NOUVELLES

Charte des valeurs: les citoyens se tournent vers Internet pour réagir

10/09/2013 05:04 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Tandis que partis politiques, organisations et autres groupes communautaires ou juridiques se prononçaient mardi sur le projet de charte des valeurs québécoises présenté par le ministre Bernard Drainville, la population n'était pas en reste. Les réseaux sociaux débordaient d'opinions, d'avis et de commentaires en tous genres sur ce fameux document attendu depuis plusieurs semaines.

Si le Parti québécois (PQ) suscitait déjà le débat sur Internet, et ce bien avant l'élection des troupes de Pauline Marois le 4 septembre 2012, les messages d'appui ou d'opposition au projet de charte péquiste se sont multipliés sur les réseaux sociaux, mardi après-midi.

Sans véritable surprise, les partisans et les opposants se situent sensiblement de part et d'autre des lignes de fracture traditionnelle dans l'opinion publique vis-à-vis du PQ. Sur Twitter, le ton montait chez les utilisateurs vivant à l'extérieur du Québec ou n'appuyant pas traditionnellement le Parti québécois, plusieurs dénonçant un texte «oppressif», «xénophobe», voire «raciste».

L'un de ces internautes, le Torontois Zach Paikin, a publié sur Twitter et Facebook un court billet en anglais où il soutient que «le Parti québécois d'aujourd'hui serait méconnaissable pour René Lévesque».

«Vous pouviez être en désaccord avec la vision de Lévesque, mais vous ne pouviez pas nier que l'homme était un démocrate. Il existait une époque où la souveraineté était plus une question d'espoir que de peur», ajoute-t-il.

Plusieurs autres internautes — francophones, ceux-là — s'en sont eux aussi pris au document dévoilé par le ministre Drainville, mettant de l'avant bon nombre de pétitions réclamant son retrait. Ces commentateurs citoyens semblaient provenir de l'ensemble du spectre politique québécois et dénonçaient l'«esprit de fermeture et d'exclusion» du gouvernement dans ce dossier.

Deux publicités parodiques ont même été publiées sur le site de partage de vidéos YouTube, où une mère de famille interdit à sa petite fille de porter tuque et foulard, «parce que cela fait musulman», ou d'utiliser le symbole d'addition «+», «parce que cela ressemble à une croix». Les deux vidéos se terminent avec un logo du PQ modifié — représentant désormais un rouleau de papier hygiénique aux couleurs du parti — et le slogan «Nos valeurs torchent».

Le controversé crucifix installé à l'Assemblée nationale continue lui aussi de susciter des débats. Un politicien de l'Alberta, Alex V. Bosse, suggère non seulement de s'en débarrasser, mais également de faire disparaître les fêtes religieuses. Son micromessage ne précise pas s'il inclut les fêtes de Noël, de Pâques et d'Halloween dans ce groupe.

Chez des souverainistes avoués, toutefois, on affirme plutôt qu'en présentant son projet de charte des valeurs québécoises, le gouvernement fait preuve d'«audace», en «cimentant l'identité québécoise» et en «officialisant la laïcité de l'État» pour parvenir à une société «plus inclusive».

D'autres sont allés encore plus loin, déplorant à l'avance les concessions que risquent de devoir faire les troupes péquistes afin de faire adopter leur projet de loi. Ainsi, Philippe Dujardin y allait d'un cri du coeur numérique, sur Facebook, en affirmant que «Oui, cette charte sent déjà mauvais, mais pas pour les [bonnes raisons]».

«Simplement parce qu'elle porte le mauvais nom, elle n'a pas été proposée au bon moment (ça aurait dû être dans la constitution du Québec), parce qu'elle va être amendée, vidée de sa substance et comprend déjà mille exceptions. C'est un "remake" de l'histoire de la loi 101», a-t-il lancé.

Par ailleurs, le gouvernement du Québec a déjà entamé une campagne publicitaire pour faire la promotion de son projet de charte. Une publicité d'une trentaine de secondes circule déjà sur YouTube, où le gouvernement, par l'entremise du compte du ministre Drainville, place sur un pied d'égalité divers symboles et temples religieux, l'égalité hommes-femme et la neutralité de l'État. «Tout aussi sacré», mentionne la publicité en parlant de ces valeurs.

Cette campagne se décline également sur des panneaux d'affichage dans le métro de Montréal, comme l'a signalé sur Twitter le journaliste de Radio-Canada Thomas Gerbet.

La nouvelle de l'heure

La nouvelle sur la charte des valeurs québécoises était la plus importante dans les médias traditionnels du Québec mardi après-midi, selon Ève Couture, directrice des services-conseils chez Influence Communication. Ailleurs au pays, cependant, c'était toujours la Syrie qui dominait les palmarès de l'information.

«Sur Twitter, il y a eu entre 6000 et 7000 micromessages envoyés au Québec depuis 24 heures sur le sujet», mentionne Mme Couture, en précisant que ce total passe à 12 000, voire 15 000 messages, quand on combine les résultats de la province et ceux de la France, qui a dévoilé lundi sa propre charte de la laïcité dans les écoles.

«Il y a actuellement un "tweet" toutes les deux secondes sur le sujet [au Québec]; 15 pour cent des messages font référence au crucifix de l'Assemblée nationale», a indiqué Mme Couture lors d'une entrevue téléphonique.

Fait surprenant, d'ailleurs, alors que les comptes sur Twitter sont habituellement équitablement divisés entre les sexes, 65 pour cent des gens s'exprimant sur le dossier des valeurs québécoises sont des hommes, précise Influence Communication.

«Soixante pour cent des messages qui concernent la charte sont soit négatifs, soit sceptiques», ajoute Mme Couture.

Si le volume de messages Twitter suscité par ce débat sur l'identité québécoise est important, il ne représente que le quart du nombre total de "tweets" engendrés par l'acquisition du joueur de hockey Daniel Brière, en juillet, par le Canadien de Montréal.

Dans l'ensemble, mentionne Mme Couture, le «poids média» du projet de charte des valeurs est de 60 pour cent supérieur à celui de l'affaire Hérouxville, dont le «code de vie» avait alimenté le débat sur les accommodements raisonnables, en 2007.

PLUS:pc