POLITIQUE

Charte des valeurs: Pauline Marois a trahi René Lévesque, selon Philippe Couillard

11/09/2013 04:35 EDT | Actualisé 11/11/2013 05:12 EST
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Pauline Marois, premier of Quebec, speaks during an interview in New York, U.S., on Thursday, Dec. 13, 2012. Marois, premier of Canada's second-most populous province, reiterated her aim to move Quebec toward independence and said it values its relationship with the U.S. Photographer: Scott Eells/Bloomberg via Getty Images

QUÉBEC - Avec son projet de charte des valeurs, la première ministre Pauline Marois a trahi l'héritage de René Lévesque, ce «grand Québécois», selon le chef libéral Philippe Couillard.

Le chef du parti qui forme l'opposition officielle a sorti les griffes mercredi pour démoniser le gouvernement péquiste, accusé d'être «revanchard», en pratiquant un nationalisme «étroit», discriminatoire et refermé sur lui-même.

En point de presse, au lendemain de la présentation des grandes orientations de la charte, dans laquelle le gouvernement propose d'interdire à tous les employés de l'État de porter des signes religieux, M. Couillard a estimé que le gouvernement péquiste actuel trahissait les valeurs d'ouverture et d'inclusion pratiquées par l'ancien premier ministre René Lévesque, père, conjointement avec Camille Laurin, de la loi 101, en 1977.

«Il a dit qu'une société se juge en partie par la façon dont elle traite ses minorités», a relaté M. Couillard, en disant paraphraser René Lévesque, fondateur du Parti québécois.

«Je crois que les jours du nationalisme ouvert, dans ce parti politique, au gouvernement actuellement, sont terminés», selon celui qui se pose en grand défenseur des libertés individuelles.

Il a affirmé que la loi 101 — qui à l'époque avait été conspuée par les libéraux — avait été «une bonne chose» pour contrer la diminution «chiffrable» du poids des francophones au Québec. Une des mesures majeures de la loi 101, et une des plus controversées à l'époque, visait à enlever la liberté de choix des immigrants, dorénavant forcés d'envoyer leurs enfants à l'école française.

Selon le chef libéral, contrairement à la loi 101, le projet de charte des valeurs du gouvernement, axé sur la laïcité totale de l'État et de ses employés, n'engendrera que chicanes et confusion dans la population, invitée à cultiver une mentalité d'assiégés.

Si le projet de loi qui suivra cet automne est conforme aux orientations présentées mardi par le ministre Bernard Drainville, l'opposition libérale mettra donc tout en oeuvre pour en bloquer l'adoption.

Pour sauver les meubles, M. Couillard exhorte le gouvernement minoritaire à abandonner le volet sur l'interdiction des signes religieux, pour se concentrer sur l'adoption de balises visant à encadrer les demandes d'accommodement religieux, tout en proclamant la neutralité religieuse de l'État, deux avenues qu'il approuverait. La seule restriction jugée acceptable par les libéraux serait de décréter que tout service public devrait être rendu ou reçu à visage découvert.

«On est opposé à toute limitation du port de signes religieux par les employés de l'État. C'est une stratégie assez étrange de penser bâtir une société inclusive sur la discrimination à l'embauche dans la fonction publique», a fait valoir M. Couillard, en invitant le gouvernement Marois à laisser «le code vestimentaire au vestiaire».

Sur le plan constitutionnel, il estime que, de toute façon, le projet de charte des valeurs, tel que rédigé actuellement, passera difficilement le test des chartes des droits, tant la québécoise que la canadienne.

Il s'est demandé si, par cette initiative, le gouvernement n'avait pas cherché une «bouée de sauvetage» pour remonter dans les sondages.

Mais, selon lui, «on ne fait pas de la politique de cette façon-là, surtout sur des enjeux de cette importance».

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