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Breton est désavoué par les siens après des critiques sur un projet éolien

18/09/2013 12:50 EDT | Actualisé 18/11/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Le député péquiste Daniel Breton a braqué son propre gouvernement contre lui, mercredi, après avoir dénoncé la propriété étrangère d'un projet éolien mis en place en Gaspésie par les libéraux.

Plusieurs membres du gouvernement se sont dissociés de ses propos. En sortant du conseil des ministres, la première ministre Pauline Marois a elle-même précisé que M. Breton avait exprimé une opinion personnelle.

«C'est un point de vue qui lui appartient et c'est un point de vue personnel, a-t-elle dit. Ce n'est pas le point de vue du gouvernement.»

M. Breton, qui s'est exprimé à la presse parlementaire à trois reprises, mercredi, a quant à lui soutenu qu'il n'avait que rappelé la position du Parti québécois inscrite dans son programme de la dernière élection.

«Je suis pour que l'éolien se fasse avec profit et propriété principalement au Québec, a-t-il dit. C'est ce qui est dans notre programme, donc je suis en droite ligne avec le programme.»

M. Breton a mis le feu aux poudres en s'élevant contre un contrat de production d'énergie éolienne confié par les libéraux à une coentreprise franco-albertaine qui a installé son parc de 150 éoliennes dans la vallée de la Matapédia.

EDF Énergies nouvelles, de France, et Enbridge, de l'Alberta, ont inauguré leur installation de Lac-Alfred, mercredi, dont la production de 300 MW d'énergie éolienne sera achetée par Hydro-Québec.

M. Breton, qui est adjoint parlementaire de la première ministre dans le dossier de l'électrification des transports, a soutenu que l'octroi de ce contrat entraînait une perte de profits et d'expertise au Québec.

«Moi, je ne suis pas tellement content que le Parti libéral décide d'envoyer les profits à l'étranger, a-t-il dit. Je veux qu'on ait ces emplois-là, mais je ne veux pas seulement ces emplois, je veux qu'on ait la propriété, qu'on ait les profits ici.»

M. Breton a lancé sa charge dans un corridor de l'Assemblée nationale, en sortant d'une réunion de tous les députés péquistes précédant la période des questions.

«Comment ça se fait que nous, on ne serait pas capables de faire de l'éolien, mais qu'une compagnie pétrolière albertaine et EDF, qui n'a pas d'expérience dans l'éolien, va venir faire ce projet, je trouve que ça n'a aucun sens.»

Son collègue Pascal Bérubé, ministre du Tourisme et responsable de la Gaspésie, a été le premier à rapidement prendre ses distances de ces propos en se faisant le porte-parole du gouvernement.

«M. Breton ne parlait qu'en son nom, il ne représente pas la position du gouvernement, c'est l'avis de la ministre des Ressources naturelles, c'est mon avis également, a-t-il dit après la période des questions. Il a exprimé, au mieux, un souhait mais certainement pas une position du gouvernement du Québec.»

Quelques minutes plus tôt, M. Breton avait été aperçu dans un corridor de l'Assemblée nationale, alors que deux membres de l'équipe des communications du cabinet de Mme Marois s'entretenaient avec lui.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, n'est pas allée aussi loin que M. Bérubé dans sa réaction aux propos de M. Breton, dont elle ne s'est pas dissociée aussi clairement.

Mme Ouellet s'est contentée de rappeler que le plus récent appel d'offres d'Hydro-Québec pour 800 MW d'énergie éolienne prévoit 200 MW pour la filiale de la société d'État, Hydro-Québec Production.

«C'est la position du gouvernement puisque c'est l'annonce du gouvernement d'annoncer les 800 MW, donc nous avons ouvert une innovation qui n'avait pas été faite par l'ancien gouvernement libéral, nous avons mis un 200 MW qui va à Hydro-Québec Production», a-t-elle dit.

Dans son dernier échange avec la presse parlementaire, mercredi, M. Breton a assuré qu'il n'avait pas été rabroué par le gouvernement ou par M. Bérubé, qui est député de la circonscription de Matane-Matapédia.

«Je ne me suis pas fait savonner, a-t-il dit. Ce qu'on m'a dit c'est: les journalistes n'ont pas compris que tu n'es pas contre les entreprises étrangères, alors je suis venu vous l'expliquer.»

Le député de la Coalition avenir Québec (CAQ) François Bonnardel a affirmé que des propos comme ceux de M. Breton sont très profitables pour l'opposition.

«Ce Daniel Breton est une vraie farce à l'Assemblée nationale, c'est un discours qui fait peur aux investisseurs, c'est un discours de colonisé», a-t-il dit.

Le député libéral Laurent Lessard a quant à lui évoqué l'hypothèse qu'avec sa propension à se mettre dans l'embarras, M. Breton est en position de faiblesse dans le caucus péquiste.

«M. Breton travaille pour devenir député indépendant, a-t-il dit. Les plus grandes sanctions viennent directement de leur propre caucus. Aussitôt qu'il ouvre la bouche, ils frappent dessus.»

Le bureau du whip en chef du gouvernement, Marjolain Dufour, a affirmé que M. Breton a toujours sa place au sein du caucus péquiste.

«Daniel a toujours eu sa place, on est content de l'avoir avec toutes ses qualités et tous ses défauts qui viennent avec des fois, a dit le porte-parole Sébastien Marcil. Le caucus est uni et Daniel a pleinement sa place.»

Québec solidaire a diffusé un communiqué pour appuyer M. Breton. Le député Amir Khadir a déclaré qu'il partage ses inquiétudes concernant la mainmise des entreprises étrangères sur le secteur éolien.

«C'est à tort que certains dépeignent cette position comme du protectionnisme ou une fermeture aux collaborations avec des entreprises étrangères», a-t-il dit.

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