NOUVELLES

Une étude indique que le pétrole inquiète dans le golfe Saint-Laurent

13/09/2013 06:09 EDT | Actualisé 13/11/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Une étude, rendue publique vendredi par le gouvernement, constate que la population des régions du golfe du Saint-Laurent est réticente envers l'exploitation des hydrocarbures marins.

L'Étude environnementale stratégique (ÉES), qui portait sur les secteurs de l'île d'Anticosti, de la Gaspésie et des Îles de la Madeleine, avait été confiée par le gouvernement libéral à la firme de consultants Genivar, en 2009.

Le document final, qui compte 800 pages de constats divers, a été rendu public vendredi après-midi, une façon de procéder qui a été critiquée.

Selon l'étude, qui inclut les résultats d'une consultation effectuée en 2011, l'acceptabilité sociale est encore loi d'être acquise localement envers d'éventuels projets d'exploitation ou d'extraction de pétrole ou de gaz.

«Les commentaires recueillis dans le contexte de l’approche participative ont clairement fait ressortir des appréhensions profondes de la part des populations des régions directement concernées par une éventuelle exploration et exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent», dit le document.

Les conclusions de l'ÉES indiquent que les inquiétudes ont été exacerbées à la suite de l'important déversement de pétrole dans le golfe du Mexique, en 2010, après l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon. Le document observe par ailleurs la déficience de la capacité de répondre à d'éventuels déversements dans le golfe du Saint-Laurent.

L'étude relève aussi les lacunes quant aux connaissances sur les technologies d’exploration et d’exploitation, sur les composantes des milieux physique, biologique et humain de la zone d’étude, de même que sur les effets environnementaux potentiels des activités d’exploration et d’exploitation ainsi que des déversements accidentels.

Aucune loi sur les hydrocarbures n'existe, ni aucun cadre réglementaire pour guider les activités du secteur, note le document.

Parmi les conditions minimales à satisfaire, l'étude établit notamment la nécessité de chercher à créer un consensus dans la population envers une éventuelle exploration et exploitation des hydrocarbures dans les bassins d’Anticosti, de Madeleine et de la baie des Chaleurs.

Philippe Bourke, directeur général du Regroupement national des conseils régionaux en environnement (RNCRE), s'est montré rassuré face aux conclusions de l'étude, après avoir douté au départ de la démarche parce qu'elle était confiée à une entreprise privée.

«Ils sont extrêmement prudents dans leur façon de s'exprimer et en apparence très rigoureux dans leur analyse», a-t-il dit.

M. Bourke a affirmé que le document démontre, à première vue, qu'il reste encore beaucoup de chemin à faire avant de penser pouvoir développer le secteur des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent.

Le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, a quant à lui exprimé des doutes envers les intentions du gouvernement, à la lumière de la façon dont il a choisi de rendre l'ÉES publique, un vendredi en fin d'après-midi, alors que l'actualité est dominée par le débat sur la laïcité.

M. Simard, qui n'avait pas encore été en mesure de prendre connaissance du document, a mis en garde le gouvernement contre la tentation d'évacuer les questions soulevées par les hydrocarbures.

«On ne publie pas le rapport avec une petite consultation en ligne et le tour est joué, a-t-il dit. (...) Il n'y a aucune raison qu'on ne fasse pas une évaluation avec des audiences publiques exhaustives.»

En rendant l'étude publique, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a indiqué dans un communiqué que les commentaires de la population seraient recueillis via un site Internet.

«Le ministère des Ressources naturelles prévoit continuer de documenter le sujet et mettre de l'avant des initiatives visant à mieux définir des impacts sociaux et environnementaux de l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures en milieu marin, ainsi que les retombées économiques globales, a-t-elle dit. Deux comité d'experts, entre autres, seront formés afin d'analyser plus particulièrement les volets économique et technique.»

En raison d'un moratoire toujours en vigueur dans le golfe du Saint-Laurent, toute activité d'exploration et d'exploitation pétrolière et gazière est interdite.

PLUS:pc