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Abdou Diouf en visite à l'Assemblée nationale

18/09/2013 02:49 EDT | Actualisé 17/11/2013 05:12 EST

C'est un discours basé sur la nécessité de refonder la gouvernance mondiale qu'a livré mercredi Abdou Diouf, secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en visite à l'Assemblée nationale - première visite du genre depuis le passage de l'ancien président français Nicolas Sarkozy, en 2008.

Invité à prendre la parole dans le cadre d'une cérémonie, M. Diouf a consacré ses premiers mots aux victimes de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic.

« C'est un Québécois de cœur qui se présente aujourd'hui devant vous », a dit le secrétaire général de l'OIF.

Après avoir énuméré certaines avancées réalisées à travers le monde dans des domaines comme le droit, l'environnement, la responsabilité des entreprises en matière de transparence de leurs opérations et la diversité culturelle, M. Diouf a notamment insisté sur « la nécessité urgente de refonder la gouvernance mondiale ».

Le secrétaire général de l'OIF a également évoqué les crises et leurs impacts sur les populations à travers le monde. Il a cité entre autres celles liées à des conflits armés réduisant à l'exil des centaines de milliers de personnes comme en Syrie.

M. Diouf n'a pas manqué de montrer du doigt la volonté persistante de « certaines nations des plus puissantes de vouloir préserver leurs intérêts particuliers à court terme au détriment de l'intérêt général de l'humanité à long terme ».

Dans un monde qui comportera 9 milliards de personnes, qui est et sera interconnecté comme jamais auparavant, les solutions viendront de « nous-mêmes », dit-il.

« Le multilatéralisme n'est plus une option politique, mais une nécessité absolue parce qu'aucun État ou groupe d'États, si puissant soit-il, ne pourra plus faire face seul aux problèmes, aux menaces, aux défis qui nous sont désormais communs », a ajouté M. Diouf.

Abdou Diouf a également plaidé pour une « nécessaire démocratisation des relations internationales et de la mondialisation ».

« Nous ne sommes plus au temps du partage du monde entre les vainqueurs et les puissants, mais à l'ère d'un nécessaire partage de la gestion du monde par tous », a-t-il martelé.

Le rôle de la femme

Pour Abdou Diouf, « il faudra bien trouver les moyens d'une représentation citoyenne effective à un moment où les opinions publiques sont plus que jamais connectées et mobilisées ».

Il a également rappelé la nécessité de donner à la femme la possibilité de jouer son rôle. Citant les propos de Victor Hugo au XIXe siècle, « une société est mal faite quand la femme est maintenue sans initiative ».

« Comment expliquer qu'il faille encore passer par des lois sur la parité ou des politiques de quotas, qu'il faille aux femmes tant se battre, tant prouver pour pouvoir accéder aux responsabilités? », s'est-il interrogé.

Transcender les différences pour faire unité

Il a insisté sur la nécessité de « faire société » et l'engagement dans un projet commun. « C'est vouloir se dépasser pour se projeter dans des valeurs communes, c'est vouloir transcender nos différences pour faire unité », a expliqué M. Diouf.

« Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons refonder les valeurs avant que ce siècle marchand, consumériste, désenchanté, n'enlève toute valeur aux valeurs. »

La charte des valeurs, un débat québécois

M. Diouf s'est entretenu plus tôt avec la première ministre, Pauline Marois. Le secrétaire général de l'OIF a abordé brièvement le débat sur la charte des valeurs. Selon lui, ce débat concerne les Québécois et doit être mené entre Québécois, a-t-il fait comprendre.

« C'est le problème des Québécois », a répondu le diplomate lorsqu'un journaliste lui a demandé ce qu'il pensait des orientations du gouvernement péquiste en matière de laïcité.

Champion de la cause des droits de la personne, M. Diouf a n'a pas voulu se prononcer sur le fond de la question, rappelant néanmoins qu'il avait dirigé pendant 30 ans un pays - le Sénégal - dont la constitution est « laïque », « sociale » et « démocratique ».

Jeudi, le secrétaire général de la Francophonie prendra la direction de Montréal, où il prendra la parole dans le cadre d'un déjeuner-causerie organisé par le Conseil des relations internationales de Montréal. M. Diouf devait également se rendre à la Maison du développement durable en après-midi pour une rencontre avec Les Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ).

Cette visite au Québec intervient à un an du prochain Sommet de la francophonie, qui aura lieu à Dakar en 2014. M. Diouf a été président du Sénégal de 1981 à 2000. Il est secrétaire général de l'OIF depuis 2002.

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