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La Russie affirme détenir des preuves incriminant les rebelles syriens

18/09/2013 07:08 EDT | Actualisé 18/11/2013 05:12 EST

La Russie affirme avoir reçu de la Syrie des éléments appuyant la thèse que l'attaque à l'arme chimique du 21 août dans la périphérie de Damas aurait été orchestrée par les rebelles. Elle promet de les présenter au Conseil de sécurité de l'ONU.

Dans leur rapport publié lundi, les experts de l'ONU ont confirmé qu'un bombardement au gaz sarin avait bien eu lieu le 21 août dans la périphérie de Damas, à l'aide de missiles sol-sol, sans toutefois désigner explicitement un responsable. Les pays occidentaux ont toutefois mis en cause le régime de Bachar Al-Assad dans l'attaque, qui a fait, selon Washington, 1400 morts.

En visite à Damas mercredi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a critiqué de nouveau le rapport des experts de l'ONU, jugeant que ces derniers avaient un « parti pris ».

« Sans recevoir un tableau complet de ce qui se passe ici, il est impossible de caractériser la nature des conclusions auxquelles sont parvenus les experts de l'ONU autrement que par les adjectifs "politisé, préconçu et partial" », a déclaré Sergueï Ryabkov.

« Nous sommes déçus, c'est le moins qu'on puisse dire, de l'approche adoptée par le secrétariat de l'ONU et les inspecteurs de l'ONU qui ont préparé un rapport de manière sélective et incomplète », a ajouté Sergueï Ryabkov.

Le porte-parole de l'ONU, Martin Nesirky, a fermement réagi pour défendre la crédibilité du rapport des inspecteurs onusiens.

Pour lui, les déclarations du vice-ministre russe des Affaires étrangères « sont une tentative pour remettre en cause l'équipe d'enquêteurs conduite par le professeur Aake Sellström ».

M. Nesirky a ajouté que les inspecteurs de l'ONU « ont enquêté de manière impartiale et selon les normes scientifiques les plus élevées ».

Par ailleurs, un diplomate de l'ONU a révélé mercredi sous le couvert de l'anonymat que les renseignements fournis par le rapport au sujet de l'ampleur de l'assaut ainsi que du type et de la trajectoire des roquettes utilisées indiquaient clairement que le gouvernement de Bachar Al-Assad était responsable de l'attaque.

Il a ajouté qu'aucune preuve ne pointait en direction des rebelles, selon les propos rapportés par l'Associated Press.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a de son côté répliqué que personne ne pouvait mettre en cause l'objectivité des inspecteurs de l'ONU en Syrie. « Ce rapport, qui n'est pas sérieusement contesté, montre que le régime disposait et dispose encore d'un arsenal chimique très important et qu'il l'a utilisé », a-t-il dit.

Des experts militaires russes interrogés par le quotidien Vedomosti pour identifier des fragments de roquettes figurant sur des photographies jointes au rapport de l'ONU sont cependant d'un autre avis. Selon ces experts, certains fragments sans inscription paraissent de fabrication artisanale, alors que l'inscription lue sur d'autres fragments indiquerait qu'il s'agit de munitions de lance-roquette de fabrication soviétique produites « en 1967 par l'usine n°179 de Novossibirsk ».

Les experts russes estiment que ces éléments pousseraient davantage à incriminer les rebelles. « Ces munitions sont depuis longtemps obsolètes, leur délai d'utilisation est dépassé et l'armée syrienne dispose en grande quantité de munitions plus modernes », soulignent-ils.

Par ailleurs, les inspecteurs de l'ONU doivent « bientôt » retourner en Syrie enquêter sur diverses accusations à l'encontre du régime et de l'opposition, a annoncé leur chef mercredi. « Notre calendrier n'est pas encore établi, donc je ne peux pas dire quand, mais ce sera bientôt », a indiqué le Suédois Aake Sellström.

« Le président syrien doit absolument être poursuivi pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre », selon l'ambassadeur des États-Unis pour les crimes de guerre Stephen Rapp. Dans une entrevue à Yahoo News, il a affirmé que les États-Unis avaient déjà commencé à bâtir un dossier contre Bachar Al-Assad en formant des Syriens à la collecte d'informations et à l'analyse d'incidents sur le terrain.

Tractations à l'ONU

L'accord sur un projet de résolution sur la destruction des armes chimiques syriennes, dont ont commencé à débattre mardi des diplomates des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne), sera donc difficile à obtenir.

Cet accord, basé sur un projet présenté lundi par Washington, Londres et Paris qui prévoit des sanctions pour le régime de Damas en cas de non-respect de ses obligations, dont une action militaire, est rejeté par la Chine et la Russie, qui ont jusqu'ici toujours refusé de voter des textes hostiles à la Syrie. La Russie estime que l'autorisation d'un recours à la force doit faire l'objet d'une autre résolution, qui ne peut être adoptée que si le gouvernement syrien est jugé coupable d'avoir enfreint les engagements du pays en matière d'utilisation des armes chimiques.

Ces négociations font suite à l'accord conclu samedi à Genève entre les États-Unis et la Russie sur le démantèlement d'ici mi-2014 de l'arsenal chimique syrien.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a indiqué que le gouvernement syrien avait assuré mercredi qu'il respecterait le délai d'une semaine pour fournir une information complète sur son arsenal chimique.

Dans un entretien à la chaîne américaine Fox News diffusé mercredi soir, le président syrien Bachar Al-Assad a lui-même admis que son pays avait des armes chimiques et a assuré que cet arsenal serait détruit. Il a affirmé que cette destruction prendrait un an et coûterait 1 milliard de dollars.

Le président syrien a également affirmé que son pays n'était « pas en guerre civile », mais attaqué par des « dizaines de milliers de jihadistes », la plupart d'Al-Qaïda.

Les djihadistes gagnent du terrain

Sur le terrain, des militants cités par l'AFP affirment qu'un groupe de combattants d'Al-Qaïda s'est emparé mercredi de la ville syrienne d'Azaz, près de la frontière turque, après de violents combats contre des rebelles.

Le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahman, basé à Londres, est plus prudent. Il affirme que ce groupe djihadiste, identifié comme « l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) », n'a pas encore pris totalement le contrôle d'Azaz.

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