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Charte des valeurs : des éducatrices en garderie s'inquiètent

10/09/2013 09:04 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

La charte des valeurs proposée par le gouvernement Marois, dont le texte a été rendu public mardi, touche notamment les centres de la petite enfance, où l'on retrouve un grand nombre de femmes musulmanes travaillant comme éducatrices qui risquent de se retrouver devant un choix déchirant : retirer leur voile ou démissionner.

Se sentant visées et lésées, elles sont aujourd'hui nombreuses à vouloir s'exprimer sur la question.

Pour Mansouria Eddebi, qui travaille comme éducatrice au CPE Le Galop, dans le quartier Saint-Michel, c'est la déception.

« Quand je suis arrivée ici,  je ne portais pas le hijab, mais je ne pensais jamais que ça allait poser un jour un problème à quelqu'un au Québec ».

Évoluant dans le milieu des garderies au Québec depuis une quinzaine d'années, Mme Eddebi est estomaquée de voir que le foulard se trouve parmi les signes ostentatoires qui seront désormais interdits pour les employés des secteurs publics et parapublics. « Je me sens exclue », dit-elle.

« Moi aussi je suis musulmane, je ne porte pas le foulard », intervient sa patronne, Oumkeltoum Seddiki.

Selon elle, le port du foulard est une question de conviction personnelle. Elle avoue ne pas savoir quoi dire à ses employées voilées, qu'elle qualifie de « très compétentes ». Sera-t-elle obligée de les congédier? Pour elle, ce sera « un vrai casse-tête ». 

Les mêmes inquiétudes sont exprimées par Mona Lisa Borrega, membre du conseil d'administration de l'Association des garderies privées du Québec, qui s'est dite surprise par ce qu'on lui a annoncé lors de sa réunion de mardi avec la ministre de la Famille Nicole Léger.

En entrevue avec Michel C. Auger à l'émission 15-18, Mme Borreg, qui est elle-même propriétaire de garderie, n'a pas caché pas son inquiétude. « En plus d'avoir de la difficulté à aller chercher des gens compétents, ils vont nous en enlever », a-t-elle déploré.

« On veut nous créer des problèmes où il n'y en a pas », croit-elle.

Un dilemme pour les enseignantes aussi

D'autres femmes se sentent exclues de la profession qu'elles aimeraient exercer avant même de quitter les bancs de l'université.

C'est le cas de l'étudiante Dalila Awada, qui veut rejoindre les rangs des enseignants à sa sortie de l'UQAM.

« Je dois reconsidérer mes options, explique-t-elle. Je trouve ça dommage que certaines portes vont m'être fermées sur la base de considérations superficielles comme le fait de porter un foulard ».

Rencontrée à l'extérieure d'une école secondaire de Montréal, une jeune enseignante musulmane ayant choisi de garder l'anonymat soutient qu'on l'a jamais obligé de mettre le foulard. « Personne ne va jamais m'obliger à l'enlever non plus », insiste-t-elle.

Certains syndicats, comme la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), ont déjà pris position en faveur d'une école laïque, sans brimer pour autant le droit individuel des personnes à s'exprimer.

Avec le reportage d'Anne-Louise Despatie

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