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Lac-Mégantic: le pétrole transporté avait été mal étiqueté, selon le BST

11/09/2013 10:40 EDT | Actualisé 11/11/2013 05:12 EST

OTTAWA - Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a déterminé que le risque que posait le pétrole transporté par le train à Lac-Mégantic avait été incorrectement identifié. Ce pétrole a été classé sous une catégorie qui nécessitait moins de précautions d'emballage.

Le BST demande donc à Transports Canada et à son pendant américain, Pipeline and Hazardous Safety Administration, d'examiner les processus utilisés par les entreprises pour déterminer le risque des matières dangereuses qu'elles transportent.

C'est le destinataire, la compagnie Irving, qui était responsable de la classification des matières transportées dans le train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA). Mais dans les faits, c'est la compagnie Western Petroleum, une société affiliée à la World Fuel Services, qui avait classé le pétrole sous une classe 3 - groupe d'emballage (GE) III, ce qui nécessitait un emballage moins sécuritaire que la classe 3 - GE II dans laquelle il aurait dû être classé.

World Fuel Services, dont le siège social est à Miami, a affirmé par courriel que le convoi de Lac-Mégantic était bien identifié, mais l'entreprise n'a pas dit pourquoi le groupe d'emballage a été changé de II à III.

«Le groupe d'emballage de cet envoi n'aurait pas changé l'itinéraire ni la manière de le manipuler, de le transporter ou la réaction du personnel d'urgence après le déraillement de la MMA», a affirmé un porte-parole anonyme de l'entreprise.

«Le groupe 2 est plus dangereux que le groupe 3», a expliqué mercredi en conférence de presse Ed Belkaloul, gestionnaire au BST.

Le point d'éclair plus bas du pétrole classe 3 - GE II, en cause à Lac-Mégantic, explique pourquoi il s'est enflammé aussi rapidement.

Le déraillement du 6 juillet dernier à Lac-Mégantic a provoqué un incendie et des explosions qui ont fait 47 morts.

Les enquêteurs du BST ont précisé que l'erreur de classification n'aurait rien changé au transport ferroviaire du pétrole qui se serait retrouvé dans les mêmes wagons de type 111. Elle n'aurait rien changé non plus à l'intervention des pompiers.

Les enquêteurs rappellent toutefois que leur enquête continue et qu'elle pourrait éventuellement mener à une recommandation. «Ce que les principaux intervenants essaient d'avoir, c'est que dans le futur, le groupe d'emballage 2 soit transporté dans des wagons 111 renforcés, améliorés», a avancé M. Belkaloul.

«Le problème a été relevé par le BST il y a déjà une quinzaine d'années», a-t-il rappelé, ajoutant que l'homologue américain du BST et l'Association des chemins de fer ont recommandé que les produits volatiles, groupes d'emballage 2 et 1, soient transportés dans des wagons 111 plus résistants.

En attendant, le gouvernement à Québec, comme l'opposition à Ottawa, s'en prennent au gouvernement fédéral et à la déréglementation.

«Là ce qu'on apprend, c'est qu'il y a eu de la fausse information qui a été donnée sur le contenu même du train. Ça c'est ce qui arrive quand tu laisses les gens te dire s'ils sont en train de bien faire leur job ou pas. Ils sont libres de te dire n'importe quoi», a lancé le chef néo-démocrate Thomas Mulcair en point de presse à Saskatoon où se tient une réunion de caucus en prévision de la rentrée parlementaire.

À Québec, le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Alexandre Cloutier, se faisait menaçant. «J'ai l'intention de changer de ton parce que ce que nous apprenons me choque profondément», a-t-il dit.

Greenpeace, qui a déjà réclamé une interdiction de transporter du pétrole dans les vieux wagons de type 111, réclame aussi un geste d'Ottawa.

«Aujourd'hui le BST a encore une fois démontré qu'il y a des lacunes majeures dans les règles de sécurité entourant le transport de pétrole par train. Les inspecteurs ont conclu que même si les règles sur l'étiquetage du pétrole avaient été respectées, cela n'aurait pas pu limiter l'étendue de la tragédie. Le gouvernement fédéral doit concentrer ses efforts sur la protection de nos communautés et non sur le maintien des bas prix de transport pour les compagnies pétrolières qui sont milliardaires», a écrit dans un communiqué Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace.

La ministre fédérale des Transports, Lisa Raitt, s'est pour sa part contentée d'un court communiqué où elle promet que la compagnie responsable sera punie. «Si une compagnie de transport ne classe pas correctement ses marchandises, elle peut faire l'objet de poursuites en vertu de la Loi sur le transport des marchandises dangereuses», a-t-elle dit.

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