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Miroirs : À quoi pensent les femmes dans les toilettes publiques?

12/09/2013 06:33 EDT | Actualisé 12/11/2013 05:12 EST
Getty
Sink and mirror in modern bathroom

Le recueil de nouvelles Miroirs, dont le concept original intéressera à coup sûr la gent féminine (et les hommes aussi, pourquoi pas!) a été lancé lors d'un cocktail tenu au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal, mercredi soir. Instigué par l'auteure Karine Glorieux, le collectif réunit les plumes de Jennifer Tremblay, India Desjardins, Caroline Allard, Claudia Larochelle, Danielle Fournier et Mélikah Abdelmoumen, qui ont toutes brodé une fiction autour de la trame suivante : un soir d'hiver, dans les toilettes d'un bistro chic du centre-ville de Montréal, sept femmes se croisent, dans ce lieu qui sert de refuge pour échapper, un moment, au désordre bruyant de la nuit montréalaise. Devant le miroir, elles méditent face à elles-mêmes et songent à leur identité, à la maternité, à l'amour, au passé et à l'avenir. Les femmes se reconnaîtront dans ces récits, durs ou tendres, parfaits portraits de la féminité dans ses forces et ses faiblesses.

« Je pense qu'on est toutes intriguées par ce qui se passe de l'autre côté du mur où on ne peut pas entrer, a illustré Karine Glorieux pour expliquer la genèse du projet. J'ai longtemps travaillé en restauration, et je me suis souvent demandé à quoi pense une femme lorsqu'elle se lève d'un endroit très achalandé, qu'elle quitte le spectacle du monde et qu'elle se retrouve seule avec elle-même. On a souvent des pensées assez profondes sur ce qu'on est devenues, sur ce qu'on aurait voulu être, sur ce qu'est notre vie réellement, sur l'image qu'on a de nous-mêmes... On passe d'un regard sur le monde extérieur à un regard sur soi-même. Et ce n'est pas toujours rose! C'est un livre qui est souvent grave, mais qui contient beaucoup de moments d'humour et d'autodérision. »

Les premières bases de Miroirs ont été jetées l'an dernier. Karine Glorieux a choisi les écrivaines qui y participeraient conjointement avec l'éditeur Martin Balthazar, de la maison VLB Éditeur.

« Je savais quel genre de livre je voulais avoir, mais on ne savait pas dès le départ qui seraient ces personnes qui se rendraient tour à tour dans les toilettes pour réfléchir à leur vie. Et on les a trouvées assez facilement. Puisque les textes devaient être courts, c'a été assez facile à écrire. On a travaillé quelques mois chacune de notre côté, puis on a partagé nos idées. Je pense que toutes les filles ont été inspirées. Ça donne un résultat souvent étonnant, qui va dans des zones peu explorées. Plusieurs ont écrit sur des sujets tabous. Quand on parle d'une salle de bain, on parle du rapport à soi, du rapport au corps. Il y a un aspect de séduction, d'introspection. Les thèmes sont très intéressants et diversifiés. »

Univers variés

De fait, Miroirs ratisse non seulement large dans les thématiques qui y sont soulevées, mais cette aventure a aussi permis aux auteures de laisser libre cours à leur imagination en créant des univers aux antipodes du style qu'on leur connaît généralement.

« Mon histoire parle de Nadine, qui est dans un souper de filles avec quatre amies, a détaillé India Desjardins. L'une d'elles annonce qu'elle est enceinte, et Nadine devient du coup la dernière du groupe à ne pas avoir d'enfant. Suite à une phrase lancée sans malice, elle a de la peine, parce qu'elle réalise qu'elle ne peut pas participer à la conversation. Elle va donc se réfugier dans les toilettes pour parler à l'enfant qu'elle n'aura jamais et lui expliquer, justement, pourquoi elle ne l'aura jamais. »

« D'habitude, j'écris davantage de l'humour ou de la comédie, a poursuivi l'âme derrière Le journal d'Aurélie Laflamme et la bande dessinée La célibataire. Là, j'ai décidé d'exploiter un côté un peu plus dramatique, sombre, et même tordu. Ce genre de recueil nous permet d'essayer des choses qu'on ne se permettrait peut-être pas dans nos propres romans. »

Devenue célèbre grâce à ses gentilles moqueries de la vie de famille, Caroline Allard, alias Mère indigne, s'est elle aussi éloignée de son registre habituel avec Miroirs.

« Pour moi, les toilettes évoquent la tranquillité, la paix, un lieu où on est bien, a-t-elle raconté. C'est sécuritaire. Mais j'ai voulu montrer un tout autre aspect, en dépeignant les toilettes comme un endroit où n'a pas nécessairement envie d'aller, presque dangereux. Et j'ai pensé à une transsexuelle. J'ai trouvé des témoignages sur Google, qui disaient que ce n'est pas nécessairement facile d'être une transsexuelle et d'aller dans des salles de bain publiques. Je suis donc partie de ce fil-là. »

« Ma nouvelle s'intitule Dans les bosquets, a pour sa part avancé Claudia Larochelle. On y rencontre une jeune femme qui va dans la salle de bain chaque mercredi soir pour se repoudrer, se maquiller. Chaque mercredi, elle a rendez-vous dans ce restaurant avec un homme, qui souffre d'un handicap congénital. On se demande ce que cette femme assez convoitée fait avec cet homme. On finira par comprendre que, si elle se donne à lui, c'est beaucoup par principe judéo-chrétien. Elle a des choses à se faire pardonner... Je vous laisse découvrir quoi! »

Le recueil Miroirs est présentement en vente.

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