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Charte: le gouvernement Marois porte atteinte aux libertés, dit le PLQ

10/09/2013 03:07 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Le gouvernement Marois porte atteinte aux libertés fondamentales avec son projet de charte des valeurs, selon l'opposition officielle, formée par le Parti libéral du Québec (PLQ).

«Nous ne serons pas de celles et ceux qui cautionneront cette attaque aux libertés individuelles», a tranché mardi, en point de presse, le porte-parole sur les questions identitaires, le député Marc Tanguay, en disant considèrer qu'il n'y avait pas de crise au Québec en matière d'accommodements religieux.

En ce domaine, il importe, selon lui, contrairement à ce que fait le gouvernement, de faire la différence entre «la neutralité des institutions de l'État et (celle) des individus, qui ont encore le droit au Québec, j'ose espérer, d'exprimer leur liberté de religion». Ceux qui travaillent pour l'État devraient donc, selon le PLQ, demeurer libres de porter des signes religieux s'ils le désirent.

La seule restriction prônée par les libéraux consiste à dire que tout service de l'État devrait être offert ou reçu à visage découvert.

Tout indique donc que l'opposition libérale rejettera sans ménagement le projet de loi que prépare le gouvernement, à la suite de la publication mardi des orientations de sa charte.

Les libéraux affirment déjà qu'ils ne se rendront pas complices de ce qu'ils qualifient d'atteinte aux droits individuels.

«Nous ne transigerons pas sur nos valeurs, sur la protection des droits et libertés individuelles», prévient M. Tanguay.

Il juge aussi contradictoire le fait que le gouvernement intervienne pour réaffirmer l'égalité entre hommes et femmes, alors que selon lui les premières personnes touchées par les mesures proposées dans la charte seront précisément des femmes, qui risqueraient de perdre leur emploi dans la fonction publique si elles sont voilées.

Le gouvernement devrait plutôt se concentrer sur ce qui unit et non sur ce qui divise les Québécois, a-t-il fait valoir, se disant d'accord pour rédiger des balises susceptibles d'encadrer les demandes d'accommodement religieux.

Les autres partis d'opposition n'ont pas été plus tendres envers le gouvernement.

Si la Coalition avenir Québec (CAQ) salue la volonté du gouvernement d'encadrer enfin les demandes d'accommodement religieux, elle juge néanmoins les orientations péquistes «trop radicales» et ingérables.

Parce qu'elle ouvre la porte à la contestation et à la division, l'approche proposée par le ministre Drainville deviendra vite le «chemin de croix» du gouvernement Marois, a prédit la députée Nathalie Roy, responsable du dossier au sein de l'opposition caquiste.

«Interdire à un fonctionnaire dans un bureau de porter une croix, pour nous, c'est trop radical», a-t-elle insisté.

Pour illustrer son propos, Mme Roy a exhibé trois croix décoratives: l'une serait proscrite dans la fonction publique parce que trop visible, c'est-à-dire ostentatoire, la plus petite serait permise parce que discrète et la troisième, de format moyen, pourrait être jugée acceptable ou non selon le degré de tolérance ambiant à l'égard des signes religieux.

«Est-ce que ça va prendre une police religieuse pour aller voir dans le cou des fonctionnaires ce qui est permis et ce qui ne l'est pas? Ça va être un calvaire à appliquer cette loi. Il va falloir évaluer ce que signifie ostentatoire, avons-nous une mesure? Qui va aller voir dans les cégeps, les universités, les ministères, tous les bureaux gouvernementaux pour savoir de quelle grosseur est le bijou ou le symbole religieux?», a-t-elle soulevé.

La CAQ propose de laisser le choix aux fonctionnaires, mais prône l'interdiction du port de tout symbole religieux par les agents de l'État en position d'autorité — policiers, juges, procureurs de la couronne, gardiens de prison — de même qu'aux enseignants et directions d'écoles primaires et secondaires.

De son côté, comme le PLQ, Québec solidaire a dit s'inquiéter pour le sort des femmes musulmanes — voilées — à l'emploi de l'État.

«Pour des nombreuses femmes musulmanes portant le voile, il est impossible de dire: 'moi, je laisse ma religion à la maison'», a relaté la cochef du parti, Françoise David.

Le ministre Drainville n'a présenté aucune étude, aucune analyse, démontrant soi-disant que les fonctionnaires portant le hijab, la kippa ou la croix chrétienne sont moins loyaux ou efficaces dans leurs fonctions, a fait remarquer la leader de la formation de gauche.

Selon elle, la laïcité préconisée par le gouvernement péquiste est à géométrie variable, dans la mesure ou elle tolère la présence du crucifix au-dessus du siège du président de l'Assemblée nationale.

«La ministre connait certainement fort bien l'histoire de cet objet politico-religieux placé par Maurice Duplessis en 1936 au-dessus de la tête du président de l'Assemblée nationale pour sceller l'alliance entre l'Église et l'État. C'est un symbole de ce qu'actuellement nous refusons, c'est-à-dire un État soumis aux autorités religieuses. Je lui demande donc à M. Drainville, au nom de l'Histoire, de déplacer le crucifix», a déclaré la députée de Gouin.

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