NOUVELLES

Des journalistes en colère contre une enquête policière

11/09/2013 03:19 EDT | Actualisé 11/11/2013 05:12 EST
PC

MONTRÉAL (AFP) - Les journalistes québécois ont vivement dénoncé mercredi l'ouverture d'une enquête par la police qui veut "faire la lumière" sur l'origine des révélations dans une vaste affaire impliquant la mafia, des entrepreneurs véreux et un puissant syndicat.

"Cette enquête menace fatalement les sources confidentielles qui ont fourni aux journalistes des informations essentielles d'un intérêt public évident", a déploré dans un communiqué la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

La Sûreté du Québec (SQ, police provinciale) avait annoncé laconiquement mardi soir "la tenue d'une enquête criminelle" sur "les allégations de fuites" dans un dossier sensible mettant en cause un leader syndical, l'ancien gouvernement québécois et des entrepreneurs proches de la mafia.

Des médias avaient en effet révélé que les enquêteurs de la SQ avaient placé sous écoute téléphonique Michel Arsenault, le président du syndicat FTQ, fort de 600 000 membres et à la tête d'un fonds d'investissement de 10 milliards de dollars, lorsqu'ils ont intercepté en 2009 une conversation entre ce dernier et le cabinet du premier ministre québécois d'alors, le libéral Jean Charest.

Selon les informations du Journal de Montréal, M. Arsenault demandait une faveur au bureau de M. Charest, et la SQ a décidé d'avertir le gouvernement des écoutes téléphoniques.

Face à cette dernière révélation, Michel Arsenault a adressé mardi une lettre au ministre de la Sécurité publique lui demandant "formellement (...) de faire une enquête sur les fuites importantes" dont il a fait l'objet. Quelques heures plus tard, l'enquête était ouverte.

Dans sa lettre, il dénonce les révélations du Journal de Montréal, de la chaîne privée TVA, de l'agence QMI et de Radio-Canada.

Radio-Canada avait notamment révélé que M. Arsenault a reçu plus de 10.000 dollars de cadeaux, en plus de se faire offrir plusieurs voyages, de la part de Tony Accurso, riche patron considéré comme la pierre angulaire d'un système de manipulation d'appels d'offres publics impliquant la mafia montréalaise et un cartel d'entrepreneurs véreux.

Dans son communiqué, la FPJQ dit craindre "que l'enquête n'amène à mettre des journalistes sous écoute, à saisir leur matériel ou à les forcer de révéler en cour le nom de leurs informateurs".

Les médias craignent aussi que cette démarche n'effrayent les sources des journalistes. D'ores et déjà un journaliste d'investigation de Radio-Canada, à l'origine de lourdes révélations sur l'ampleur de l'infiltration de la mafia dans la province, a indiqué à l'AFP avoir été averti par "une source sensible et de qualité" qu'elle devait mettre fin à leurs contacts téléphoniques.