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Le baryton Jean-François Lapointe tient le rôle du grand prêtre d'Apollon

12/09/2013 03:22 EDT | Actualisé 12/11/2013 05:12 EST

PARIS - Le baryton de Québec Jean-François Lapointe est à l'affiche du Palais Garnier, dans «Alceste», de Gluck, dont la première a eu lieu jeudi. Mise en scène par Olivier Py, cette création est un des événements majeurs de la rentrée culturelle parisienne.

Dans sa carrière, le chanteur de 48 ans a été applaudi sur les plus grandes scènes européennes et parisiennes, au Théâtre des Champs-Elysées et à l'Opéra comique notamment. Mais il n'avait jamais chanté à l'Opéra de Paris, ni Garnier ni à Bastille, où il se produira aussi au début de l'année prochaine, dans «Werther» de Massenet.

Après plus d'une vingtaine d'années de carrière internationale, c'est là un «accomplissement», voire une «consécration», concède Jean-François Lapointe, avec modestie.

«Je trouve ça génial d'être ici, confie l'artiste, rencontré dans sa loge pendant l'entracte de la générale. C'est d'autant plus fabuleux que Garnier, c'est pour moi le vrai opéra. Quand on pense opéra, on pense Opéra de Paris.»

Avec «Alceste» (dont la version française remonte à 1776), l'Allemand Gluck et son librettiste Calzabigi avaient cherché à alléger l'opéra de ses excès de virtuosité et de passions. Ici la musique et le texte sont plus simples et plus naturels. Rien de bien compliqué pour Lapointe, qui interprète le grand prêtre d'Apollon.

«Ce n'est ni difficile ni acrobatique. J'ai fait à peu près tout le répertoire français et beaucoup celui du 19e siècle. C'était normal que j'élargisse vers la période baroque», explique-t-il.

À quelques reprises dans le passé, l'occasion de chanter à l'Opéra de Paris s'était présentée à Lapointe mais sans aboutir, pour des raisons d'agendas ou de choix de rôles. Le chanteur voit aujourd'hui sa patience récompensée: Olivier Py, avec lequel il a déjà travaillé (dans «Les Huguenots» de Giacomo Meyerbeer par exemple) est un des plus grands metteurs en scène actuels, qui prend par ailleurs l'été prochain la tête du Festival d'Avignon.

Py signe une mise en scène dépouillée, où les décors sont dessinés à la craie, «en direct», sur d'immenses tableaux noirs. La distribution est remarquable, à commencer par la splendide Sophie Koch dans le rôle de la reine Alceste, prête à donner sa vie pour sauver celle du roi Admète, son époux, chanté par le ténor Yann Beuron.

Jean-François Lapointe dit qu'il a toujours été très patient dans le développement de sa voix. Aujourd'hui, il est un chanteur mûr, au sommet de son art, dont l'agenda est rempli pour les trois prochaines années, et qui compte parmi la demi-douzaine de voix québécoises en orbite dans l'univers européen de l'opéra. Un cercle dominé par les femmes, qu'il s'agisse de Marie-Nicole Lemieux et d'Hélène Guillemette ou encore de Julie Boulianne et Marie-Eve Munger, originaires comme lui du Saguenay - Lac Saint-Jean.

Après avoir longtemps joué les barytons légers, Lapointe a progressivement abordé ces dernières années des opéras et des rôles «plus larges et plus dramatiques», du côté de Verdi notamment. Réputé pour la brillance de ses aiguës, il demeure d'abord un grand spécialiste et un ardent défenseur de la musique française, lui qui avait fait ses débuts parisiens dans le mémorable «Pelléas et Mélisande» de Peter Brook aux Bouffes du Nord, au début des années 90.

«Le répertoire français ne supporte pas la médiocrité. C'est plus facile de faire la Traviata qu'un bon Gounod ou un Massenet», lance-t-il, en rappelant que «c'est un avantage d'être francophone pour chanter le répertoire français».

«Je pense que le Québec devrait faire davantage pour le répertoire français. Si nous on ne le fait pas qui va faire le faire?»

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