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Syrie: l'entente entre les États-Unis et la Russie repousse la menace militaire

14/09/2013 06:51 EDT | Actualisé 14/11/2013 05:12 EST

GENÈVE - Une entente diplomatique sur le démantèlement de l'arsenal d'armes chimiques de la Syrie a repoussé la menace d'une intervention militaire américaine, et pourrait avoir des répercussions qui iraient jusqu'à mettre fin au terrible conflit civil qui y fait rage.

Un marathon de négociations entre les États-Unis et la Russie dans un hôtel de Genève a mené à un accord d'envergure qui nécessitera l'une des plus ambitieuses opérations de contrôle des armements de l'histoire.

L'entente prévoit l'inventaire et la saisie des armes chimiques de la Syrie, ainsi que des représailles si le gouvernement du président Bachar el-Assad ne se conforme pas aux termes de l'accord.

Après des jours et des nuits de négociations entre le secrétaire d'État américain John Kerry, le ministre russe des Affaires étrangère Sergueï Lavrov et leurs équipes respectives, les deux puissances ont annoncé la mise en place d'un échéancier pour débarrasser le monde des armes chimiques syriennes.

Les États-Unis soutiennent qu'une attaque chimique ordonnée par le régime syrien, perpétrée le 21 août en banlieue de Damas, a fait 1400 morts parmi la population civile. Ces allégations ont poussé le président Barack Obama à brandir la menace d'attaques militaires aériennes en Syrie. Il a finalement décidé d'obtenir l'aval du Congrès avant d'intervenir. Puis, une proposition de la Russie a mené M. Obama à demander au Congrès, déjà largement opposé à une intervention militaire, de repousser le vote.

M. Obama a affirmé que l'entente «représente une étape importante et concrète vers le contrôle international des armes chimiques afin qu'elles soient ultimement détruites».

«Cet échéancier fournit l'opportunité d'éliminer les armes chimiques de la Syrie d'une manière transparente, expéditive et vérifiable, ce qui pourrait mettre fin à la menace que représentent ces armes non seulement pour les Syriens, mais pour la région et le monde entier», a affirmé le président américain par voie de communiqué.

MM. Kerry et Lavrov étaient d'accord sur la taille présumée de l'inventaire des armes chimiques et sur les mesures rapides qui devront être prises par M. Assad pour se débarrasser de ses agents toxiques.

Pendant ce temps, toutefois, la Syrie, une alliée de la Russie, est demeurée silencieuse, et le président Obama a clairement établi que «si la diplomatie échoue, les États-Unis demeurent prêts à agir».

L'accord pourrait potentiellement raviver les discussions de paix internationales pour terminer cette guerre civile qui a fait plus de 100 000 morts et deux millions de réfugiés, et qui menace à présent la stabilité de tout le Moyen-Orient.

Une conférence de paix à Genève, qui ferait suite à celle tenue en juin 2012, dépendrait largement de l'issue de la crise des armes chimiques, ont fait savoir MM. Kerry et Lavrov ainsi que l'envoyé spécial de la Ligue arabe de l'ONU, Lakhdar Brahimi.

Les États-Unis et la Russie ont laissé à la Syrie jusqu'au 21 septembre, soit une semaine, pour soumettre une liste élaborée comprenant notamment les noms, les sortes et les quantités de ses agents chimiques; ses types de munitions; et l'emplacement et la forme de l'entreposage, de la production et des installations de recherche et de développement.

Des inspecteurs internationaux devraient être sur le terrain en Syrie d'ici novembre.

Tous les éléments du programme chimique devront être retirés du pays et détruits d'ici le milieu de 2014.

«Nous assurer que l'utilisation gratuite d'armes chimiques par un dictateur ne se reproduise jamais vaut la peine de continuer et d'y parvenir», a affirmé M. Kerry.

«Le monde s'attend maintenant à ce que le régime d'El-Assad respecte ses engagements publics», a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse à l'hôtel où se tenaient les négociations depuis jeudi soir.

«Il n'y a pas de jeu possible, il n'y a pas de place pour l'esquive ni pour rien de moins que le respect complet des conditions par le régime d'El-Assad.»

MM. Kerry et Lavrov ont insisté sur le fait que l'entente envoyait un message clair, non seulement à la Syrie mais aussi au monde, que l'utilisation d'armes chimiques ne serait pas tolérée.

«Nous comprenons que les décisions auxquelles nous sommes venus aujourd'hui ne sont que le début», a ajouté M. Lavrov avec précaution.

Des responsables américains, s'exprimant anonymement parce qu'ils n'étaient pas autorisés à discuter publiquement des détails des négociations, ont affirmé que les États-Unis et la Russie s'entendaient sur le fait que la Syrie possédait environ 1000 tonnes métriques d'agents et de précurseurs d'armes chimiques, dont des agents neurotoxiques, comme le soufre et le gaz moutarde, et des agents neurochimiques comme le sarin.

Les services d'information américains croient que la Syrie possède environ 45 sites associés aux armes chimiques, dont la moitié aurait des «quantités exploitables» de matériel qui pourrait être utilisé dans des munitions.

L'estimé russe est considérablement inférieur, mais les autorités n'ont pas voulu dire de combien. Les agences d'information américaines croient que le gouvernement contrôle tous les stocks, affirment les autorités.

Si le gouvernement syrien ou tout autre parti ne se soumettait pas aux conditions, il serait référé à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) par le Conseil de sécurité de l'ONU, sur lequel siègent 15 pays. L'OIAC surveille la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, que la Syrie a accepté de signer la semaine dernière. L'ONU a reçu l'acceptation officielle de la Syrie samedi. Elle entrera en vigueur le 14 octobre.

De son côté, le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird, qui se trouvait en Turquie, a qualifié de «ridicule et absurde» l'offre réclamant de la Syrie qu'elle commence à offrir des informations sur son arsenal chimique 30 jours après avoir signé la convention internationale interdisant de telles armes.

Selon M. Baird, le président syrien Bachar el-Assad ne devrait pas pouvoir disposer de ce temps supplémentaire.

«C'est un homme qui, il y a encore une semaine, niait qu'il possédait ce genre d'armes», a dit le ministre.

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