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L'horreur des pensionnats autochtones dans le roman de Michel Jean, « Le Vent en parle encore » (ENTREVUE)

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MICHEL JEAN
Courtoisie
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Entre la fin du XIXe siècle et celle du XXe siècle, 139 pensionnats ont été en activité partout au Canada afin d'assimiler les jeunes autochtones. Pendant plus d'un siècle, 150 000 enfants de 6 à 16 ans y sont passés, 4000 y sont morts, et la majorité d'entre eux gardent des souvenirs d'humiliation, de sévices alimentaires, de brutalité physique et psychologique. Le journaliste et écrivain Michel Jean a choisi de raconter cette tranche sombre de notre histoire dans son quatrième roman, « Le vent en parle encore », en librairies dès le 11 septembre.

Des enfants arrachés à leurs parents, coupés de leur culture, traités comme des numéros, voire des animaux, parce que le gouvernement canadien prétendait qu'il était temps que les « Indiens » entrent de plein pied dans la modernité. De jeunes âmes dépossédées de leur nom, de leur langue, de leurs cheveux, de leur odeur corporelle et de leurs vêtements, afin de couper tous les fils qui les reliaient à leur ancien monde. Des petites pousses d'humanité broyées sous le pilon de la « civilisation » et de la « respectabilité », n'ayant plus d'autres choix que de se détacher d'elles-mêmes, de s'imaginer ailleurs et de devenir des inconnues à leurs propres yeux. Tel est le résultat d'un siècle de barbaries, dont le gouvernement canadien s'est excusé en 2008, en offrant des compensations financières aux victimes.

Malgré l'ampleur du phénomène pancanadien, les Québécois sont bien peu nombreux à savoir ce qui s'est passé dans les 10 pensionnats construits en province. « Plusieurs croient que c'est une réalité extérieure au Québec, mentionne Michel Jean. En Saskatchewan, où les autochtones composent 25% de la population, les gens en parlent plus. Au Québec, la majorité des gens associent les autochtones à la misère, sans comprendre à quel point les pensionnats sont responsables de plusieurs de leurs problèmes. »

Des membres de sa famille dans un pensionnat

Le journaliste et écrivain d'origine innue a lui-même découvert un pan de ces tristes événements en apprenant que plusieurs membres de sa famille étaient allés au pensionnat de Fort Georges, ouvert de 1936 à 1952. « Une de mes cousines m'a raconté qu'à six ans, elle avait été prise de force dans sa famille, qu'elle avait fait le voyage vers le pensionnat dans un hydravion et qu'elle avait peur de tomber, raconte-t-il. À son arrivée, on lui a dit d'oublier son nom et on lui a donné un numéro. Sa sœur est tombée malade et elle est morte là-bas.»

Interpellé par cette histoire, Michel Jean a ressenti le besoin de faire des recherches afin de connaître le sujet de fond en comble. Même s'il n'a pas visité Fort George, qui n'existe plus aujourd'hui, il a lu tous les livres qu'il a pu trouver sur le sujet, en plus d'écouter de nombreux témoignages d'anciens pensionnaires. Habitué à la plume journalistique autant qu'au style romanesque, l'écrivain savait dès le départ qu'il voulait inventer une histoire inspirée de faits réels. « Comme je ne suis pas un militant, mon but n'était pas de convaincre les gens en m'adressant à eux avec une série d'arguments, parce que ça marche rarement. Mon but est plutôt de les pogner par le cœur et de les toucher, en espérant que leur opinion va changer. »

Faire le pont entre deux époques

Dénonciation détournée ou devoir de mémoire assumé, « Le vent en parle encore » raconte l'histoire de Thomas, Marie et Virginie, trois jeunes adolescents déménagés de force à Fort Georges, là où leur intégration justifie les coups de règle, les claques au visage, les coups de poing dans le ventre, les humiliations en classe, les viols multiples... et pire encore. Le roman plonge également les lecteurs dans le Québec d'aujourd'hui, alors que l'avocate Audrey Duval tente de retrouver les ex-pensionnaires encore vivants afin de leur remettre le montant d'argent offert par le gouvernement canadien. C'est ainsi que la jeune avocate retrouvera la trace de la vieille Marie et qu'elle tentera de comprendre ce qui est arrivé aux deux autres.

En plus de permettre aux lecteurs de s'attacher à des figures adolescentes, avant de décrire la déchéance dans laquelle est tombée l'une d'entre eux à travers les années, Michel Jean a choisi d'entremêler le passé et le présent pour que les passages difficiles soient plus supportables. « Moi-même, je n'aurais pas pu lire 250 pages d'une histoire qui se passe uniquement dans un pensionnat. Je voulais éviter que les gens étouffent en lisant le roman. Même si je ne donne pas dans la description graphique, je voulais faire plus qu'évoquer ce qui s'était passé. Parce que ce sont des agressions qui sont déjà arrivées pour vrai. »

La fibre romanesque depuis l'enfance

Alors le personnage d'Audrey Duval prend une pause du droit des affaires afin de s'approcher davantage d'une cause humaine, Michel Jean a lui aussi le réflexe d'équilibrer sa vie entre l'aspect rationnel de son travail de journaliste et la nature sensible et créative de son écriture romanesque. « Les gens qui me voient à la télé pensent peut-être que je suis froid, mais je suis quelqu'un de très émotif dans la vie. Pour moi, écrire un roman, ce n'est pas quelque chose de surprenant. Lorsque j'étais jeune, je lisais constamment et j'étais convaincu d'écrire un jour. Ça a pris des années avant que les conditions soient réunies, mais je savais que j'avais ce qu'il fallait en moi. C'est naturel pour moi d'écrire des romans. »

Nouvelle émission à LCN

En plus de faire la promotion de son quatrième roman, Michel Jean relèvera un nouveau défi à la télévision cet automne. Après avoir animé JE au réseau TVA entre 2005 et 2013, le journaliste animera une émission du matin la fin de semaine à LCN, afin de faire concurrence à RDI week-end, piloté par Louis Lemieux. Jean s'occupera à la fois de l'animation et des nouvelles, de 6 h à 11 h, en plus d'être à la tête du bulletin d'informations du midi.

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