DIVERTISSEMENT

Le «Bellevue» de Misteur Valaire: nouveaux horizons (ENTREVUE/VIDÉO)

10/09/2013 08:26 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

Avec Bellevue, le jeune quintette Misteur Valaire s'approprie l'espace. Celui de l'hiver, certes, mais aussi celui d'une musique plus incarnée. Transformation pour ce 4e album? Non, pas vraiment. C'est toujours de l'électro-rock-jazz assez stimulée. Mais le processus créatif pour l'album a été résolument différent. On pourrait croire que les champions de l'hyperactivité ont voulu se poser un peu, question de jouer autrement dans la nature. Rencontre avec Thomas Hébert et Louis-Pierre Phaneuf alias Luis Clavis.

Sur la pochette du disque, une clairière hivernale brumeuse avec une sorte de parachute-noir-art-contemporain qui se déploie. À l'intérieur du bel objet, beaucoup de noirs et de blancs égaillés par des photos en couleur. C'est plus épuré. Plus soigné aussi. Ici et là, des traces de folie, comme cette image d'une jolie jeune femme qui sort la langue.

Étrangement, c'est un peu ça la nouvelle vision des gars de Misteur Valaire. Les musiciens ont pris le temps de visualiser le tout dernier album, de le réfléchir et de la matérialiser. Un peu comme s'ils avaient passer du sprint à la marche pour explorer cette Bellevue Avenue (première pièce de l'opus assez contemplative et flottante avec ses voix de asiatiques), que l'on peut imaginer traverser bien des villes nord-américaines.

Le chalet en hiver

Une heure avant le début de la performance-lancement de Bellevue au Club Soda à Montréal, lundi, TO (clavier, piano, trompette) et Luis Clavis (percussions) sont assis sur deux tabourets disposés à répondre à toutes les questions.

«Réunis dans un chalet du lac Castor (en Mauricie) au mois de janvier 2012, on s'est donné le mandat de prendre le temps de créer», explique Luis. «On sentait le besoin de briser le rythme. Il fallait changer d'approche après les trois années et demi de tournée avec l'album Golden Bombay. Durant une bonne partie de la journée, on s'isolait chacun de notre côté pour trouver des tempos et des tonalités. Ensuite, on se réunissait pour entendre le travail de tous et choisir les beats que l'on jugeait bons pour Bellevue. Après, on développait. C'est une méthode qui s'est avérée efficace. En plus, on a gardé les morceaux délaissés en cours de route pour d'autres disques éventuels de Misteur Valaire ou encore pour notre autre projet Qualité Motel

«Plus tard, on s'est rendu compte que les compositions étaient moody et pas mal hivernales, poursuit-il. On a décidé de refaire une seconde session de travail plus up tempo, afin d'équilibrer le tout.»

«D'habitude, les gars de Misteur Valaire composaient surtout pour le live, renchérit Thomas. Cette fois-ci, on a mis vraiment beaucoup d'énergie sur les maquettes et le travail en studio. Le son est différent. Plus travaillé. De toute évidence, c'est plus réfléchi, plus mature. Moins olé olé.»

Bien que la réalisation soit une nouvelle fois signée Misteur Valaire et Loïc Thériault, un comparse depuis 2006, la production sonore s'est vue bonifiée par le mix de Pascal Shefteshy au studio de Pierre Marchand. Le matériel est également passé dans les mains de Marc Thériault pour le mastering.

«Les techniques de son étaient vraiment meilleures», affirme Thomas. «On avait aussi du nouveau matériel [équipement sonore] qui a servi à peaufiner tout ça. On a vraiment sorti nos instruments, qui seront d'ailleurs plus sollicités aux arrangement durant les spectacles. Il y a moins de fréquences sur Bellevue. Tant mieux, parce que notre force demeure le spectacle. Sur scène, on va jouer de paire entre le synthétique et les vrais instruments.»

Élargir le spectre

La création, le concept visuel, la présentation sur les planches (ils sont tout de noir et blanc vêtus) et les sonorités sont soufflés par un vent de changement. L'horizon demeure le même, mais l'air a changé. Plus filtré, plus léger, un brin minimaliste. Mais bon, c'est quand même du Misteur Valaire. On retrouve toujours des lignes électroniques énergiques (pièce Don't Get Là), des influences multiples (la pièce El Kid rappelle l'épopée mexicaine tandis que Banana Land évoque un séjour sur une plage hawaïenne) et de nombreuses collaborations : Heems du groupe new-yorkais hip-hop Das Racist participe sur Life Gets Brutal, le Britannique Jamie Lidell chante sur Mountains Of Illusion et les deux chanteuses québécoises de Milk & Bone (Laurence Lafond-Beaulne et Camille Poliquin) prêtent leurs voix pour le morceau Known By Sight.

Plus-value

Un joli livre (textes et images) de 150 pages intitulé Bellevue d'en haut sera disponible en salle lors des spectacles dès le mois de septembre. Il sera en vente dans les magasins à compter de novembre. Il documente tout le processus créatif du groupe entourant l'album.

Bellevue est un disque intriguant, mais plus lent à apprivoiser. Moins dans ta face que les précédents. Une sorte de combustion lente en hiver. Cela dit, les musiciens de Misteur Valaire espère qu'il saura durer encore plus longtemps que les trois autres encodés.

Avec leur concept de vente d'abonnement mensuel qui privilégie les fidèles et les transforme même en ghosters (leur gérant Guillaume Déziel se fera un plaisir de vous expliquer toute la patente!), avec leur audace concernant la promo, avec leur ingéniosité pour créer l'événement (jusqu'à faire un lancement le même jour que le concert surprise d'Arcade Fire à Montréal), avec leur petit génie surexcité, avec leur énergie contagieuse, il n'est pas difficile à croire que la vue est belle.

- Spectacles au Québec -

Juste après quelques concerts au Québec, (le 11 septembre au Granada de Sherbrooke, le 13 septembre au Métropolis de Montréal, le 14 septembre à l'impérial de Québec), les membres de Misteur Valaire s'envoleront pour l'Europe où ils offriront une trentaine de prestations en Allemagne, en France et même en Angleterre, où l'intérêt pour l'album se ferait tranquillement sentir.