé à travers la barrière, a frappé le train, puis c'était la pagaille», a relaté M. Cogan.

Décès et blessés

Alors que certains blessés dans l'autobus étaient incapables de se déplacer, la plupart des passagers sont parvenus à sortir de l'autobus même si le devant du véhicule avait été arraché.

Les ambulances ont transporté 31 personnes vers quatre hôpitaux d'Ottawa. Trois autres blessés se sont rendus de leur propre chef dans les hôpitaux de la ville après l'accident. L'un des blessés est décédé à l'hôpital, ce qui a porté le compte à six morts.

«Ce sont des blessures sérieuses et c'est pour ça qu'ils ont été envoyés à nos centres de traumatologie», a expliqué le docteur James Worthington, vice-président à l'Hôpital d'Ottawa.

«Ce sont des blessures multiples aux membres et au corps. Ce ne sont pas des blessures simples et isolées», a-t-il décrit.

Causes

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a dépêché 11 enquêteurs sur les lieux pour faire la lumière sur la tragédie, une enquête qui pourrait prendre plusieurs mois.

«Notre priorité c'est de (...) regarder s'il y a eu du freinage sur ces véhicules (le train et l'autobus)», a expliqué en point de presse Glen Pilon, enquêteur au BST.

Il a indiqué que ce genre de passage à niveau figurait sur la liste de surveillance de l'organisme en raison du nombre de décès qui y surviennent de façon générale. Selon le BST, entre 2003 et 2012, il y a eu pas moins de 2162 accidents qui se sont produits à des passages à niveau sur les chemins de fer au pays, entraînant 266 décès et 346 blessés graves.

La Ville d'Ottawa avait déjà considéré construire une sorte de viaduc à cet endroit, pour que la voie ferrée ne soit pas au même niveau que la route. Cette option a été rejetée car il y avait des difficultés énormes avec le sol à cet endroit, a précisé le directeur général de la Ville. Les alternatives présentaient aussi leur lot de problèmes.

Sur place, les passagers peinaient à comprendre comment un tel accident tragique avait pu survenir.

«Le chauffeur conduisait d'une façon normale (avant la collision). Peut-être que le signal (d'arrêt) était là et qu'il n'a pas traité l'information dans sa tête», a supposé un des passagers, Gregory Mech. «C'est certainement une erreur du chauffeur. Ça c'est certain. Mais pourquoi? Ce sera difficile de savoir.»

«Était-ce trop tôt en matinée, est-ce qu'il ne faisait pas attention?», s'est demandé Alex Bégin, qui était lui aussi à bord de l'autobus.

Selon Chad Mariage, le bilan aurait pu être pire si le train et l'autobus étaient arrivés simultanément au passage à niveau.

«On a été chanceux, à mon avis, que le train ait dépassé l'autobus un petit peu. On a frappé la locomotive, je pense, après que le nez soit passé. Donc ceux en arrière, au milieu de l'autobus, étaient chanceux que ce ne soit pas un coup direct. Mais évidemment, mes pensées sont avec ceux qui n'ont pas été aussi chanceux», a-t-il noté.

La nouvelle a secoué la capitale et mercredi matin les politiciens fédéraux ont offert leurs condoléances.

La Ville d'Ottawa fermé l'avenue Woodroffe du Chemin Fallowfield au Chemin Slack, alors qu'OC Transpo a avisé que plusieurs de ses lignes d'autobus sont détournées jusqu'à nouvel ordre.

Via Rail a annulé ses trains entre Toronto et Ottawa pour la journée et les a remplacés par des autocars.

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