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La députée d'Ahuntsic, Maria Mourani, a été expulsée du caucus du Bloc québécois

12/09/2013 10:41 EDT | Actualisé 12/11/2013 05:12 EST

OTTAWA - La députée fédérale d'Ahuntsic, Maria Mourani, qui a signé un document très critique du projet de charte des valeurs du gouvernement Marois, a été expulsée du caucus du Bloc québécois.

Mme Mourani était au nombre des signataires de la «Déclaration des Indépendantistes pour une laïcité inclusive sur la Charte des valeurs québécoises», dont le texte a été publié mercredi.

Cette déclaration de militants indépendantistes reproche au gouvernement Marois de faire fausse route avec une charte qui aura pour effet, selon eux, «de stigmatiser et d’exclure certaines communautés et surtout certaines femmes».

La charte, disent-ils, replongera le Québec «dans un psychodrame propre à faire diversion». Et ils déplorent qu'elle serve à «une exploitation électorale à courte vue».

Le chef bloquiste Daniel Paillé a passé la journée de jeudi à essayer de justifier sa décision d''expulser sa députée.

«Son rôle de députée et son rôle de porte-étendard de ce groupe-là, ça portait à confusion», a-t-il offert en entrevue téléphonique.

M. Paillé estime qu'en tant que députée sur la scène fédérale, Mme Mourani aurait dû avoir plus de réserve. Il en a également contre le ton et le vocabulaire employés par la députée lorsqu'elle a parlé publiquement de la charte.

«On ne peut pas évoquer ou mettre un nuage au-dessus du débat avec des termes comme "nationalisme ethnique" sans dire "on ne saute pas aux conclusions et on invite les Québécois à se prononcer"», lui a-t-il reproché.

Pour ce qui est de la position de son parti sur la charte des valeurs, M. Paillé assure qu'elle est claire. «On appuie la démarche, la proposition que fait le gouvernement du Québec», maintient-il.

Quant à la position qu'avait prise le Bloc lors de la commission Bouchard-Taylor sur le port de signes religieux ostentatoires, ne les limitant que pour les représentants de l'État en poste d'autorité, il dit qu'elle n'est pas coulée dans le béton.

«C'était en 2006, 2007, on est sept ans plus tard. Moi je dis ouvrons le débat, gardons le débat ouvert.»

Au Nouveau Parti démocratique, on estime que le Bloc n'est pas conséquent.

«Eux font un virage à 180 degrés», a accusé Françoise Boivin depuis Saskatoon où s'est tenu le caucus du NPD cette semaine. La députée néo-démocrate estime que la position de Mme Mourani n'est pas très différente de celle qu'avait prise le Bloc québécois dans sa présentation à la commission Bouchard-Taylor. Elle ne comprend donc pas l'expulsion.

Maria Mourani a aussi trouvé un appui chez Justin Trudeau.

«Bravo à Maria Mourani pour avoir pris position contre cette proposition porteuse de division», a lancé sur Twitter le chef libéral.

M. Trudeau a publié une lettre ouverte, jeudi, où il a dénoncé, encore une fois, le projet de charte du gouvernement Marois. «Il ne faut pas diviser les Québécois sur un problème qui n'existe pas. Il ne faut pas créer deux catégories de citoyens — ceux qui ont des croyances religieuses et ceux qui n'en ont pas, sous le faux prétexte de rendre laïc un État qui l'est déjà», a-t-il écrit.

Steven Blaney, ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, a pour sa part refusé de commenter l'expulsion de Mme Mourani. D'ailleurs, depuis le début de la semaine, les élus conservateurs québécois évitent de donner leur opinion sur la charte des valeurs.

Mardi, le ministre Denis Lebel, lieutenant québécois de Stephen Harper, a fait une courte sortie pour dire que son gouvernement vérifierait la constitutionnalité de la charte si elle devenait loi.

Jeudi matin, le ministre Blaney a refusé de dire ce qu'il pense de la charte.

«Les parlementaires de l'Assemblée nationale vont se pencher sur le projet de loi, l'examiner. Une fois qu'il sera adopté, on verra si — comme l'a indiqué le ministre Lebel — il y a des éléments qui font problème. Mais pour l'instant, laissons les parlementaires québécois faire leur travail», a-t-il plaidé lors d'un point de presse où il a esquivé toutes les questions qui portaient sur la charte.

Lorsqu'il était simple député, M. Blaney avait déposé un projet de loi qui aurait interdit aux femmes de voter voilées. Ce projet de loi n'a jamais abouti. Jeudi matin, M. Blaney disait que son opinion «est toujours la même» dans ce dossier.

Mme Mourani a refusé toutes les demandes d'entrevue jeudi et elle doit tenir un point de presse vendredi matin à son bureau de circonscription, à Montréal.

Les bloquistes ne seront plus que quatre à siéger au Parlement. M. Paillé, leur chef, n'est pas député.

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