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Des milliers de personnes dans la rue contre la Charte des valeurs québécoises

14/09/2013 01:57 EDT | Actualisé 14/11/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Preuve de plus que la population est divisée sur le projet de Charte des valeurs québécoises, des milliers de personnes ont marché dans les rues de Montréal pour manifester leur désaccord avec les intentions du gouvernement du Parti québécois, samedi après-midi.

«Au nom de la neutralité, Pauline (Marois) attaque les minorités», a été l'un des nombreux slogans entonnés en choeur par les manifestants, qui ont marché pendant près de deux heures entre la Place Émilie-Gamelin et la Place du Canada.

D'autres formules étaient encore moins tendres envers le gouvernement, comme en font foi les «Valeurs péquistes, valeurs racistes» et autres «Shame on you, Pauline».

Ils ont été plusieurs milliers de personnes à répondre à l'appel du Collectif québécois contre l'islamophobie qui a initié la marche, bien que la foule était probablement moins nombreuse que les 50 000 personnes estimées par les organisateurs. Par contre, l'événement n'a pas attiré de personnalités publiques ou politiciens qui sont intervenus dans le débat sur la Charte.

Les femmes voilées et les musulmans étaient bien représentés, mais des gens d'autres religions étaient aussi présents à cette manifestation qualifiée de multiconfessionnelle par les organisateurs.

C'est la proposition d'encadrer le port de signes ostentatoires dans la fonction publique et parapublique, ainsi que dans les garderies subventionnées, qui se voulait la principale critique de bon nombre de manifestants. Plusieurs croient qu'ils seraient obligés de renoncer à une carrière dans l'appareil de l'État pour suivre les préceptes de leur religion.

«Ce qui importe, c'est ce qu'on a dans la tête et non sur la tête», s'est offusqué Satdeep Singh, un homme de confession sikhe qui arbore le turban et refuserait de l'enlever pour travailler dans la fonction publique advenant que la loi le lui impose.

«Ce n'est pas juste, parce que si je veux être médecin et mon ami policier, on n'aurait pas le droit de travailler pour le gouvernement parce qu'on porte quelque chose sur la tête», a également fait remarquer le jeune homme, qui qualifie la Charte de discriminatoire.

Bouchra Bayi, mère de famille de confession musulmane, abondait dans le même sens. Elle travaille au service à la clientèle dans une entreprise privée depuis de nombreuses années et elle constate que son voile n'a jamais causé de problème auprès des clients.

«Je souhaite qu'on garde nos droits, notre liberté, a déclaré Mme Bayi. On est tous des Québécois, on a choisi le Québec, pour vivre ici, pour nos enfants. On veut être écouté et on doit conserver nos valeurs parce que pour nous aussi, la liberté est une valeur.»

D'autres femmes musulmanes ont aussi rejeté l'argument que le voile est un signe de l'inégalité entre les hommes et les femmes. Toutes les manifestantes rencontrées soutiennent qu'elles le portent par choix et se sentent libres. Elles refusent que le gouvernement leur impose de le retirer.

«Je crois que les droits fondamentaux et constitutionnels des minorités sont brimés présentement», a opiné Marie-Charlotte Beaudry, qui se dit athée.

«Je les appuie parce que j'aimerais qu'on m'appuie aussi si on me privait de mes droits et libertés, a renchéri la manifestante. Je souhaite que le Parti québécois se reprenne et s'excuse auprès des minorités parce que ce n'est pas représentatif des valeurs québécoises.»

Hassan Jamaoui pense que René Lévesque n'aurait pas appuyé le projet mené par le gouvernement de Pauline Marois.

«Je crois que le père du Parti québécois, s'il était là, lui aurait botté les fesses parce qu'elle est en train de conduire le Québec vers un ghetto, alors qu'on est supposé être dans un pays libre», a soutenu M. Jamaoui, venu manifester avec son jeune enfant.

Hamid Fadili croit pour sa part que le gouvernement devrait plutôt mettre ses priorités sur l'économie. Il s'attend à ce que la Charte divise le Québec.

«Les manifestants sont pour un Québec ouvert, pour une laïcité qui respecte les religions et le droit d'expression des gens, pas une laïcité qui est fermée et qui va créer des divisions au sein de la société québécoise», croit M.Fadili.

Un succès selon les organisateurs

Du côté des organisateurs, on était heureux de la participation du public. Adil Charkaoui, le porte-parole du Collectif québécois contre l'islamophobie, s'est réjoui de la diversité des manifestants.

«Je suis comblé et je suis fier, aujourd'hui, du Québec», a lancé M. Chakaoui.

Il s'en est par ailleurs pris aux médias qui ont soulevé des doutes quant à la légitimité du Collectif, à cause de la présence en son sein de musulmans qualifiés de radicaux en raison de leurs prises de position passées.

«Je suis fier des gens qui sont sortis et qui n'ont pas écouté la campagne de salissage que les médias ont entrepris contre le Collectif», a déclaré celui qui a déjà été sous le coup d'un certificat fédéral de sécurité.

M. Charkaoui aussure que cette première manifestation n'est qu'un début pour faire reculer le gouvernement. La prochaine étape consistera à mener une campagne de lobbying auprès des députés du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec pour éviter que la Charte, sous sa forme actuelle, ne se transforme en loi.

«Il faut que ces gens-là sachent qu'il va y avoir un prix à payer lors du prochain scrutin, a poursuivi M. Charkaoui. C'est une charte qui divise et c'est une charte qui veut couper Montréal du reste des régions.»

Le Collectif souhaite aussi mener la bataille devant les tribunaux et promet de défendre toute personne qui perdrait éventuellement son emploi pour avoir porté un signe religieux jugé ostentatoire par le gouvernement.

Conscient que la bataille de l'opinion publique sera déterminante dans ce dossier, le Collectif invite les musulmans à faire connaître leur culture aux autres Québécois.

«Nous allons entreprendre des campagnes auprès des mosquées et des centres communautaires pour nous rapprocher des Québécois et leur dire que nous ne sommes pas différents», a ajouté M. Charkaoui.

La manifestation était légale puisque les organisateurs avaient remis l'itinéraire au Service de police de Montréal. Il y avait par ailleurs de nombreux policiers mobilisés tout au long du parcours mais aucun incident n'a été rapporté.

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