POLITIQUE

Les partis d'opposition réagissent à la Charte des valeurs québécoises

10/09/2013 01:39 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

L'intention du gouvernement du Québec d'interdire le port de signes religieux visibles par les employés de l'État a provoqué une forte réaction des partis d'opposition à l'Assemblée nationale, mardi, tandis que certaines autres dispositions du projet de charte des valeurs québécoises ont été mieux accueillies.

« Le gouvernement doit dans le dossier des valeurs se concentrer sur ce qui unit et non sur ce qui divise », a déclaré le porte-parole de l'opposition officielle pour la Charte de la langue française, le député libéral Marc Tanguay.

« Le gouvernement pourra passer rapidement aux priorités des Québécois et des Québécoises : l'économie, l'emploi, les finances publiques », a-t-il souhaité.

Pour le porte-parole du PLQ, « au Québec, nous avons certes besoin de précisions, de balises concernant les accommodements afin qu'ils soient raisonnables, mais il n'y a pas de crise ».

Le Parti libéral s'oppose à « l'interdiction du port des signes religieux pour les agents de l'État ».

M. Tanguay rappelle que ce qui unit les Québécois est « l'importance de l'égalité entre l'homme et la femme, la neutralité religieuse des institutions de l'État et non des individus, la prestation et la réception des services de l'État à visage découvert, la préservation du patrimoine historique du Québec ».

Il insiste toutefois sur les points sur lesquels le PLQ diverge avec la proposition du gouvernement péquiste notamment sur « la logique du droit de retrait dans le cadre des droits et libertés protégés par la charte québécoise » et « le fait d'inclure dans la charte les détails qui viendraient encadrer les accommodements ».

« Nous sommes contre toute forme de hiérarchisation des droits et libertés », a martelé M. Tanguay.

Le gouvernement dit vouloir défendre l'égalité entre l'homme et la femme « tout en permettant que les premières touchées par les mesures proposées soient justement des femmes », souligne le porte-parole du PLQ.

« Lorsqu'on parle d'intégration, nous la voulons réussie, et ça passe notamment par l'intégration économique, l'intégration à l'emploi », estime M. Tanguay pour qui « le gouvernement veut institutionnaliser les discriminations, les exclusions à l'embauche ».

« Nous ne serons pas complices de cette négation des droits », a conclu le porte-parole du PLQ.

Le « oui, mais » de Québec solidaire

La députée de Gouin et porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, se réjouit de certaines propositions contenues dans la charte des valeurs québécoises. Si elle se dit d'accord avec le principe de la neutralité religieuse et politique de l'État, « tant que le travail est effectué avec loyauté et avec professionnalisme », elle n'est pas d'accord avec l'interdiction pour le personnel de l'État de porter des signes religieux.

Ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, Mme David s'inquiète de l'impact d'une telle charte sur celles qui portent le hijab, par exemple.

Françoise David se dit également contre le « droit de retrait », qui « pose problème, on n'en comprend même pas les fondements ».

Sur la question du maintien du crucifix à l'Assemblée nationale, « on est dans une laïcité de l'État à registre variable », a souligné la députée de Québec solidaire, rappelant que c'est Maurice Duplessis qui l'y avait installé en 1936, à une époque où une grande proximité existait entre l'État et l'Église.

Le gouvernement peut mieux faire, dit la CAQ

Si la Coalition avenir Québec partage les idées du gouvernement péquiste sur certaines propositions, le parti de François Legault juge le projet du ministre péquiste Bernard Drainville « trop compliqué ».

« Il ouvre la porte à de l'interprétation et il contient trop d'exceptions avec son droit de retrait, a déclaré la porte-parole de la CAQ en matière de culture, Nathalie Roy. Si on leur donne un droit de retrait, bien qu'on les laisse tranquilles, tout simplement. »

Mme Roy se dit déçu de l'emploi des termes « ostensible » et « ostentatoire » dans le projet de charte, ce qui entraînera de la subjectivité dans son interprétation. Pour appuyer ses dires, la députée de la CAQ a exhibé trois croix décoratives de différentes grandeurs, se demandant laquelle serait acceptable en vertu des dispositions de la charte des valeurs.

« Nous souhaitons interdire le port de signe religieux visible aux employés de l'État, qui représentent l'État et qui sont en position d'autorité », a-t-elle rappelé, identifiant les juges, les policiers, les procureurs de la Couronne, les officiers de justice, les gardiens de prison, les directions d'écoles primaires et secondaires, tout comme les enseignants du primaire et du secondaire du secteur public, comme des personnes en position d'autorité.

Enfin, Mme Roy a déploré l'utilisation du concept de « valeurs québécoises » plutôt que celui de « laïcité ». « Il y a rien de plus subjectif que les valeurs », a-t-elle résumé.

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